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Alain Mabanckou serait-il devenu pyromane?

Par Michel Tagne Foko

Trop c’est trop. Ce n’est pas possible, je ne peux pas me taire. C’est grave, trĂšs grave mĂȘme. Ce n’est pas une petite histoire, ce n’est pas une mince affaire. Non, non et non. C’est bien plus grand que ce qu’il y parait. Ce n’Ă©tait pas possible de ne rien dire. Il me fallait hurler. Oui, hurler. Oui, il me faut hurler. Prendre ma part de responsabilitĂ©. Crier au rĂ©veil des consciences, dĂ©noncer ce petit feu, cette fumĂ©e qui dĂ©bute tout juste et que tout le monde ignore un peu ou fait mine de ne rien voir. L’apprenti pyromane est dĂ©terminĂ© et passe son temps Ă  souffler dessus. On oublie que les petits feux deviennent des trĂšs grands. Que nous naissons bĂ©bĂ©s avant de devenir des adultes. Dans ce cas de figure, on parle de quelqu’un qui a une certaine audience mĂ©diatique, quelqu’un qui de rien se lance vers quelque chose d’incendiaire. Oui, de catastrophique. Mettre son peuple Ă  feu et Ă  sang, et pas que son peuple, puisque le Congo Brazzaville ne se situe pas sur la lune, mais sur terre et possĂšde des frontiĂšres avec le Cameroun, Kinshasa, Angola, Centrafrique et Gabon. Alors ceci n’est pas une petite affaire, ce n’est pas un feu Ă  nĂ©gliger, il faut Ă©teindre cela au plus vite, sinon ça brĂ»lera toutes les maisons. Je refuse de faire comme si je n’avais rien lu ou vu venir, ma conscience me le rappellera.

J’ai contactĂ© Alain Mabanckou bien avant sa leçon inaugurale au CollĂšge de France, pour lui poser quelques questions sur son dernier livre et notamment sur Boko Haram et consort, et il m’a rĂ©pondu qu’il ne pouvait pas rĂ©pondre Ă  mes questions parce qu’il n’Ă©tait pas spĂ©cialiste de la politique africaine. Oui, c’est comme ça qu’il a rĂ©pondu, je pense, c’est Ă  peu prĂšs ce qu’il a Ă©crit. Je suis Ă©tonnĂ© qu’il soit devenu tout Ă  coup grand spĂ©cialiste, selon lui, du Congo Brazzaville. Il s’est d’ailleurs tellement Ă©nervĂ© qu’il a qualifiĂ© le ministre congolais de la Culture de : « ministre d’Inculture ». Je ne suis pas toujours d’accord quand, dans ses uvres, Mabanckou exprime clairement ses positions. C’est de son droit de le faire s’il en a l’envie et c’est aussi du mien de ne pas l’apprĂ©cier. Par exemple, dans le « sanglot de l’homme noir », qui est par ailleurs le livre que je ne supporte pas, que j’ai rĂ©ellement eu du mal Ă  lire jusqu’Ă  la fin, que je n’aime pas, le ratĂ© sĂ»rement ! Je n’ai pas du tout affectionnĂ© la maniĂšre dont il s’est transformĂ© en sociologue de bas Ă©tage et a dĂ©versĂ© un ramassis de conneries. J’aurais le temps, une autrefois, d’Ă©crire une critique dĂ©taillĂ©e sur cette uvre, parce que je ne suis pas du genre Ă  dire : « je n’aime pas », sans toutefois expliquer les raisons.

Je reviens sur mon sujet. Je pense qu’Alain Mabanckou dĂ©conne en s’acharnant comme il le fait sur Denis Sassou Nguesso, c’est d’un ridicule abyssal, d’une laideur effrayante, un jeu de trĂšs mauvais goĂ»t qui contribue Ă  dĂ©nigrer l’image du Congo Brazzaville et de l’Afrique en gĂ©nĂ©ral. Il est Ă©crivain, il Ă©crit des livres, il a reçu des prix. Ça se voit qu’il veut prendre la grosse tĂȘte. Oui, il se voit grand. Oui, plus grand que sa taille. Il se croit ĂȘtre au-dessus des Congolais et des Africains. Il se voit prĂ©sident du Congo, ce qui est par ailleurs son droit, il peut rĂȘver si ça lui chante, puisqu’il est aussi de nationalitĂ© congolaise et que tout Congolais peut se lancer dans cette course Ă  la prĂ©sidentielle. Mais il y a un souci, oui il y a quelque chose.

