Un Cameroun pour tous les Camerounais

Par Georges Njamkepo - 23/07/2012

«Je suis un illustre inconnu et ignorant des arcanes du pouvoir au Cameroun»

 

Aussi, avant de vous livrer le contenu de ce qui est ma vérité, il est important que vous sachiez qui je suis et qui je ne suis pas. J’ai cinquante-cinq ans alors que je rédige cette missive… et je ne suis candidat à rien du tout… Pour l’instant! Je ne suis, ni écrivain, ni romancier, encore moins journaliste, un métier au demeurant que certains pratiquent avec une certaine légèreté et sans déontologie aucune. Je demande donc au lecteur qui pourra constater dans ma prose, parfois une absence d’ordre, des redites et souvent du langage parlé, je lui réclame d’avoir une certaine indulgence, voire une retenue certaine dans la critique, ce que j’ai rédigé ici d’une manière très intuitive n’étant que le fruit de constats et d’analyses que j’ai voulues directes, sans fioritures et sans ambitions particulières et que je souhaite partager avec les camerounais. Je sais que je n’obtiendrai jamais le fameux «Prix Goncourt», je n’en ai d’ailleurs ni l’ambition, ni la prétention.

Je n’ai jamais milité dans aucun parti politique sauf à considérer que détenir la carte de l’UNC (Union Nationale Camerounaise - le grand parti national unifié des années ’60) dont j’ai bénéficié à ma naissance sur décision unilatérale de mes parents comme à cette époque tous les enfants du pays dès leurs premiers cris, serait du militantisme. Je ne suis ni philosophe, ni politologue, ni psychanalyste ou autre diplômé aux manches longues, je ne suis pas un scientifique, loin s’en faut, considérons ensemble que je n’ai aucun diplôme car je suis aux antipodes de la stature d’un génie, mais néanmoins, de ma position de citoyen du monde, j’ai de grandes qualités d’observateur de la nature humaine que j’ai eu l’occasion de pratiquer sous toutes les latitudes sur notre planète. C’est à la lumière de cette qualité que je me permets de m’exprimer et de dire ce que je crois être proche de la vérité.

 

© camereco.com
Georges Njamkepo

Je considère toutefois que je suis un homme du pouvoir, un homme de pouvoir par mon intellect, teinté dans la masse depuis ma naissance aux sources de la «bourgeoisie cultivée», de ceux qui grâce à leurs parents et à leurs positions, à l’éducation qu’ils ont reçue, ont bénéficié malgré tout, de certains avantages non négligeables octroyés par la République, l’éducation, l’école et l’université de la république, la vie sociale, la culture et la richesse intellectuelle des parents, mais un homme à qui l’on a appris qu’il «gagnera son pain à la sueur de son front», sans vraiment avoir eu faim durant toutes ces années. Je crois en la République à qui je dois un jour rendre ce qu’elle m’a donné. Je m’enorgueillis de le dire, lorsque nous étions gosses, un jour que nous rentrions de l’école, ma mère nous expliqua à mes frères et moi que nous sommes des noirs, des bamilékés, rien de bien grave qui puisse entraver le cours de notre vie mais qu’elle n’accepterait jamais ces deux vérités immuables comme l’explication de nos échecs. C’est donc ainsi que tout petit déjà, je devins… L’un des premiers citoyens de la onzième région du Cameroun, la région la plus peuplée du pays qui survole le territoire national, la région de ceux qui se reconnaissent d’abord comme camerounais avant d’être d’ailleurs, fiers de l’être.

C’est la région de la transversalité des cultures qui encourage chacun à revendiquer sa tribalité en toute liberté, mais qui impose la difficile expérience de la culture de la performance et de la posture de rigueur pour pouvoir s’exprimer. Je crois à l’inter-culturalité du pays et à son multi ethnisme comme gage de sa richesse, de l’épanouissement individuel et de son dynamisme, mais surtout de sa forte capacité d’intégration à la civilisation de l’universel. Ensemble, nous devons tous oublier d’être des bamilékés, des bétis, des bassas, des douala, des haoussas, des bafias, des anglophones… pour enfin être debout dans nos bottes, des Camerounais entiers et fiers de porter le flambeau du pays partout où besoin est. Parce que je suis né à Paris, que j’ai grandi à Yaoundé, puis à Douala, avec un cycle secondaire au Collège Sacré-Cœur de Makak, ayant bénéficié d’enseignants de grande qualité au sein de la vénérable université de Yaoundé dans la vallée de Ngoa-et Kelle où j’ai appris la vie et connu mes meilleurs amis, pour ces raisons, Je suis l’aventure ambigüe, je suis le rêve de l’universel, je suis à mon humble niveau, la modernité avant la lettre du Cameroun de demain.

