David Meehan: «Sundance veut exploiter le fer de Mbalam avec et pour le Cameroun»

Par Idriss Linge - 07/06/2012

Intervenant lors du dernier forum minier, le directeur des opérations de cette entreprise a accepté de faire le point sur le projet de fer de Mbalam et donner ses impressions à l’issue des travaux

 

Monsieur Meeham, vous avez été un des intervenants du deuxième forum minier du Cameroun, pouvez-vous nous donner vos impressions à l’issue des activités?
J’ai été très impressionné par le forum minier qui vient de s’achever, et cela sur plusieurs points. Le choix des sujets combiné à la qualité des intervenants a fait que les différentes sessions étaient très informatives. D’un autre côté, j’ai aussi été marqué par le niveau d’intéressement des participants, de nombreuses questions pertinentes ont été posées, et cela démontre le degré d’intérêt que la société civile de ce pays porte à l’endroit du développement minier. Je pense que c’est une bonne chose et personnellement j’ai apprécié à juste titre les trois jours de travail.

Quelle est la leçon la plus importante que vous avez apprise de ce forum?
Je ne me limite pas juste pas aux leçons apprises, mais aujourd’hui je m’intéresse aux changements que je pourrais apporter à partir de ce que j’ai appris. Dans tout engagement, le plus important est la communication qui peut exister entre les différentes parties prenantes. Dans ce forum, on a entendu le gouvernement, les investisseurs privés mais aussi le point de vue des tierces parties prenantes. Je pense que ce sont ces différents échanges qui peuvent être importants, car le secteur minier industriel est encore nouveau au Cameroun, il entraine beaucoup d’implication, tant sur le plan de l’environnement que sur les habitudes des personnes, donc il y a vraiment une nécessité de communiquer, être transparent sur chaque chose qu’on veut entreprendre, d’impliquer toutes les parties prenantes dans la société et les communautés locales, et c’est ce à quoi on a assisté et que j’ai retenu d’une certaine manière dans ce forum.

 

© Journalducameroun.com
David Meehan, directeur des opérations de Sundance
Justement parlant de démarche inclusive, Sundance Ressources a toujours été assez transparent dans la conduite de ses affaires en rendant publiques les informations sur l’évolution de l’entreprise. De nombreuses ONG locales se demandent si vous poursuivrez dans cette démarche une fois la convention minière en poche, en rendant public par exemple le contrat avec le gouvernement camerounais?
Je ne pense pas qu’il nous revienne à nous de rendre public aux yeux de l’opinion camerounaise le contrat que nous aurons eu avec le gouvernement du Cameroun. C’est d’abord l’opportunité et la responsabilité du gouvernement lui-même. La convention minière si elle est obtenue nous liera à ce gouvernement. D'un autre côté, je ne vois pas un aspect de ce contrat pour lequel je devrais être mécontent au point où on dût le soustraire de l’opinion publique. Mais il est important que si nous prenons ce chemin, que nous puissions être soutenus par notre partenaire à savoir le gouvernement local.

Vous êtes intervenu dans le cadre du forum minier, mais vous êtes aussi le directeur des opérations de Sundance Ressources pour le projet Mbalam et on imagine que vous profitez de l’occasion de votre présence pour suivre les affaires, à quel niveau de discussion êtes-vous avec le gouvernement aujourd’hui?
Je dois tout d’abord dire que ce pays offre de nombreuses opportunités, tant pour les investisseurs que pour le gouvernement du Cameroun et son peuple, de sorte qu’on puisse les saisir ensemble et travailler dans un esprit de gagnant-gagnant. Vous savez, nous travaillons sur ce projet depuis près de 5 ans, mais ces deux derniers mois, depuis que le gouvernement du Cameroun a mis en place un comité de haut niveau pour suivre son évolution, les progrès se sont accélérés et de part et d’autre, on sent une réelle volonté de parvenir le plus rapidement possible à une convention minière, afin que le début de la phase d’exploitation devienne effectif. En principe avec le gouvernement nous devons établir la manière dont les discussions sur les termes de la convention minière vont se dérouler. Nous espérons pouvoir se mettre d’accord sur l’essentiel des termes de la convention. Mais évidemment cela ne veut pas dire que la convention est acquise, il y a et aura encore des points qui doivent faire l’objet de discussion, mais nous ressentons l’engagement dans les deux parties, à parvenir à un accord sur le projet d’ici la fin de l’année.

