Diaspora: La reconnaissance de la double nationalité...

Par Adrien Macaire Lemdja - 18/01/2012

En voie grâce au retour au pays natal des américano-camerounais?

 

Pour la deuxième fois, pour ne pas dire la deuxième saison, des américains d’origine camerounaise ont foulé le sol de leurs ancêtres, à la recherche de leurs origines. Emmenés par l’association Ark jammers dont l’initiative est à louer et doit être pérennisé, ces futurs camerounais ont été reçus chaleureusement par les populations des coins qu’ils ont eu l’opportunité de visiter, en grande pompe par les autorités gouvernementales, liesse populaire et bon enfant dans les collectivités territoriales, enfin, par les autorités traditionnelles de notre pays que dis-je de leur désormais deuxième pays. Quoi de plus normal dans un pays qui ne saurait négliger ou ne pas encourager le retour au pays natal de nombreux "Camara Laye" alors que d’autres tentent l’émigration, au prix parfois de leurs vies, vers d’autres cieux. Mais en revanche, ce qui serait surprenant par contre, c’est que nos autorités ne saisissent pas la portée d’une telle initiative pour jeter les jalons d’un retour organisé pour les uns ou une participation plus active et efficace pour les autres, tous disséminés à travers le monde et dont l’apport pourrait être bénéfique à l’aune de l’émergence. Qui plus est, les lois d’accueil notamment pour les étudiants ne cessent de se durcir.

Faut-il sans doute le rappeler ou le répéter une fois de plus, tous les pays disposant d’une forte diaspora, ont su profiter de celle-ci, en mettant en place qui des structures ou des moyens. Ce n’est pas le présentateur du journal de la CRTV qui me démentira, lui qui affirmait à juste titre, lors de la présentation, par le nouvel ambassadeur de l’Inde, ses lettres d’accréditation au Chef de l’Etat, que de nombreux citoyens de ce pays occupaient des postes à tous les niveaux à la NASA, à la Silicon Valley et on pourrait même rajouter à la City de Londres.

 

© Journalducameroun.com
Adrien Macaire Lemdja
En leur accordant des parcelles de terre avec titre foncier, toutes choses qui relèvent au passage d’un parcours de combattant pour le Camerounais lambda qui aura acquis la sienne, ces américains, à qui promesse a été aussi faite, d’obtenir la nationalité camerounaise, grossiront au pire l’actuelle diaspora et au mieux s’implanteront définitivement dans leur deuxième pays, y investiront, nanti d’une double nationalité, reconnue d’ailleurs par leur premier pays, les USA. Ces futurs Camerounais à la double nationalité auront-ils le droit de voter dans leur second pays comme dans le premier ou bien seront-ils victimes d’une troisième discrimination? Une première fois, par héritage, en tant qu’enfants issus de la traite négrière, une deuxième fois en victimes de la ségrégation raciale, soit directement soit indirectement par leurs parents et peut-être une troisième fois si nos autorités ne leur accordent pas un droit déjà acquis dans leur premier pays, qui est celui de voter.

Et si la reconnaissance de la double nationalité par nos autorités devait venir de ces américaino-camerounais?
Oui comme le rappelait le prince Bélé Kum’a Ndoumbe de Bonabéri à ses 86 invités d’un jour « Le 21è siècle est celui de l’Afrique, et la venue de nos frères américains d’origine camerounaise le démontre à souhait. Les décideurs de ce pays doivent saisir cette occasion pour que ceux des nôtres qui ont délibérément décidé de revenir, puissent apporter leur part dans le développement du Cameroun. Pour en arriver à ce stade, il faut modifier la loi sur la loi portant code de la nationalité camerounaise, et leur accorder la nationalité dont ils réclament». Alors saisiront-elles la perche pour rendre possible le rêve des autres « diasporiens » qui disposent de la nationalité de leur pays de résidence? A titre d’exemple, sur 750.000 Camerounais résidant aux USA, 250.000 d’entre eux ont acquis la nationalité américaine. Un américain d’origine camerounaise nouvellement naturalisé camerounais ne comprendrait certainement pas que son compatriote Camerounais ayant acquis la nationalité américaine ne puisse pas jouir des mêmes droits, avantages, facilités que lui, dans son pays d’origine.

