Le Vatican secoué par une crise interne !

Par Mathurin Petsoko - 29/05/2012

Des dizaines de documents secrets du Vatican sur la place publique, le banquier du pape limogé, le plus petit État du monde est confronté à une crise sans précédent

 

Le Vatican confronté à une crise sans précédent...
L’affaire des fuites de documents a, depuis janvier dernier, empoisonné le quotidien du Vatican. Ce climat de suspicion s’est soldé depuis samedi dernier par la publication en Italie d’un livre intitulé « Sua Santita » ("Sa Sainteté"). Ce livre reproduit des dizaines de fax et de lettres ultra-secrètes dont le pape est destinataire ou a eu connaissance et que des "gorges profondes" ont ensuite livré à l'auteur, le journaliste Gianluigi Nuzzi. Ces documents illustrent de nombreux débats internes, par exemple sur les relations avec les autorités italiennes (pressions vaticanes sur les sujets de société, questions fiscales, finances des instituts catholiques), les scandales sexuels chez les Légionnaires du Christ ou encore les négociations avec les intégristes. Ce n'est certes pas le premier scandale qui ébranle l'institution, mais cette fois, "il y a quelque chose d'encore plus profond", car émerge le sentiment d'un "désordre systémique" au sein de l'Eglise catholique, comme l’a déclaré Alberto Melloni. Pour cet historien spécialisé "jamais l'Eglise catholique n'a donné un tel sentiment de désorientation". Alors qu'une commission d'enquête dirigée par trois cardinaux est au travail au Vatican sur d'autres fuites intervenues en janvier dernier, ce livre a donné lieu à une réaction furibonde du Saint Siège qui a menacé de poursuites en Italie. Une réaction qui peut surprendre car les documents publiés ne sont souvent pas des surprises, et n'ont en général rien de scandaleux, même s'ils révèlent des tensions entre cardinaux.


 

© surlering.com
Le Vatican secoué par une crise interne
Le majordome du pape serait l'auteur des indiscrétions
Quatre jours après l'arrestation d'une personne "en possession illégale de documents confidentiels", le Saint-Siège a annoncé que le responsable présumé des indiscrétions, en garde à vue depuis quelques jours, n'est autre que Paolo Gabriele, l'ancien majordome des appartements pontificaux de Benoît XVI. Accusé d’avoir divulgué des secrets papaux, il risque trente ans de prison. La justice du Vatican aurait donc débusqué la taupe... « Je confirme que la personne, arrêtée mercredi pour possession illégale de documents confidentiels retrouvés à son domicile situé sur le territoire du Vatican, est M. Paolo Gabriele, qui reste incarcéré », a indiqué dans un communiqué le père Federico Lombardi, responsable de la salle de presse du Saint-Siège. Techniquement, le petit Etat ne disposant pas de prison, la supposée taupe est actuellement détenue dans une "salle sécurisée" par la gendarmerie vaticane. Si d'aventure Paolo Gabriele était reconnu coupable, ce proche d'entre les proches du souverain pontife, qui jusqu'à son arrestation mercredi dernier lui servait ses repas, l'aidait à se vêtir et avait libre-accès aux pièces les plus protégées du Vatican, pourrait passer les trente prochaines années en prison. Au terme d'un mois d'enquête d'une commission spéciale constituée de trois cardinaux, il lui est reproché d'avoir transmis des documents on ne peut plus confidentiels et embarrassants pour l'Eglise catholique à des médias qui ne se sont pas privés de les rendre publics. Ces pièces, tirées notamment de la correspondance privée de Benoît XVI, sont révélatrices entre autres débats internes et sujets sensibles, des négociations entre Rome et "ses" intégristes, des scandales sexuels chez les Légionnaires du Christ, et surtout, sur le terrain financier, de la situation fiscale du Vatican, de la gestion des instituts catholiques et autres affaires de contrats truqués. Pour avoir illégalement détenu des documents appartenant à un chef d'Etat, Paolo Gabriele risque beaucoup plus gros, a fortiori s'il a agi seul, ce dont doutent certains connaisseurs des arcanes du Vatican, qui avancent dans la presse italienne qu'il n'a probablement été que le pion d'une lutte intestine. Au Saint-Siège, beaucoup ne croient tout simplement pas en sa culpabilité, ou du moins sont apparus stupéfaits. M. Gabriele "aime tellement le pape qu'il ne le trahirait jamais", a ainsi affirmé à La Stampa, sous couvert d'anonymat, un prélat qui dans le passé a confessé le majordome déchu. D'après son entourage, le pape Benoît XVI, qui ne s'attendait certainement pas à aborder de cette façon la fête de la Pentecôte se serait simplement dit "affligé" et "choqué" du fait que son majordome ait pu le trahir. "L'accusé a nommé deux avocats de son choix (...) et il a eu l'occasion de les rencontrer" et le pourra encore dans "les prochaines phases de la procédure", poursuit le communiqué, qui assure que M. Gabriele, 46 ans, qui vient officiellement d'être inculpé, bénéficie de "toutes les garanties juridiques prévues par le Code pénal et de procédure, en vigueur dans l'Etat de la Cité du Vatican". "La phase d'instruction se poursuivra tant que la situation au cœur de l'enquête ne sera pas claire, après quoi le juge d'instruction décidera de l'acquittement ou du renvoi en justice", avait précédemment indiqué le père Lombardi à la presse.

Le Président de la banque du Vatican limogé
Première victime du scandale, Ettore Gotti Tedeschi, le président de l'Institut des œuvres religieuses (IOR), autrement dit la banque du Vatican, accusé de "mauvaise gouvernance" a été limogé jeudi. Comment expliquer le spectaculaire vote de défiance jeudi du Conseil d'administration de l’IOR à l'encontre d'Ettore Gotti Tedeschi, expert de "l'éthique de la finance", dont la nomination en 2009 à la tête de l'IOR avait laissé espérer l'assainissement des finances du Vatican ? Officiellement, il lui est reproché de "n'avoir pas su remplir certaines fonctions de première importance", en dépit d'avertissements répétés, alors que la situation "se détériorait". Selon des sources non confirmées, il aurait pu faire connaître lui-même certains documents de travail à l'extérieur du Vatican, par un souci de transparence. Selon les documents reproduits dans Sua Santita, Gotti Tedeschi demande notamment comment anticiper les probables répercussions de la crise financière sur les finances de l'Église. La chute de cet homme respecté survient à un moment crucial. Au début du mois de juillet prochain, un groupe d'experts européens doit décider si le Vatican peut rejoindre la liste des États transparents dans la lutte anti-blanchiment, la "White list". D’où la question de savoir si ce n’est pas un complot systématique pour discréditer le Vatican ? Impliqué dans les années 1980 dans des scandales sulfureux mêlant mafia, loge maçonnique et services secrets, l'IOR a repoli lentement son image sous le pontificat de Benoît XVI, en s'efforçant de remplir les critères contre le recyclage de l'argent sale. De nouvelles lois vaticanes ont été adoptées, même si elles sont critiquées car jugées insuffisantes. Le pape allemand, qui a fait de la rigueur une priorité, a créé en 2010 une Autorité d'information financière (AIF), même si beaucoup reste à faire.

 





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