SE Lahcen Saile: «Je me sens bien chez moi au Cameroun»
Par Idriss Linge - 09/08/2012
Dans cet entretien, l’ambassadeur du Maroc revient sur la fête du trône, évoque les projets en cours, et confirme la disponibilité de son pays à densifier sa coopération avec le Cameroun
Excellence, vous avez présidé il y a quelques jours, votre première fête de commémoration de l’intronisation de Sa Majesté le Roi Mohammed VI au trône, en qualité d’Ambassadeur de Sa Majesté le Roi au Cameroun quel sentiment vous a laissé cette célébration?
Je voudrais, tout d'abord, vous remercier pour l'opportunité que vous me donnez de m'exprimer, à travers votre média, et de me rapprocher de vos lecteurs. De cette fête, je garde un sentiment de fierté, le sentiment d’appartenance à une nation séculaire qui a su, dans le cadre de son évolution dans la continuité, conjuguer progrès, modernité et tradition. Je suis également fier au vu de la qualité et du nombre des ministres et hauts responsables camerounais qui ont honoré, par leur présence, notre fête nationale, c’est un signe de la solidité des liens fraternels entre nos deux pays.
Pourquoi les marocains célèbrent plutôt l’anniversaire de l’intronisation de leur Roi en guise de fête nationale?
La Fête du Trône ne représente pas uniquement une fête nationale dans sa signification moderne. Elle est, à la fois, une fête religieuse à travers le renouvellement de la Bay’a (allégeance), pacte spirituel et politique entre le peuple et le Roi. Elle est aussi une fête civile qui met en évidence les réalisations et œuvres accomplies durant l’année écoulée. Je dois souligner également que l’institution d’Imarat Al Mouminine (Commandeur des Croyants) procède de la succession du Prophète, prière et paix sur Lui, et revêt donc une grande dimension spirituelle. Par ailleurs, l’institution monarchique vieille de plusieurs siècles, et forte d’une légitimité spirituelle et sociale avérée, a de tout temps, constitué le symbole de la pérennité de l’Etat, le défenseur de ses valeurs spirituelles et le garant de l’unité du pays.

SE Lahcen Saile, ambassadeur du Maroc au Cameroun
Dans votre discours, vous n’avez pas manqué de revenir sur ces 13 années de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, notamment pour ce qui est des réformes entreprises pour la modernisation du pays. Quelles expériences pouvez-vous échanger à ce propos avec le pays frère camerounais?
Effectivement, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a lancé des réformes politiques audacieuses, comme le Code de la Famille, la réhabilitation de la culture amazighe, l’Instance Equité et Réconciliation (IER), dont le travail a permis de tourner définitivement la page du passé et la régionalisation avancée, qui permettra l’émergence d’une nouvelle « territorialité » au Maroc. Ce processus a été couronné par l’adoption de la nouvelle Constitution, en juillet 2011, et qui consacre le principe de la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, a dévolu des prérogatives importantes au chef du Gouvernement et permet au Parlement de disposer, en plus des fonctions de contrôle, des compétences législatives inédites. Sur le plan économique, les profondes réformes structurelles combinant la modernisation de l’appareil productif à un cadre institutionnel et juridique stable et adéquats, ont contribué à des performances macroéconomiques solides et favorisé le lancement d’importants projets et encouragé les investissements nationaux et étrangers à investir davantage au Royaume. L’ensemble de ces réformes ont grandement conforté la position du Maroc en tant que partenaire crédible, sûr et respecté au sein du concert des nations. Notre expérience nous la partageons avec la république du Cameroun, pays frère, dans le cadre des excellentes relations bilatérales qui lient nos deux pays. Ce partage touche plusieurs secteurs tels l’enseignement, la formation, l’expertise marocaine dans la gestion des domaines de l’agriculture, de l’énergie, de la santé, des finances, du contrôle, et du transport etc. Le Royaume accompagne également le Cameroun, dans la politique des grandes réformes engagées par Son excellence le Président Paul Biya visant à faire du Cameroun un pays émergent et moderne. Nous constatons, à cet effet, avec beaucoup de satisfaction et d’admiration le lancement de grands projets structurants touchant différents secteurs de la vie économique et sociale au Cameroun.
