Carlos Wembe: «Mieux aborder les risques bancaires au Cameroun»

Par Idriss Linge - 03/07/2012

Consultant bancaire, il vient d’écrire un livre de proposition face aux contraintes qui caractérisent l’accès au financement des banques dans les pays sous-développés

 

Monsieur Wembé vous venez de publier un livre intitulé: «Méthodes et techniques de gestion des risques bancaires. Application aux pays en voie de développement», résumez nous son contenu, mais déjà, parlez-nous de vous l’auteur
Je suis camerounais, j’ai 29 ans. Je suis consultant en gestion des risques bancaires.  J’ai travaillé au sein des groupes bancaires BNP Paribas, Société Générale, et Rothschild. Je suis diplômé de Sciences Po Paris, de l’Université Catholique de Lille et de l’Université Catholique d’Afrique Centrale. Mon ouvrage traite de la gestion des risques bancaires dans le contexte économique particulier des pays en développement: faible degré de financiarisation, faible taux de bancarisation, fortes contraintes réglementaires, importance du secteur informel, etc. Cette édition est consacrée plus spécifiquement aux risques liés aux crédits d’investissement, en adoptant le point de vue du banquier.

 A quel problème fondamental de la prise de risque bancaire en Afrique, votre livre est-il une réponse et quelles sont les opportunités d’apprentissage qu’il offre pour ceux qui vont le lire?
Au-delà de la prise de risque, le livre s’intéresse au problème de l’accès aux services financiers par les entreprises africaines, en particulier les PME, qui demeurent le moteur principal de l’économie. L’accès au crédit bancaire permet de financer l’investissement, de relancer la croissance et de réduire la pauvreté. Le livre s’adresse à tous ceux qui ont un intérêt pour le problème du financement de l’économie par les banques (professionnels, étudiants, etc.). L’ouvrage expose, en termes simples, les principales techniques de gestion des risques liés aux crédits d’investissement, tout en évitant une mathématisation excessive. Il revient également sur les différentes crises financières et leur impact sur l’activité bancaire du Cameroun.

 

© Journalducameroun.com
Carlos Wembe
Quelles ont été les conditions de la collecte de données, lorsqu’on sait que dans de nombreux pays sous-développés, et surtout au Cameroun, le secret dans la gestion est la règle, la transparence l’exception?
C’est une excellente question, car la fiabilité des sources est essentielle. Cet ouvrage a été réalisé dans le cadre d’un travail de recherche universitaire. Il apporte donc un regard « scientifique » sur le sujet traité. Les données ont été collectées en entreprise, lors de descentes réelles sur le terrain et d’entretiens. Je me suis également appuyé sur la littérature économique et financière, et sur mon expérience. Comme je l’indique dans le livre, certaines données jugées confidentielles n’ont pas été présentées, même si elles ont contribué à l’analyse. L’accès à l’information dans les pays en développement est évidemment un problème lié, en partie, au coût financier engendré par les méthodes de collecte. Cependant, avec le développement des moyens modernes de communication (internet, etc.) et l’évolution des mentalités, ce problème tend à s’estomper.

Comment en êtes-vous arrivé à écrire ce livre, qu’est-ce qui vous a motivé à aller au bout de votre idée?
L’idée est née des difficultés que j’ai rencontrées, en tant qu’étudiant d’abord et en tant que professionnel plus tard, à me procurer des ouvrages traitant des problématiques propres à nos économies. Elle a pris corps au fil de mes études universitaires et de mes expériences professionnelles. La gestion des risques est un enjeu de taille pour toutes les banques africaines. Comme indiqué plus haut, le système bancaire et financier joue un rôle très important dans le développement d’un pays, puisqu’il met en relation les agents ayant un excédent d’épargne avec ceux ayant un besoin structurel de financement, parmi lesquels les entreprises. En outre, l’urgence de la situation économique de nos pays, nous interpelle tous. J’avais envie d’apporter ma modeste contribution au problème du financement de l’investissement par les banques. Par exemple, les financements à long terme ont représenté chaque année, en moyenne seulement 2,23% de l’encours total des concours bancaires, entre 2007 et 2010 dans la zone CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale).

 

© amazon.fr
En matière de risque bancaire dans un pays comme le Cameroun, qu’est ce qui fait le plus problème, une incapacité des agents de crédit à inventer de nouvelles façons de répondre aux besoins du marché, ou les difficultés liées à l’environnement des affaires?
C’est une question très intéressante et à laquelle il est difficile de répondre brièvement, les deux notions que vous évoquez étant en effet intimement liées. L’environnement des affaires est défini par la Banque Mondiale et se base sur dix critères, parmi lesquels: les difficultés d’obtention d’un crédit, le degré d’ouverture de l’économie, ou encore le temps mis pour créer une société. En 2012, sur 46 économies d’Afrique Sub-saharienne, l’économie camerounaise occupait la 31ème position. Figurait en tête de classement l’économie mauricienne, alors que l’économie tchadienne occupait la dernière position. Par conséquent, il reste encore d’importants efforts à faire de ce point de vue. En revanche, sur le critère « obtention de crédit », le Cameroun est classé 12ème, en tête des pays de la sous-région d’Afrique Centrale (au même titre que le Gabon et la Guinée Équatoriale). Même si des améliorations sont à faire, l’environnement bancaire et financier camerounais est considéré comme l’un des plus dynamiques de la sous-région d’Afrique Centrale. Ainsi, en se basant uniquement sur le critère « obtention de crédit », le problème de la frilosité des banques camerounaises est sans doute dû, pour partie, au contexte historique (la crise financière des années 90 ayant entraîné d’importantes restructurations, les programmes d’ajustement structurel, la dévaluation du FCFA, la crise économique des années 2007), à des contraintes réglementaires strictes imposées par la COBAC (Commission Bancaire de l’Afrique Centrale), ou encore au profil de risque des clients.

Supposons qu’une banque décide de suivre votre analyse, quelles améliorations en termes de service de crédit pourrait-elle apporter à sa clientèle?
L’objet du livre est de réconcilier les attentes du banquier de celles du client. Le but étant d’une part, de faciliter l’accès au crédit bancaire aux entreprises ; d’autre part, de permettre au banquier de sécuriser ses marges. Dans cette optique, je fais appel à des méthodes qui ont fait leur preuve dans les pays d’Asie ou d’Inde. Ces méthodes sont basées, par ordre d’importance, sur des critères qualitatifs, réglementaires et quantitatifs.

Où est- ce qu’on peut trouver votre livre, à quelles conditions. D’un autre côté, est-ce que vous envisagez de faire une dédicace au Cameroun et dans d’autres pays Africains?
J’envisage évidemment de faire une séance de dédicace au Cameroun dans les mois à venir. Les dates ne sont pas encore arrêtées. En attendant, le livre est disponible en ligne, notamment sur le site «Amazon.fr» au prix de 49€ (32 000 Fcfa).


A savoir

  • "Méthodes et techniques de gestion des risques: Application aux pays en voie de développement"
  • Prix: 49€ (32 000 fcfa)


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