Cameroun: Récompensé pour sa lutte en faveur du foncier équitable

Par Idriss Linge - 13/12/2012

Nasako Besingi a reçu le prix TAIGO 2012, de l’acteur non étatique pour son combat contre l’accaparement des terres dans la région du Sud-ouest

 

Mercredi 12 décembre 2012, Nasako Besingi originaire de la région du sud-ouest du Cameroun, a officiellement reçu des mains du Centre pour l’Environnement et le Développement (CED), son prix TAIGO, récupéré en son nom lors d’une cérémonie solennelle au Hilton Hôtel de Yaoundé. Je suis absolument ravi, je ne m’attendais pas à ce qu’on me donne un prix parce que lorsque j’ai débuté mon combat contre l’accaparement de nos terres, je souhaitais juste que l’affaire soit réglée du jour au lendemain. Pour autant, je suis bien content de recevoir ce prix qui démontre, que je ne suis pas dans le tort et que des gens sérieux partagent mon opinion et notre combat, a expliqué Monsieur Besingi, s’adressant aux journalistes. Le prix TAIGO, lui a été décerné en raison du combat qu’il mène contre l’occupation illégale et illégitime des terres de sa localité de Mundemba, par la firme américaine Herakles Farm. Je souhaite et j’espère surtout qu’être ainsi récompensé, va stimuler tous ceux qui travaillent à mes côtés, à faire entendre que le projet de cette entreprise n’est pas le bon pour notre région. Herakles Farm doit arrêter ses travaux et le gouvernement doit pouvoir les utiliser à une meilleure orientation, a ajouté Monsieur Besingi.

 

© Journalducameroun.com
Nasako Besingi, récipiendaire du prix TAIGO 2012
Les motifs de sa récompense ne sont pas connus, mais selon M. Samuel Nguiffo le principal responsable du CED, Nasako Besingi et ceux qui partagent son combat est celui qui a le plus apporté des informations sur l’évolution et l’expansion de la firme américaine dans la localité. La remise de ce prix intervient alors que le récipiendaire est sur le coup d’une procédure judiciaire. Fin novembre 2012, il a été arrêté sur instruction de l’ancien sous-préfet de Mundemba pour tentative d’enlèvement du gouverneur, qui devait visiter avec SGSOC, la filiale camerounaise de Herakles Farm, le projet de construction de palmier à huile. Il n’en est rien, c’est de la diffamation pure et simple. Dès le départ, nous avons toujours usé des voies légales pour nous opposer au projet, parce que des populations se sont levées un matin et se sont vues interdire l’accès à des zones qui jusque-là leurs servaient pour la pêche, la chasse ou l’agriculture. Des personnes nous ont fait savoir que c’était sur accord du Président de la République du Cameroun qu’ils étaient là. Mon arrestation n’est que le point culminant de longues périodes de menaces dont je fais l’objet parce que je refuse d’accepter que les choses se passent ainsi, fait savoir Nasako. Dans son combat, le Camerounais est appuyé indirectement par des actions croisées d’autres organisations nationales ou internationales. Nous n’avons rien contre le projet d’augmentation des surfaces de cultures du palmier à huile au Cameroun, au contraire. Nous comprenons bien le besoin de combler le gap de production au Cameroun et aussi l’ambition d’être émergeant en 2035. Mais en vérité, quelle émergence aura le Cameroun si ses populations n’ont plus de terre. D’un autre côté, c’est seulement maintenant que le gouvernement réfléchit sur sa stratégie palmier à huile, comment ces gens-là ont-ils pu obtenir des accords pour investir dans un domaine où il n’existe pas encore de stratégie gouvernementale. Nous ne pensons pas qu’élargir les surfaces cultivées soit LA solution. Il existe d’autres et on en discute avec le gouvernement qui se montre réceptif», a expliqué David Doyle, un des responsables du Fonds des Nations Unies pour l’environnement (WWF).

Au CED on apporte une autre logique. «Ce qui dérange c’est qu’on donne des terres à des gens soit disant pour le palmier à huile, alors qu’ils ne cultivent pas du palmier à huile. Imaginons que finalement ces terres ne servent pas à cultiver ces plantes, que fait-on? Nous ne nous opposons pas aux autorités, mais nous leur demandons de mieux repenser cette situation», a indiqué pour sa part Samuel Nguiffo. Aujourd’hui encore, on n’a aucune information sur le développement du projet, si ce n’est que des hectares de forêts ont été dévastés. Le gouvernement sur le sujet se refuse à tout commentaire. C’est pourtant un de ses responsables qui aurait signé une convention foncière attribuant 70 000 hectares de terrain, à 1 Dollars US l’hectare, pour une période de 99 ans.

 





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