Un des axes de la réforme au Royaume du Maroc est sa volonté de traiter davantage avec ses pays partenaires d’Afrique au sud du Sahara, et à ce propos on a assisté récemment à de nombreuses visites d’investisseurs marocains, notamment au Cameroun. Votre arrivée s’accompagne-t-elle de nouveaux objectifs économiques, si oui lesquelles?
Notre continent est, comme vous le savez, confronté à plusieurs conflits et problèmes socio économiques. Pour faire face à ces défis, le Maroc a toujours fait de la coopération entre les pays africains son leitmotiv politique et économique, privilégiant l’approche d’un développement solidaire sud-sud. Comme vous l’avez souligné, outre les investissements marocains déjà effectifs au Cameroun tels les secteurs financiers, la gestion de l’eau, les assurances, d’autres investissements ont été enregistrés en ce début d’année. Je cite la cimenterie de Douala, les logements sociaux attendus à Yaoundé et à Douala. Une mission d’experts camerounais vient d’effectuer une visite au Maroc ou elle a pu constater sur le terrain l’approche marocaine en la matière. Je cite également l’usine de chocolaterie en construction à Yaoundé. Dans le but de renforcer nos relations économiques, des journées commerciales marocaines et camerounaises ont été organisées dans les deux pays. Nous sommes très confiants quand à l’arrivée de nouveaux investissements marocains au Cameroun. Maroc Telecom a dernièrement soumissionné à l’appel d’offre de la troisième licence, les résultats des journées commerciales précitées ont été concluants et prometteurs.
Une des grandes attentes de l’opinion publique camerounaise est celle de l’avancée des travaux de construction d’une cimenterie et d’une confiserie. Où en est-on depuis les lancements officiels de ces projets?
Les informations fournies par le groupe Addoha affirment que le processus de concrétisation de ce grand projet est quasiment bouclé. Les travaux de construction sur le site ont débuté le 15 juillet pour le remblai de l’ensemble du site. Les travaux d’ingénierie, l’étude environnementale et l’étude du sol sont en cours. La commande pour la construction de l’usine de ciment est passée auprès de leur fournisseur allemand, celle de la centrale à béton aussi, la livraison est attendue pour les prochaines semaines. En bref, la réalisation du projet suit son cours normal.
Sur un plan autre que la diplomatie, comment vous sentez vous au Cameroun et comment avez-vous trouvé la communauté marocaine ici?
Je me sens bien chez moi au Cameroun, pays frère et ami. Le peuple camerounais est accueillant, chaleureux, tolérant et riche dans sa diversité géographique, culturelle et humaine. Pour la communauté marocaine, composée essentiellement de hauts cadres et de quelques couples mixtes, elle est certes minime mais efficace et bien intégrée dans la société camerounaise.
Qu'est ce qui vous a positivement marqué depuis que vous êtes arrivé comme Ambassadeur?
Deux événements: le premier est la présentation de mes copies figurés au Ministre des Relations Extérieures le même jour de mon arrivée à Yaoundé. Le deuxième c’est d’être le seul ambassadeur à présenter le 18 mai 2012, dans un cadre cérémonial grandiose, ses lettres de créances à SE Excellence Paul Biya, Président de la République. Ceci traduit, une fois encore, la qualité des relations entre nos deux pays.
Pour terminer, quel est le message que vous donnez à ce peuple camerounais officiellement en chantier. Est-ce qu’on verra le Maroc accompagner son partenaire dans sa longue marche vers l’émergence, et en quoi?
Comme je l’ai souligné le Maroc accompagne effectivement le Cameroun, pays ami et frère, dans sa marche vers l’émergence, et cet accompagnement ne date pas d’aujourd’hui, ce que l’on constate c’est qu’il se renforce, se développe et s’ouvre sur d’autres secteurs créateurs de richesse avec un apport de savoir faire marocain.