Il existe aujourd’hui comme une divergence de point de vue entre votre entreprise et le gouvernement camerounais, notamment sur le chemin de fer. Le gouvernement le veut optimal et ouvert et vous souhaitez une ligne dédiée et restreinte, vous êtes ensuite concerné par le problème du chevauchement avec des aires protégées et enfin sur la question de l’emploi, le gouvernement veut plus de nationaux, mais vous voulez que cela soit progressif, votre avis sur ces divergences?
Je dois dire que le fait qu’il y ait des divergences ne nous pose pas de problème. C’est d’ailleurs normal, cela rentre dans la nature des hommes. Une fois qu’un projet est trop grand, on ne peut pas s’attendre à ce que tout le monde soit d’accord. C’est vrai pour le développement, c’est vrai pour les affaires, on ne peut éviter les divergences et on ne doit pas chercher à les éviter. Vous parlez des aires protégées, nous avons travaillé et continuons de le faire, pour éviter au maximum les aires protégés. C’est pour nous une préoccupation réelle. Nos équipes sont ouvertes pour s’y mettre avec l’administration, les organisations de la société civile et les populations concernées. Pour ce qui est du chemin de fer, je reconnais que c’est un des points critiques de nos discussions avec le gouvernement camerounais. Ce que je dois dire c’est que nous comprenons très bien les objectifs et la volonté du gouvernement de ce pays. D’un autre côté, il n’existe pas ce type de chemin de fer en Afrique centrale et donc tout le monde ne comprend pas de quoi on parle. Mais il y a une chose, qui doit être dite, c’est que lorsque vous n’avez pas encore vu à quoi ressemble un chemin de fer lourd pour transport de minerais, vous ne pouvez pas imaginer ce que c’est. Or d’une certaine manière, c’est ce qu’il faut pour une exploitation optimale du fer de Mbalam. C’est quoi un chemin de fer lourd, c’est d’abord une seule ligne, parce qu’on ne peut pas faire deux voies, une seule déjà coute 3 milliards de Dollars (1500 milliards de CFA). Maintenant, on aura des trains avec des wagons de près de 2 kilomètres qui passeront à intervalles de 15 minutes, du coup c’est difficile d’intercaler des trains civils. Nous avons le projet d’emmener une délégation camerounaise en Australie, pour en faire l’expérience et nous espérons nous comprendre par la suite, car les discussions se poursuivent. Alors ce que nous disons, c’est que le type de chemin de fer optimal pour le projet ne peut relier plusieurs localités, pour des raisons de sécurité, et de protection des riverains.

De nombreuses ONG s’intéressent aussi à votre politique de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), et se demandent quelle sera votre particularité dans ce domaine?
Il y’a beaucoup de chose qui sont faits à notre niveau. D’abord, nous avons introduit dans notre politique d’investissement, tous les aspects fondamentaux relatifs à la RSE. Nous emmenons aussi toutes nos équipes de travail à s’approprier cet aspect des choses comme de tout notre esprit afin qu’elles en soient conscientes, lorsqu’elles accomplissent leurs missions. La deuxième chose c’est qu’à chaque fois les équipes de travail recevront des formations sur la meilleure manière de faire les choses. Enfin nous attribuerons un budget conséquent pour intervenir dans le but de faire que le projet soit durable dans son environnement. Les investissements miniers c’est vrai ont un grand impact sur leurs environnements. Nous allons mettre un point d’honneur à avoir des équipes qui vont travailler sur le meilleur moyen de collaborer avec les communautés locales, comprendre ce qu’elles veulent et comment on peut les aider à suivre l’évolution des choses.

 

© Journalducameroun.com
David Meehan lors du forum minier
Justement lors de votre intervention dans le forum, vous avez annoncé consacrer 0,5% de vos profits au financement de la RSE, comment cela va se passer?
C’est justement le budget dont je parlais, nous pensons travailler avec des partenaires, soit l’administration, soit des ONG, soit les communautés locales directement, soit les trois en même temps, le moment venu cela se décidera.

