Le jeu trouble de Robert Nkili au Conseil national des chargeurs
Par Hervé Endong - 23/08/2012
Le ministre manœuvre dans l’ombre pour mettre son directeur général en difficultés. L’enjeu étant le contrôle du marché du Bordereau électronique de suivi de cargaison
Sortie à Dimanche midi
Depuis le début du mois d’août 2012, le Conseil national des chargeurs du Cameroun (Cncc) est la cible de plusieurs hebdomadaires, mensuels, voire événementiels paraissant pour la plupart à Yaoundé. Ces journaux privés accusent vertement Auguste Mbappe Penda, le DG du Cncc d’avoir détourné la somme de 31 milliards de Fcfa, dans le cadre de la gestion du Besc, ceci avec la complicité du Mintrans. Un de ces journaux n’a pas d’ailleurs hésité à mettre Robert Nkili à la grande Une, dans la parution du 11 août 2012. Ce dimanche 16 août 2012, le Mintrans était invité à l’émission dominicale du poste national, Dimanche midi. Robert Nkili a adopté une attitude qui a surpris et même embarrassé les administrateurs du Cncc qui, informés du passage de leur « tutelle » dans ce média à capitaux publics, se sont vite câblés. En effet, interrogé sur cette rumeur faisant état des détournements de 31 milliards et de la fraude au Cncc, Robert Nkili, dans son humour habituel, a dégagé sa responsabilité, rejetant tout au DG du Cncc. « C’est vrai que c’est ma photo qui est à la Une, mais dans l’article on parle plus du DG ». Une réponse prudente à la question de François Marc Modzom qui n’a cessé de le pilonner sur le sujet. Le PCA du Cncc a d’ailleurs annoncé la tenue imminente d’un conseil d’administration.

Robert Nkili, ministre des transports et PCA du Conseil national des chargeurs du Cameroun
Changement de langage
Seulement, le 19 août 2012, Robert Nkili a changé de langage à Douala, lors du point de presse organisé en marge des travaux de la 14e session du conseil d’administration du Cncc qui, finalement, a été ordinaire, au lieu d’extraordinaire. Dans une sérénité exacerbée, le Mintrans a justement dit le contraire de ce qu’il a clamé dans les ondes de la Crtv. « Une certaine presse a versé ces derniers jours dans le sensationnalisme avançant des chiffres astronomiques, en citant des personnalités. Je répète ce que j’ai toujours eu à dire ailleurs. De grâce, professionnalisme, toujours du professionnalisme et rien que du professionnalisme », affirme Robert Nkili. «Nous n’avons aucun élément pour remettre en doute la qualité de ce qui est fait au Cncc. Nous voulons avancer. Je n’ai en ce moment en ma possession aucun élément qui parle de fraude au Cncc. Je n’ai aucune preuve qui permet d’avancer dans cette direction », ajoute le Mintrans, en reconnaissant que la direction générale de cette structure fait correctement son travail. Un changement de fréquence qui étonnent ceux qui l’ont écouté à Dimanche midi, et qui amène à s’interroger sur ses réelles intentions au Cncc. Au cours des travaux de ce conseil, le Mintrans a aussi dévoilé ses intentions concernant la gestion du Besc. Initialement, ce fameux document qui permet au Cncc de tracer tous les trafics de marchandises en provenance ou destination du Cameroun, n’était pas inscrit à l’ordre du jour de cette session ordinaire, et ayant les points classiques. L’examen du budget, entre autres. Mais, l’ex « Monsieur Dialogue social » a fait feu de tout bois pour que ce point soit retenu par les administrateurs. «Mais, j’ai demandé au directeur général du Cncc de mettre à l’ordre du jour le point sur la gestion du Besc », avoue Robert Nkili, au cours du point de presse organisé en marge des travaux. «Nous voulons qu’il y ait concurrence dans le cadre de la gestion du Besc », poursuit le Mintrans. Et la société présentée par Robert Nkili est Antaser. D’après ce dernier, une Task force a été instituée au cours des travaux de cette session, avec comme principale mission d’auditer les activités du partenaire actuel du Cncc qui est Phoenix Europe, ainsi que celles d’Antaser.
Positionnement d’Antaser
L’équipe constituée de cinq administrateurs devra se rendre dans de prochains jours au Sénégal, au Togo, au Bénin et en France dans le cadre de cet audit qui, en réalité, est une mission d’information. Si l’on s’en tient au cahier de charges délimité par l’ancien ministre du Travail et de la sécurité sociale (Mintss). « L’audit consiste à vérifier qui de Phoenix ou d’Antaser fait véritablement le bon travail », situe Robert Nkili. «Le groupe qui va à Paris va vérifier si les calculs de Phoenix sont exacts, si cette entreprise ne vole pas le Cameroun », ajoute-t-il. En clair, Robert Nkili dévoile ainsi ses ambitions. Celles de retirer le marché de la gestion du Besc à Phoenix Europe pour l’attribuer à Antaser, une entreprise qu’il maîtrise parfaitement. Puisque cette dernière, agissant sous son aval, [on le comprend maintenant], a inondé les milieux maritimes africains et internationaux des communiqués au mois de mars 2102, annonçant l’implication dans la délivrance du Besc. Il a fallu une campagne de mise au point d’Auguste Mbappe Penda, le Dg du Cncc pour mettre fin à cette forfaiture. Qui a donné l’accord de principe à cette entreprise ? Pourquoi curieusement c’est elle qui est proposée par le Mintrans comme concurrente de Phoenix ? Qu’est ce qui justifie l’engouement du Mintrans, et son goût prononcé pour l’éviction de Phoenix Europe ? Autant d’interrogations qui embarrassent. Surtout quand les administrateurs du Cncc reconnaissent que le contrat actuel ne «souffre de rien».

