Cameroun : Les autorités en difficulté avec les débits de boisson
Par Karine KOUM'ENIOC - 15/09/2009
Les violations des réglementations se multiplient dans les zones urbaines
Impossible de passer une journée sans consommer de la bière
Il est fréquent de rencontrer des situations d’altercations violentes dans les nombreux débits de boisson que comptent les grosses agglomérations du Cameroun. La consommation de boissons alcoolisées fait parti du quotidien d'une grande majorité de camerounais. Pour certains d’entre eux, il est presque impossible de passer une journée sans consommer de la bière. Les débits de boissons alcoolisées sont les lieux de détente les plus fréquentés au Cameroun. Ils restent parfois ouvert 24h /24. Selon une étude récemment menée sur le degré de consommation de la bière, le Cameroun se classerait premier en Afrique, avec près de deux millions de litre consommés par an. Depuis un certain nombre d’années, les autorités ont en objectif de créer un cadre responsable de la vente des boissons dans les débits de boissons. Dans de nombreux bars, trois à quatre bières mal digérées entrainent facilement des disputes violentes.

Djakou Bar, Yaoundé
Absence de restriction de commercialisation et de réglementation
Les débits de boissons sont très nombreux et violent presque toujours la réglementation commerciale. Selon la loi, deux fonds de commerce exploitant le même produit doivent être distants l’un de l’autre d’au moins 50 mètres. Le carrefour Obili à Yaoundé la capitale, est un exemple en règle de cette violation. On y retrouve côte à côte depuis près de trois ans 13 bars rien que sur le rebord de la route. Les boissons alcoolisées sont disponibles partout et pour tous les âges. Les consommateurs sont de plus en plus jeunes. Selon Limbo Ntep, auteur de l'ouvrage L'alcool, un mal qui tue l'âme et le corps, 60% des jeunes camerounais des deux sexes consomment de l'alcool, parmi eux, 50% ont une consommation excessive.A 15ans, Vincent affirme que l'alcool n'a plus aucun secret pour lui. Aucune limite de commercialisation, ni de réglementation formelle sur la consommation n'est établit. L'unique appel à la responsabilité est la mention consommer avec modération soulignée lors des publicités. Mais c'est chaque camerounais qui fixe sa limite du raisonnable.

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé!
Des efforts pour préserver la jeunesse
Dans les grandes villes de Douala et de Yaoundé, les autorités ont fermé de nombreux débits de boisson. Dans la ville de Yaoundé, les restrictions sur les heures de fermeture des bars sont de plus en plus imposées. Ces actions de l’Etat restent des mesures sans grande efficacité sur l’alcoolisme. Des associations locales œuvrent pour lutter contre l'alcoolisme et préserver la jeunesse. C'est le cas de l'association La croix bleu camerounaise. Elle est présente dans sept des dix provinces du pays. Avec l'appui du gouvernement, des organisations non gouvernementales, et des églises, elle multiplie les actions anti alcool. Des conférences débats, des séminaires, des tables rondes, des causeries éducatives et des émissions radiophoniques sont régulièrement organisées. Le but, préserver et prévenir les populations et surtout les jeunes sur les dangers de l’alcool.
L'impact des entreprises brassicoles implantées au Cameroun ?
Ces actions ont une efficacité limitée. Entre le financement de nombreuses œuvres sociales, de multiples évènements sportifs, de la main d'œuvre importante qu’elle emploie, ou encore la part considérable des recettes qu’elle génère pour l’état, le secteur brassicole est l'un des plus prolifiques au Cameroun. Il représente une énorme source de financement pour le pays. Ce fait, à lui seul peut expliquer la fébrilité du gouvernement à mener une campagne solide contre l’alcoolisme et les débits de boissons au Cameroun.