Vous avez travaillé pendant de longues années sur le projet de Mbalam et maintenant, vous avez décidé de le vendre aux chinois. Au Cameroun, l’opinions se demande pourquoi?
Une question intéressante et complexe. Ce que je dois dire c’est que l’entreprise Sundance Ressources, est enregistré au registre de protections des transactions (Bourse) en Australie. Nous avons aujourd’hui et à ce titre près de 24 000 actionnaires qui sont les vrais propriétaires de la compagnie, ce n’est ni moi, ni un autre dirigeant qui en est propriétaire. L’entreprise est cotée en bourse, la loi qui s’applique d’ailleurs à toutes les bourses du monde, veut que si une tierce personne manifeste l’intérêt d’acheter des actions d’une entreprise à un montant intéressant, l’équipe de direction doit le faire savoir aux actionnaires, afin que ceux-ci prennent la décision. Nous ne sommes pas allés voir Hanlong (le futur propriétaire chinois). Ils ont fait une offre publique d’achat, que nous avons transmis conformément à la loi aux actionnaires, qui ont marqué leur accord. Mais je dois dire que notre objectif initial était de trouver une entreprise qui pouvait nous accompagner dans l’investissement sur ce projet qui demande quand même 5 milliards de Dollars (2500 milliards de FCFA), et cela a été complexe. Hanlong s’est proposé de reprendre des actions. Il y a eu une première offre rejetée parce que non satisfaisante, il y a ensuite eu une seconde offre qui était satisfaisante, et la direction l’a soumise aux actionnaires.

Où en est-on aujourd’hui avec cette entrée sur scène des chinois et qu’est-ce que cela implique?
Lorsqu’une telle offre est soumise aux actionnaires, ils votent selon une règle qui permet de déterminer la majorité. Si la majorité est pour, l’entreprise est cédée et si la majorité est contre il n’y a pas cession. Qu’est-ce que cela signifie pour le Cameroun. Cela signifie d’abord, que Sundance continue d’être la maison mère de Camiron. Or il faut bien comprendre que Sundance Ressources ne disparait pas. C’est juste qu’au lieu d’avoir 24 000 actionnaires, il en aura un seul et qui s’appellera Hanlong.

Généralement lorsqu’on parle des investissements chinois, il y a aujourd’hui le fait qu’on leur reproche de n’a pas s’intéresser aux questions d’environnement, de recrutement de la main d’œuvre locale… Comment cela va se passer?
Je ne voudrais pas faire ce procès, mais je ne pense pas que cela sera le cas avec ce projet. Bien qu’ayant un actionnaire unique, l’équipe dirigeante pourra rester en place. D’un autre côté, au cours de nos derniers échanges, Hanlong a promis aux gouvernements du Cameroun et du Congo puisque nous y sommes aussi, qu’elle respecterait les engagements que Sundance a pris par le passé et les mettrait en œuvre. Il y aura évidemment des changements, parce qu’une entreprise rachetée provoque toujours des changements. Mais ils ont promis de garder les standards, de garder la politique générale et nous leur faisons confiance, les gouvernements camerounais et congolais semblent aussi leur faire confiance.

Un aspect aussi intéressant de cette transaction, c’est qu’on apprend que le Cameroun pourrait toucher quelque chose, un bonus sur la vente?
Ce n’est pas exactement cela. En réalité lorsque Hanlong achète des actions de Sundance, l’argent va aux actionnaires, c’est eux qui acceptent de laisser leurs parts. Maintenant, avec le gouvernement camerounais il se fait que le code minier, donne droit d’office à un total de 10% des actions de l’entreprise. C’est cette part-là qui revient au Cameroun. Mais maintenant, nous discutons avec les autorités pour voir si le gouvernement peut s’engager à obtenir des parts supplémentaires, contre déboursement d’un investissement. Ce qui est sûr, c’est que d’ici qu’on en arrive à la convention minière, les parts du Cameroun devraient pouvoir connaitre une évolution.

Un dernier mot pour nos lecteurs et un message pour les populations de Mbalam, qui espèrent que l’exploitation du fer débutera vite, que ce projet va changer leurs vies, mais aussi quel message pour le gouvernement qui attend des retombées de ce projet essentiel pour sa stratégie de développement?
Je partage aussi leurs espoirs à tous, et celui surtout que ce que nous faisons changera des vies et en bien. Le deuxième message est que nous sommes ouverts. Toute personne qui pense qu’il peut apporter quelque chose de substantielle, à la mise en œuvre durable et pertinente de ce projet ne doit pas hésiter à nous faire signe. Nous somme entièrement ouvert. Personne ne doit avoir la crainte de nous approcher, nous voulons travailler avec tout le monde. Parce que nous sommes convaincus que c’est de cette manière que les choses seront le mieux possible.

 





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