Lettre de la semaine, par François Zo'omevele

Par François Zo'omevele Effa, Ekilafrica.com - 15/10/2012

A ceux qui nous parlent mais ne nous écoutent jamais

 

Mesdames et Messieurs des Radios et des Télévisions,
Je voudrais par la présente vous dire qu'on m'a enseigné, étant enfant, que vous étiez une voix magique dans une boîte magique. J'y ai cru, et je vous écoutais du fond de mon Afrique. La radio, il y a une moitié de siècle, était « la » référence. Pour nous, qui nous écoutiez, tout ce que vous disiez était vrai. Et moi, du fond de ma forêt équatoriale, je me sentais un peu civilisé par ce que vous m'annonciez, ces nouvelles qui venaient de loin, de si loin ! Et puis, il y avait les musiques que vous passiez; elles étaient des références, et nous dansions des danses civilisées qui nous venaient de si loin. Alors, Messieurs et Dames de la Radio, je vous écris parce que vous étiez pour nous un peu comme des extra-terrestres. Dans nos têtes d'enfants, nous pensions que vous étiez un peu des dieux, Mais aujourd'hui, avec le temps, je me rends compte que vous nous avez manipulés, que ce que vous nous disiez et qui pour nous était parole d'évangile, que c'était, en général, de l'intox. Vous nous avez présenté les dirigeants de nos pays comme des pères de la nation, des sages de l'Afrique, des héros de l'indépendance. Rien de tout cela n'est vrai. Aujourd'hui encore, les mêmes mensonges continuent. Vos postes de radio, surtout les plus puissants, sont au service des grands de ce monde, des plus riches, des multinationales, des bonnes causes et des bonnes oeuvres de ceux qui ont les mains sales. Vous qui étiez mes héros, j'ai du mal à concevoir que vous avez brisé mes rêves d'enfant. Cependant, vous avez quand même permis, quand vous m'acculturiez, de tomber amoureux de ma vedette préférée : Sheila, et quand je suis arrivé dans son pays, on s'est moqué de moi car elle n'était pas une référence musicale pour ceux qui avaient quelque chose entre les oreilles.

 

© Journalducameroun.com
François Zo'omevele Effa

Messieurs et Mesdames des télévisions nationales, internationales et privées,
Je voudrais par la présente vous dire mon mécontentement. Vous êtes venus avec votre haute technologie remplacer nos vieilles valeurs d'antan. Ce qui est bizarre, c'est qu'au lieu de nous cultiver plus que le font les radios et les journaux, nous avons nettement l'impression que vous participez à nous abêtir. Vous cultivez la nullité dans ce que vous appelez « culturel ». La plupart d'entre vous, journalistes et animateurs, ne savent même pas bien parler français, ou anglais, et ne parlons pas de nos langues locales ! Vous véhiculez, par les films et les séries médiocres que vous passez, des valeurs amorales. Vous véhiculez dans les pays pauvres des images d'un bonheur auquel vous les conditionnez, et qu'ils n'atteindront jamais. Votre institution est devenue la référence de vos enfants, qui regardent n'importe quoi, et qui copient à la lettre toutes les inepties qu'ils ont vues sur vos petits écrans : alors, comme au cinéma, ils se suicident, se prostituent, font des hold-ups, des enlèvement et des demandes de rançons. Ils sont même insolents, « normalement » insolents, avec leurs parents, leurs enseignants, leurs aînés.

Messieurs et Mesdames de la presse écrite, journaux papiers et web,
Par la présente aussi, je vous souhaite beaucoup de courage, car je ne sais honnêtement pas combien de temps vous tiendrez. Toutes les nouvelles technologies de communication et tous vos collègues dont j'ai parlé plus haut contribuent à votre chute. Je vous écris car pour moi, vous êtes l'espoir de la restauration de certaines valeurs. Ce n'est point que je vous favorise par rapport aux autres car, il y a parmi vous des journaleux et des canards boiteux. Notre rêve est que, chaque fois que quelqu'un achètera un journal, lira un article, il soit édifié par ce que vous lui apprendrez. Sachez donc que lire vos écrits est synonyme de s'informer, d'apprendre et de se cultiver. C'est vous que je salue avec l'espoir que persiste la connaissance, les connaissances.

 



A savoir

  • La lettre de la semaine est lue tous les dimanches dès 10 Heures dans l'émission "La Forêt Danse" de Boum-Boum Fire CRTV Ebolowa Tel 22 10 87 87 / 22 28 33 15 E-mail sud@crtv.cm; Fréquence:97.6 Mhz
  • Ecoutez François Zo'omevele Effa sur la radio Besançon(101.8 Mhz) tous les vendredis de 13 heures à 18 heures.
  • Contact: francoiszoom@orange.fr
  • Les opinions et analyses présentées dans cette rubrique n'engagent que leurs auteurs et nullement la rédaction de Journalducameroun.com.
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