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Affaire Brenda Biya: Boris Bertolt écrit au président Paul Biya

Par Boris Bertolt, journaliste

Monsieur le président,
J’aurais pu me taire, j’aurais pu ne rien dire, j’aurais pu garder le silence, rester indiffĂ©rent, mais je refuse de servir de bouc Ă©missaire dans une lutte de clans, Ă  l’issue incertaine qui se joue dans votre entourage.

Depuis plusieurs jours, je suis victime de toute une cabale mĂ©diatique, orchestrĂ©e par des individus Ă  la solde des rĂ©seaux qui ont pris en otage la gouvernance au Cameroun. Ils veulent faire de moi un coupable, un homme Ă  abattre, un ennemi public, le responsable de la dĂ©ferlante d’informations sur les rĂ©seaux sociaux et dans la presse locale autour de votre famille.

L’objectif inavouĂ© mais certain est plus qu’Ă©vident : me faire taire. A cela, ils ont mis Ă  contribution leurs rĂ©seaux au sein des services de sĂ©curitĂ© et du renseignement, ainsi que leurs amitiĂ©s dans votre entourage.

Un journaliste n’est pas un agent de renseignement. Un journaliste n’est pas un agent de sĂ©curitĂ©, un journaliste n’est pas une balance. Un journaliste informe l’opinion publique, dĂ©nonce les injustices et critique la gestion de la citĂ©. La gestion patrimoniale de l’État crĂ©e un contexte de catĂ©gorisation systĂ©matique de tous ceux qui font honnĂŞtement leur travail dans ce pays. L’indignation contre la gabegie et la bestialisation de l’espace public sont devenus un crime. A aucun moment je n’ai participĂ©, Ă©tĂ© associĂ© ni de près, ni de loin Ă  une entreprise ou un complot contre vous, les institutions ou vos proches. Je n’ai fait que mon travail : celui d’informer mes compatriotes, de rendre compte de la manière dont l’État est pillĂ© par ceux que vous avez nommĂ©s. Ce travail d’information peut plaire ou dĂ©ranger mais c’est mon travail.

Après avoir gardĂ© le silence sur votre fille pendant plusieurs mois, j’ai Ă©tĂ© l’un des premiers Ă  m’insurger contre le fait que ceux qui avaient sa charge et devaient assurer sa sĂ©curitĂ© n’ont pas fait parvenir Ă  votre niveau toutes les informations nĂ©cessaires pour empĂŞcher la crise dont elle est victime. Je vous dirais Ă©galement et vous le savez certainement que suivre les faits, gestes et attitudes du chef de l’État et de sa famille est quelque chose de normal, voire banal dans un pays qui se veut dĂ©mocratique. Car vous ne vous appartenez plus, mais Ă  la RĂ©publique. Beaucoup de camerounais enclavĂ©s dans le culte de la personnalitĂ©, dont les corps et les esprits ont Ă©tĂ© brutalisĂ©s, des personnes sous-Ă©duquĂ©es, manipulatrices, ignorantes mais arrogantes n’ont pas la capacitĂ© d’avoir cette conception de l’Etat, de la RĂ©publique.

Il existe des camerounais qui n’appartiennent Ă  aucun rĂ©seau, Ă  aucun lobby, qui n’ont pas d’appartenance ethnique, mais qui chaque jour font honnĂŞtement leur travail, gagnent leur vie pour nourrir leur famille, servent l’État sans attendre une nomination. Chaque matin quand je me brosse les dents, la première chose Ă  laquelle je pense est celle de savoir ce que je vais faire pour dĂ©noncer les travers de la gouvernance au Cameroun, par quels moyens dĂ©noncer des injustices, aider ceux qui sont victimes de trafics d’influence, dĂ©busquer les mĂ©crĂ©ants qui pervertissent la jeunesse. VoilĂ  pourquoi certains veulent aujourd’hui utiliser les informations qui circulent sur votre fille pour rĂ©gler leurs comptes. Certains protègent leurs maĂ®tres.

Monsieur le président,
On n’a pas besoin d’appartenir Ă  un lobby pour savoir que l’argent des projets est dĂ©tournĂ© tous les jours au Cameroun. On n’a pas besoin d’appartenir Ă  une ethnie pour savoir que dans nos hĂ´pitaux des camerounais meurent tous les jours parce qu’il n’y a pas de poches de sang ou parfois de mĂ©decins. On n’a pas besoin d’appartenir Ă  un clan pour souligner que le pays est actuellement pris en otage et qu’une guerre de succession se joue presque Ă  ciel ouvert.

Le pays sombre. Il s’enfonce tous les jours. Ils se battent pour vous remplacer. Ils ne travaillent plus. On ne saurait rester silencieux face Ă  cet Ă©tat de fait pour ĂŞtre le bouc Ă©missaire des voyous.


Monsieur le président,
Je vais continuer Ă  parler, critiquer, dĂ©noncer, Ă©crire. J’aime Ă©crire. « Le silence des Ă©crivains est plus dangereux que l’Ă©pĂ©e des tyrans », disait Wole Soyinka. J’Ă©cris pour que les camerounais soient informĂ©s de la gestion des affaires de l’Etat. Pour que vous puissiez mesurer le seuil d’effondrement progressif. Vous avez souhaitĂ© que les camerounais retiennent de vous celui qui a apportĂ© la libertĂ© et la dĂ©mocratie. Vous avez Ă©galement dit que les camerounais n’ont plus besoin d’aller au maquis pour s’exprimer. Nul ne doit empĂŞcher ce souhait de se rĂ©aliser. Plus de 50% de la jeunesse camerounaise a moins de 30 ans. Ce dont ils ont besoin c’est plus de justice sociale, moins de corruption, de l’Ă©ducation, de la santĂ©, de dĂ©mocratie et du travail.

Monsieur le président,
J’aurais pu me complaire de ma situation, me taire, ne rien dire sur le sort de mes compatriotes, jouir des privilèges que j’ai bĂ©nĂ©ficiĂ©s et que je continue de bĂ©nĂ©ficier, mais il n’y a aucun bonheur Ă  vivre le bonheur seul dans un ocĂ©an de misère.

Tout en espĂ©rant que ce message vous parviendra, veuillez agrĂ©er monsieur le prĂ©sident l’expression de mon plus profond respect.

Drapeau du Cameroun.

monsieur-des-drapeaux.com)/n

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