Aussi, je refuse énergiquement d’être cantonné à un bantoustan philosophique tribal, je réfute cette barrière qui fixe les individus dans un mode de pensée vernaculaire et une démarche intellectuelle hiérarchisée qui seraient le fruit barbare de leur origine ethnique, un ghetto spirituel qui serait la conséquence de traditions génétiques ancestrales, ce mur infranchissable et sans fin, dressé à perte de vue, consolidé par des pratiques venues d’un autre temps, par ceux qui détiennent les leviers du pouvoir et qui sépare les camerounais, leur interdit de s’aimer et qui n’a aucun avenir au vingt-et-unième siècle dans le monde qui nous entoure, dans un monde qui subit au quotidien la pression salvatrice de l’ère du verseau (amour, amitié, fraternité)… parce que génétiquement, il n’existe ni race, ni tribu. Les enjeux qui nous font face, interpellent de notre part à tous, une hauteur et une altitude, une attitude largement au-dessus des basses querelles claniques et des considérations sectaires dans lesquelles les gouvernants ont toujours voulu nous enfermer pour camoufler leur incurie, pour détourner nos regards de la réalité de leur incapacité à mettre en musique un développement harmonieux de la communauté nationale et ce, depuis bien avant les indépendances comme intelligemment comploté par l’administration coloniale.

Je sais que de ce point de vue, je suis depuis bien longtemps regardé de travers et incompris, combattu et vilipendé, mis à l’amende (nous sommes nombreux dans ce cas) parce que ne respectant pas les canons des esprits primitifs étriqués et sans esprit, mais pour me conforter dans ma vision, l’histoire d’une bonne tripotée de camerounais de l’étranger le prouve à loisir, quand on observe leur réussite professionnelle et sociale à travers le monde. Ceux qui ont pu sortir des frontières du triangle national et ont dû se battre pour vivre et survivre, ceux qui parmi eux ont pu gagner l’ascenseur social hors des frontières du Cameroun, le doivent à leur capacité d’intégrer l’autrui comme une part d’eux-mêmes et le monde comme une plate-forme permanente du donner et du recevoir. C’est cette éducation multi culturelle, ce bilinguisme et la capacité à incorporer l’autre d’où qu’il vienne avec ses différences, comme une composante importante et nécessaire de sa propre évolution et de son épanouissement personnel, qui leur permet tous les jours à ces camerounais expatriés, de faire la preuve que le statut multiculturel du Cameroun comme Afrique en miniature est exceptionnellement éclatant et bénéfique pour le développement de notre pays et lui confère des atouts que nulle part ailleurs dans le monde et toute la galaxie, il ne sera possible d’apercevoir.

«Si tu diffère de moi mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis», ces paroles de Saint-Exupéry me remplissent de chaleur, c’est ce que je souhaite dire à tous ceux qui auront l’occasion de lire ces quelques lignes. Ce sont nos différences qui font la différence du Cameroun avec les autres, n’en déplaise aux thuriféraires et zélateurs qui utilisent la tribu comme bouclier mais aussi, comme fer de lance de leur combat pour abattre toute idée de concurrence et de compétition, détruire le concept d’équité et d’égalité des chances, se vautrer dans le confort des combines de tricheurs, pour tuer dans l’œuf toute velléité de nation, pour soustraire aux bâtisseurs, la volonté de construire une république solidaire digne de ce que nos enfants sont en droit d’attendre de leurs aînés. Je voudrai croire ainsi, avoir apporté ma part de réponse au torrent de boue que le clergé a déversé cette semaine, toute honte bue, sur notre pays.

 





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