Insertion socioprofessionnelle: Le taux d’activité en chute libre au Cameroun
Par Hervé Endong - 30/07/2012
Le rapport de l’Institut national de la statistique (Ins) publié à Yaoundé, apprend que ce taux est de 66,4% en 2010, contre 68,3% en 2005
Hommes plus actifs
Le rapport en question est intitulé «Deuxième enquête sur l’emploi et le secteur informel au Cameroun, Eesi 2». Ce rapport édité en octobre 2011 s’intéresse à l’évolution des principaux indicateurs du marché du travail entre 2005 et 2010. Les résultats sont négatifs dans l’ensemble. Sur le chapitre du marché de l’emploi, on retient que, situées nettement au-dessus de la moyenne du Bit (69%), l’Ouest (83,6%), le Littoral (83,2%), et le Centre (82%) se détachent des autres régions avec plus de quatre actifs sur cinq personnes de 10 ans ou plus tandis qu’à l’autre extrémité, les villes de Yaoundé (57,3%), Douala (62,4%) et les régions de l’Adamaoua (49%) et du Sud-Ouest (66,3%) présentent des faibles taux d’activité. Le taux d’activité est de 74,1% chez les hommes, soit 9,9 points d’écart par rapport à celui des femmes (64,2%). En milieu urbain, 67,2% d’hommes sont actifs contre 52,2% de femmes soit un écart de 15 points. Par contre, en milieu rural, l’écart entre le taux d’activité des hommes et celui des femmes est moins prononcé qu’en milieu urbain. Le taux d’emploi est de 66,4% en 2010 contre 68,3% en 2005, soit une baisse d’1,9% du taux t’emploi pendant cinq ans. «Malgré cette baisse, il reste proche du taux d’activité», relativise l’Ins. On note des disparités suivant le sexe et le milieu de résidence. Le taux d’emploi est de 71,7% chez les hommes contre 61,4% chez les femmes. Les populations du milieu rural ont un taux d’emploi plus élevé que celles du milieu urbain (74,6% contre 54,7%). «L’âge moyen des actifs occupés est de 33 ans. Cet âge est de 33,3 ans en milieu urbain et de 32,9 ans en milieu rural. Il varie suivant la région d’enquête; il est moins élevé au Nord (29,2 ans) et plus élevé au Sud (34,6 ans). Le marché du travail est caractérisé par une prépondérance du secteur informel. Le taux d’informalité se situe à 90,5% en 2010 contre 90,4% en 2005», souligne le document de 127 pages. Ainsi, les emplois se répartissent entre les secteurs. Le secteur informel non agricole vient largement en tête avec 53,0%). Avec 37,5%, le secteur agricole occupe le second rang.

Tout faire pour s'en sortir
Taux de salarisation
Suivent les secteurs public et privé formel, avec respectivement 5,8% et 3,7%. «Les jeunes de 15-34 ans exercent en majorité (92,0%) dans le secteur informel. Les durées moyennes dans l’emploi et dans l’entreprise sont respectivement de 9,1 ans et 9,3 ans au niveau national. Selon le milieu de résidence, l’on constate qu’en milieu rural, les actifs occupés restent plus longtemps dans leur emploi et dans l’entreprise qu’en milieu urbain. C’est d’ailleurs le cas dans les villes de Douala et de Yaoundé où les travailleurs restent en moyenne moins de 5 ans dans l’emploi ou dans l’entreprise», peut-on encore lire. Le taux de salarisation au niveau national se situe à 20,2% contre 18,0% en 2005. Ce taux est plus élevé en milieu urbain (41,1%) qu’en milieu rural (9,4%), et dans les villes de Douala (41,9%) et de Yaoundé (50,5%). L’emploi salarié est plus observé dans les régions de l’Adamaoua et du Sud que dans d’autres régions. En effet, près d’un quart des actifs occupés sont salariés. Le document informe aussi que le taux de pluriactivité, qui est le rapport du nombre de personnes exerçant un ou plusieurs emplois secondaires à la population active occupée, se situe à 26,5%. Ce taux est plus faible en milieu urbain (14,3%) et notamment dans les villes de Douala (11%) et Yaoundé (10,1%). Selon la catégorie socioprofessionnelle, les cadres occupent 5% d’emplois et les employés et ouvriers 15,2%. Le gros des effectifs est constitué de travailleurs indépendants (surtout du secteur informel) et des aides familiaux avec respectivement 47,2% et 29,7%. Le travail des enfants reste préoccupant au Cameroun. En effet, 1,41 million d’enfants de 10-17 ans sont engagés dans un emploi, soit 39,6% d’enfants de ce groupe d’âges. Ce phénomène est plus prononcé chez les garçons que chez les filles. Dans l’ensemble, ce rapport est pathétique, et aborde d’ailleurs plusieurs autres domaines. C’est le cas du chômage.
Yaoundé, la ville qui a plus de chômeurs
Sur ce point, on apprend qu’au niveau national, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (Bit) est estimé à 3,8% chez les personnes âgées de 10 ans ou plus. «Ce niveau de chômage varie selon la région d’enquête, le milieu de résidence, le sexe et l’âge», situe l’Ins. En effet, Yaoundé, la capitale politique est la ville qui regorge le plus de chômeurs, avec un taux de 10,0%. La cité politique est talonnée par Douala, avec un taux de 9,1%. Ce sont les deux villes qui enregistrent les plus forts taux de chômage relativement aux autres régions d’enquête. En dehors de ces deux grandes métropoles, le niveau de cet indicateur est supérieur à la moyenne nationale dans les régions d’enquête du Sud (5,5%), du Sud-Ouest (4,4%) et de l’Adamaoua (4,3%). Il passe de 8,1% en milieu urbain à 1,4% en milieu rural où ce phénomène paraît marginal. «Le chômage est donc un phénomène essentiellement urbain», pense l’Ins. Le rapport de l’Ins apprend également que les femmes sont les plus touchées avec un taux de chômage de 4,5% contre 3,1% chez les hommes. Le taux de chômage au sens du Bit est plus élevé (7,2%) dans la tranche d’âges 20-24 ans. Le taux de chômage des personnes de niveau d’instruction supérieur est de 12,9%. Au sens élargi (Chômeurs Bit plus chômeurs découragés), le taux de chômage se situe à 5,6%. De ce point de vue, les femmes demeurent les plus touchées par le découragement. Le taux de chômage élargi est plus élevé chez les 15-34 ans (8,9%) que chez les 35-64 ans (2,9%) et chez les 65 ans ou plus (0,2%). Le niveau d’instruction moyen des chômeurs est de 9,6 années d’études réussies. Pour la plupart des chômeurs, la recherche d’emploi s’effectue soit à travers la mobilisation du réseau de solidarité familiale, soit en prospectant directement auprès des employeurs.
Les chômeurs ne s’inscrivent pas dans les structures de placement surtout par méconnaissance des prestations offertes par ces structures. La majorité des chômeurs (53,2%) recherchent de préférence un emploi salarié, près d’un tiers (33,8%) préfèrent exercer un travail indépendant et moins de 20% sont indifférents au type d’emploi recherché. «Bien que désirant en moyenne un revenu de 96 000 FCfa par mois, près de trois chômeurs sur quatre (74,2%) sont prêts à réviser leurs prétentions salariales si le chômage se prolongeait et le revenu minimum acceptable serait de 59 800 FCfa par mois», souligne le rapport.