Celui-ci vivrait alors une quatrième discrimination, fort dommageable, pour l’image que nous souhaitons donner de notre pays dans le monde. Après le droit de vote obtenu, l’année dernière, par les Camerounais de la Diaspora, la reconnaissance de la double nationalité devrait s’inscrire dans la politique des "Grandes réalisations" pour sortir enfin de l’ "ambition" du Chef de l’Etat de soumettre à l’étude les deux revendications et/ou doléances de cette Diaspora, tel qu’il l’exprima lors de sa dernière visite officielle en France en Juillet 2009. Afin d’amplifier les initiatives associatives ou de la société civile sur le retour ou la participation gagnant-gagnant (pour le diasporien et pour le pays) des membres de la Diaspora dans leur pays, des propositions ne manquent point. Du chantier au goût d’inachevé de l’année dernière à la réalisation d’une "grande ambition" cette année? Au-delà du recul observé dans le choix du maître d’œuvre, de l’absence de recensement exact, par nos chancelleries, de ces Camerounais dont le nombre oscille entre 3 et 4 millions avec une bonne moitié disséminée en Afrique, le nombre réduit des représentations consulaires devant héberger les bureaux de vote, toutes choses qui ont compliqué, leur participation au dernier scrutin présidentiel, la dernière réforme de la loi électorale présentait deux principales tares congénitales:

• Son périmètre d’application qui exclue non seulement les Camerounais ayant la double nationalité, qu’une révision constitutionnelle, par la voie parlementaire, aurait pu inclure. La révision levant la limitation du mandat présidentiel avait d’ailleurs emprunté la même voie lors d’une session extraordinaire de l’Assemblée Nationale; mais aussi le scrutin sénatorial qui sied mieux que le législatif ou le communal à leur représentativité;

• En effet comment peut-on octroyer aux citoyens le droit d’électeur sans celui d’éligibilité à un quelconque scrutin? La constitution de 1996, réservant au Président de la République, le pouvoir de nommer 30% des sénateurs, nulle doute qu’il pourrait, à l’aune des "Grandes réalisations" s’en servir pour rattraper une telle iniquité. En France, il existe bien des sénateurs des français de l’étranger. Les doléances de la communauté des camerounais de l’étranger ne saurait se limiter, après le droit de vote, à la reconnaissance de la double nationalité. Si ce dernier constitue le deuxième maillon essentiel de leurs revendications ou doléances, il n’en demeure pas moins que l’objectif ultime est celui de participer activement et efficacement à la construction de notre pays à tous. Thèmes choisis d’ailleurs par des conférenciers de la société civile en Décembre. Des rencontres et échanges ont été organisés au Cameroun tout comme à l’étranger entre les autorités et certains représentants de la Diaspora afin de définir les voies et moyens pour booster et canaliser sa participation.

 

La promesse des fleurs tarde à éclore en matière
- Gouvernementale: Le dernier réaménagement gouvernemental n’aura pas vu la création d’un Secrétariat d’Etat chargé de la Diaspora dont la mission serait de coordonner toutes les actions des autres ministères en direction de celle-ci. Est-il toujours dans le pipe si tant est qu’il a été une fois dans les projections du Chef de l’Etat? Ou devrait-on simplement se contenter d’une direction aux pouvoirs renforcés, au sein du MINREX, chargé des Camerounais de l’étranger? A moins qu’une agence de promotion de l’immigration réponde à ce besoin.

- Fiscale: mesures incitatives pour les investissements de cette Diaspora ; d’autres investisseurs étrangers bénéficient déjà d’exonérations fiscales;
- Douanière: mesures incitatives permettant aux associations de Camerounais d’octroyer des dons en nature aux communautés nationales ;
- Financière: Fonds d’investissements qui pourrait canaliser les flux financiers de cette Diaspora vers les projets prioritaires (Banque, Immobilier, PME/PMI de transformations de produits locaux etc…) de notre pays, à travers la bourse des valeurs de Douala ou les emprunts obligataires lancés par le gouvernement ;
- Institutionnelle: Mise en place d’une chambre internationale de commerce avec les représentants de cette Diaspora ;
- Applicative: Le lancement de projets de télé médecine, de télé enseignement, de SAV à distance avec les compétences de cette Diaspora, que l’achèvement de la pose de la fibre optique pourrait booster;

Il ne s’agit point d’un mémorandum du type auquel nous avons assisté, ces dernières années, dans notre pays mais plus, des propositions pour mieux accompagner le retour au pays natal des « Camara Laye » de la Diaspora camerounaise au regard de ce que les autorités ont laissé entrevoir dans le sillage du retour, organisé par Ark jammers, des américano-camerounais sur le sol de leurs ancêtres.




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