Mabanckou croit peut-ĂȘtre qu’on devient prĂ©sident sans ĂȘtre candidat, oui il veut l’ĂȘtre sans ĂȘtre Ă©lu. Comment on appelle cela si ce n’est pas un coup d’État ? Je suis trĂšs Ă©tonnĂ© par ce retournement de veste, car, Ă  ma connaissance, il vendait trĂšs bien les qualitĂ©s de son trĂšs beau pays. Quelle est la soupe qu’il l’a fait chavirer ? Qui a concoctĂ© cette soupe ? Qui est derriĂšre tout ça ? On dit souvent que les hommes changent et c’est de son droit de changer, s’il le souhaite, mais je me pose ces questions :

Pense-t-il Ă  ces familles qui ne vivent que du tourisme ? À ces femmes commerçantes ou agricultrices qui ont besoin de continuer Ă  vaquer Ă  leurs occupations ? À ces jeunes au chĂŽmage, qui ont besoin de trouver un boulot, quand on sait que les investisseurs ne vont plus que lĂ  oĂč c’est stable ? À ces Congolais de l’Ă©tranger qui aimeraient retourner dans leur pays, voir leurs familles en santĂ© et profiter d’un peu de chaleur ? À ces hommes et femmes qui ont connu la guerre autrefois et veulent la paix ? Est-il au courant qu’aucun parent ne souhaiterait voir son enfant grandir dans la guerre ? Alain Mabanckou gardera-t-il, bien au chaud, en Europe ou ailleurs, ses enfants pendant que ceux des autres iront mourir au front ? Sait-il que la zone du bassin du Congo n’est pas stable en ce moment avec les histoires de Boko Haram et consort ? Oublie-t-il ce qu’il y a eu en CĂŽte d’Ivoire ? Oublie-t-il le nombre de familles en deuil en RĂ©publique centrafricaine ? RĂȘve-t-il que pour ses beaux yeux, Denis Sassou Nguesso va se laisser faire ? Qu’il partira comme si rien ne s’Ă©tait passĂ© ? Que le camp du prĂ©sident congolais ne dira rien, ne fera rien, et se laissera chasser comme des malpropres ?


Ici, je parle de vies humaines, on est dans la rĂ©alitĂ© et la rĂ©alitĂ© c’est ça. Ça compte, une vie ! Quand est-ce que les gens comprendront ça ? Je ne dis pas que je dĂ©tiens la solution, je me refuse cette prĂ©tention, mais je pense fermement qu’Alain Mabanckou se trompe sĂ©rieusement de combat. Ce n’est pas possible, j’Ă©tais catastrophĂ© Ă  la lecture de sa lettre ouverte Ă  François Hollande : « Monsieur le prĂ©sident, nous autres « Noirs de France », quelles que soient nos origines ou nos nationalitĂ©s, nous vous regardons. Et, vous le savez, nous sommes nombreux Ă  voter en France et Ă  contribuer Ă  son destin. Il est Ă©vident que cette tragĂ©die qui ennuage le Congo-Brazzaville sera dans nos esprits lorsque nous dĂ©poserons nos bulletins dans les urnes pour la prochaine Ă©lection prĂ©sidentielle française. Il est encore temps. », dit-il. Ah oui, il a Ă©crit cela. Je ne savais pas qu’il pouvait Ă  ce point mal Ă©crire une lettre d’une page. C’est vraiment du n’importe quoi, les mots sont mal choisis, le ton n’est pas appropriĂ©. Oui, sa lettre est mĂ©diocre et empĂȘche de comprendre sa vraie lancĂ©e. Quand la France va au Mali ou en Centrafrique, tout le monde crie et le qualifie de tous les noms obscurs. Mabanckou disait dĂ©noncer la Françafrique. Aujourd’hui, comme par hasard, il a besoin de la France pour aller destituer un prĂ©sident Ă©lu ? Quelle que soit la maniĂšre dont Sassou a Ă©tĂ© Ă©lu, n’est-il pas Ă©lu ? Ceux qui ont votĂ© pour Sassou Nguesso ne sont-ils pas des Congolais ?

PS : il y a des jours oĂč j’apprĂ©cie Alain Mabanckou, et d’autres, un peu moins ou pas du tout. Pourquoi ces explications ? Parce qu’il n’est jamais facile de porter critique, en plus en public, Ă  quelqu’un qu’on apprĂ©cie parfois. J’ai mĂȘme une phrase de Christiane Taubira, ancienne garde des Sceaux et ministre de la Justice française, qui disait un jour Ă  quelqu’un : « si c’est comme ça que vous m’aimez, abstenez-vous ! ».


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