Recettes pétrolières: Quand les chiffres font des écarts

Par Idriss Linge - 18/06/2012

156 milliards de FCFA de recettes versés au trésor public selon un communiqué du Conseil d’Administration, alors que les statistiques sur le site de la SNH parlent de 97,542 milliards

 

Dans un communiqué de son dernier Conseil d’Administration, la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), annonce que les recettes reversées à l’Etat pour le compte des 4 premiers mois d’exercice, se sont situées à 156 milliards de FCFA, dépassant largement des prévisions qui elles se situaient autour de 129 milliards de FCFA. De nombreux médias ont repris l’information, parlant notamment de la hausse des recettes pétrolières au trésor public camerounais. Le fait que ces médias n’hésitent pas à qualifier de bonne performance est argumenté par une appréciation du dollar de 14%, et une bonne tenue des prix des barils depuis le début d’année. Le prix moyen de vente de ces bruts, pour les enlèvements de janvier à avril, a enregistré une hausse de 15,10 dollars Us par baril (+14,31) par rapport à la même période de l’année précédente, pour s’établir à 120,63 dollars Us par baril, peut-on lire dans le communiqué de presse du Conseil d’Administration. Il reste pourtant très difficile de comprendre le niveau de positivité de cette performance. Comparé au premier trimestre de l’année 2011, où effectivement le prix du baril était à 105 Dollars (contre 120) pour un dollar à 477 contre 496 FCFA aujourd’hui, les recettes pétrolières reversées à l’Etat et selon des statistiques disponibles sur le site de la SNH, avaient atteint les 195 milliards de FCFA, pour le premier trimestre, le mois d’avril non compris. Cette statistique considérée, il apparait donc que pour les trois premiers mois de l’année 2012, la SNH a plutôt été contre performante, car elle reverse un total avec près 40 milliards de FCFA en moins, par rapport à la même période l’année dernière.

 

© google images
Le bâtiment de la SNH à Yaoundé
La « bonne performance annoncée par le Conseil d’Administration de la SNH, reste difficile à apprécier, en raison de ce que le grand public ne possède aucune donnée sur le tableau des opérations de l’Etat (TOPE) du Cameroun, pour l’année 2012. C’est sur cette base là que sont transférées les recettes issues de la vente de pétrole par la SNH chaque mois. De manière globale, pour déterminer la part d’argent que la SNH doit reverser au trésor public, on procède à la soustraction sur les produits de la vente de ses parts, des différentes dépenses effectuées au cours de l’exercice. Il apparait que pour le premier trimestre dont il est question, les dépenses associatives, qui représentent un ensemble d’engagements qu’elle prend, ont atteint selon des statistiques présentes sur son site internet, près de 55,8 milliards de FCFA. A ces dépenses, il faut ajouter les dépenses de fonctionnement de 6, 7 milliards de FCFA pour un total de près de 63,7 milliards de FCFA. Logiquement avec des ventes ayant été d’un peu plus de 160 milliards de FCFA, les recettes brutes reversées à l’Etat et issues de la vente du pétrole camerounais devraient être de l’ordre de 97, 5 milliards, un chiffre qui n’est pas loin de ceux présentés par l’entreprise sur son site internet (97, 542 milliards de FCFA)

Sur la base de cette démonstration deux interrogations s’interposent. Comment la SNH est parvenue à combler le montant des recettes publié sur son site internet, pour le porter à près de 156 milliards de FCFA, soit une augmentation de près de 60 milliards de FCFA. Le communiqué du Conseil d’Administration n’apporte pas de réponse à cette question. En l’absence de réponse officielle sur ce premier aspect, l’analyse logique entraine vers deux types de possibilité. La première est que le communiqué final du Conseil d’Administration a pu prendre en compte les ventes effectuées pour le compte du mois d’avril 2012, ce qui n’est pas conforme à la procédure. L’autre explication peut aussi être que la SNH en plus des recettes issues de la vente de ses parts de production pétrolière, a ajouté celui des autres sources de recettes qu’elle reverse au trésor public. Dans la nomenclature des recettes reversées par la SNH, il existe de nombreuses sources de recettes qu’elle collecte, et reverse soit au trésor public via la BEAC, soit directement à la direction des impôts. Ainsi, en plus de des gains obtenus en sa qualité de mandataire de la production pétrolière du Cameroun, la SNH est aussi assujettie à l’impôt sur les sociétés pétrolières, en qualité d’opérateur, mais il a aussi la charge de collecter et de reverser les dividendes, profit-oil et autres taxes prévus par la loi portant code pétrolier et fixant les règles d’exploitation du pétrole camerounais par des entreprises étrangères. Une autre question aussi sans réponse, c’est celle de savoir ce qui explique le doublement des dépenses associatives de la SNH pour le premier trimestre 2012. Sur la même période de référence pour le premier semestre 2011, elles s’élevaient à seulement quelques 15 milliards de FCFA, soit 32 millions de dollars pour un dollar à 477 FCFA. En général, ces dépenses supportent essentiellement des appels de fonds et du service de la dette et sont facturées par les opérateurs. Elles sont par ailleurs, arrêtées sur la base d’un budget trimestriel à travers un planning de travaux défini par le Comité Technique. D’autres dépenses existent aussi, et concerne, les assurances offshore, le coût du suivi des ingénieurs de la SNH, la quote-part des dépenses du pipeline et les dépenses de remise en état des sites pour tenir compte de l’environnement durable. Selon certains observateurs, le déplacement du pipeline, l’engagement des travaux en vue d’exploiter de nouveau champs et celle visant à lancer la production de gaz à Kribi sont autant de raison d’accroissement des dépenses d’investissement. Mais cela, l’entreprise ne l’indique pas particulièrement.

 





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