Investissement local: Les membres d’Ecam chargent les pouvoirs publics

Par Hervé Endong - 23/05/2012

D’après le mouvement patronal Entreprises du Cameroun, les pouvoirs publics font obstacle aux investissements nationaux et privilégient les étrangers

 

Actes anti-patriotiques des pouvoirs publics
Ce 16 mai 2012, Ecam a inauguré son concept d’E-Talk, un espace de réflexion et d’échange. Pour cette entrée en matière, un thème assez évocateur a été sélectionné par le patronat de Protais Ayangma Amang. A savoir, « Patriotisme économique : enjeux et contours d’une notion controversée ». Un thème qui donnait la latitude aux opérateurs économiques de dire si oui ou non, il y a un patriotisme économique au Cameroun. Mieux, les pouvoirs publics accordent une attention à l’investissement local. C’est Célestin Tawamba qui sonne l’hallali. Avec son style qui lui est propre. Et ses positions libertaires. Intervenant sur le sous-thème « Regard de l’opérateur économique », extrait du thème susdit, le vice-président d’Ecam est suffisamment amer. « L’expérience de l’opérateur économique que je suis m’autorise à soutenir un déficit préoccupant de patriotisme économique au Cameroun », lance avec verve le président directeur général du groupe Cadyst-Invest, qui détaille tous les actes anti-patriotiques des pouvoirs publics. Premier arrêt, les orientations des politiques économiques. Ici, l’investisseur camerounais fait observer que depuis la crise économique des années 1987-1990 et les programmes d’ajustements structurels (Pas) qui ont suivi, toutes les orientations stratégiques définies par le gouvernement peuvent être analysées comme faisant peu de cas du patriotisme économique. Il cite tour à tour, les Pas, les différentes réformes, fiscales et douanières portées par les lois de finances, les différentes réformes du code des marchés publics, la philosophie des Accords de partenariats économiques (Ape).

 

© http://www.patronat-ecam.org
Dsce et vision du Cameroun
Sur ce dernier item, Célestin Tawamba est très amer. «Il s'agit d'une véritable escroquerie économique », rugit-il, avant d’enfoncer le clou. «La célérité avec laquelle les administrations camerounaises semblent avoir adhéré à cet instrument tant suspecté et décrié ailleurs sont révélatrices du déficit de patriotisme économique des Camerounais au regard des conséquences réelles pour notre économie, pour la survie des industries camerounaises et de très nombreux emplois ». Ce n’est pas tout. Le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (Dsce) et la Vision pour un Cameroun émergent à l’horizon 2035 n’échappent pas à l’analyse critique du vice-président d’Ecam. « Le schéma demeure le même : celui d’une économie à développer d’abord et avant tout par les investisseurs étrangers, auxquels sont concédés toutes les richesses extractives en vue de l’exportation et toutes les facilités en vue de l’écoulement de leurs produits : il en est ainsi du bois, du pétrole, du fer, des pierres précieuses et autres minerais, etc. Très peu de place pour la transformation sur place des ressources ; très peu de place pour l’appropriation et l’exploitation des ressources par les Camerounais pour les Camerounais », déroule Célestin Tawamba. Ce dernier passe aussi en revue tous les comportements antipatriotiques déplorés chez certains agents publics. « Tandis qu’on déroule le tapis rouge, en tout lieu, même au plus haut sommet de l'état, pour l’accueil de l’investisseur étranger auquel toutes les facilités sont accordées, l’investisseur local peine à être reçu par un directeur d’administration et est le plus souvent perçu avec mépris comme un fossoyeur de l’économie nationale ; même lorsqu’il est porteur d’un investissement de dizaines de milliards FCfa et de centaines d’emplois », lâche le Pdg de Cadyst-Invest. Ce dernier revient sur deux cas précis. Le premier est relatif au refus par l’administration des finances d’appliquer rigoureusement la réglementation sur les valeurs de références sur certains produits inondant les marchés camerounais du fait des importations anarchiques, « alors qu’il est patent que ces produits sont largement subventionnés dans leur pays d’origine, à l’exemple des pâtes alimentaires », précise-t-il. Le second est la taxation aux droits de douanes, des équipements destinés à la fabrication des médicaments, alors même que le produit fini importé est entièrement défiscalisé à la porte, apprend-on. Ils sont nombreux, ces actes antipatriotiques, du point de vue économique, qui, d’après Célestin Tawamba, pénalisent tant les opérateurs économiques que les usagers et consommateurs camerounais. Pour lui, en tout cas, le patriotisme économique reste encore un leurre.

Argumentaire du représentant du Minepat
Cet argumentaire n’est pas partagé par le directeur général de l’économie au ministère de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire (Minepat). Dieudonné Bondoma Yokono, qui est aussi panéliste, consacre l’essentiel de son propos sur les réponses aux attaques de Célestin Tawamba. Il ressort ainsi les actions de l’Etat en faveur du patriotisme économique. Il s’agit des dispositions du code des marchés publics qui, d’après lui, sont favorables aux entreprises locales. Dieudonné Bondoma insiste le plus sur la notion d’appel d’offres national sur la préférence nationale dans l’attribution des marchés. Il mentionne aussi l’appui au développement des filières locales et la création des clusters (bois, coton, textile/confection, tourisme..), la suspension des importations des produits de la volaille, l’appui direct et indirect à la filière avicole. Le contradicteur de Célestin Tawamba revient aussi sur la mise à niveau des entreprises locales, en informant que 5 milliards de Fcfa ont été débloqués dans ce sens par l’Etat. Il chute à travers les projets structurants, en relevant le fait que 70% de la main d’œuvre dans ces projets est nationale. Le 3e intervenant de ce premier E-talk était Bruno Bekolo Ebe, agrégé en économie. C’est lui qui a posé d’ailleurs posé les jalons de ce débat. E-talk est un concept de réflexion, de discussion, d’information et d’échange d’Ecam. « Il s’agit de rassembler chaque fois les chefs d’entreprises et les parties prenantes au développement du secteur privé autour d’un thème précis et d’engager un échange stimulant au terme d’une présentation introductive faite par un intervenant », explique Protais Ayangma Amang. Ce concept rappelle le dîner-débat du Gicam. Sauf qu’ici, il y a un type de débatteurs appelés « contradicteurs » qui est introduite. Ce 16 mai 2012, les opérateurs économiques ont proposé quelques solutions au gouvernement. « Il serait important de commencer par des mesures de préservation et particulièrement de la jeune industrie Camerounaise. Je pense principalement aux valeurs de références douanières sur certains produits pour lesquels les industries camerounaises sont suffisamment capacités et compétitives », préconisent-ils. Parmi ces propositions, figurent également la mise en place des barrières non tarifaires telles que des normes de qualité spécifiques favorisant la consommation de la production locale, la problématique du financement de l'économie, notamment de la généralisation des mesures d'accès au crédit pour les entreprises nationales, avec des dispositions spéciales sur le financement et les garanties nécessaires à la promotion des exportations. La question des subventions diverses permettant de soutenir la compétitivité des entreprises nationales face à une concurrence étrangère particulièrement sauvage…

 





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