Cameroun: Yaoundé en manque d’eau potable

Par Idriss Linge - 05/01/2010

Depuis quelques jours l’eau potable se fait rare dans la capitale. En cause, le faible débit des cours d’eau et la vétusté des installations de pompage

 

Un calvaire pour les populations concernées
Yaoundé la capitale camerounaise, connait comme plusieurs agglomérations du Cameroun, un problème d’approvisionnement en eau potable. Depuis plusieurs semaines, les ménages de la ville font les frais de coupures intempestives, ou assistent à une baisse de pression d’eau dans les tuyaux. La situation est plus grave par endroit avec l’absence d’eau dans les canalisations. Au lieu-dit « zone Maetur » du quartier Simbock, l’on croisent des personnes munis de bidons posés sur la tête, dans leurs véhicules ou sur des motos, se dirigeant vers le carrefour Damase au quartier Nsimeyong pour s’y approvisionner en eau potable. Quelques heures par semaine, généralement entre 23h et 2 heures du matin, l’eau y coule de manière intermittente. C’est une solution proposée par la Camerounaise des Eaux (CDE), la société en charge de la production et de la distribution de l’eau potable dans les villes et les agglomérations au Cameroun.

Une situation qui se généralise
Cette situation entraîne par endroits de violents affrontements dans les bornes fontaines. Les bien heureux s’en vont avec une certaine quantité d’eau, pendant que les personnes moins chanceuses, retournent souvent chez elles sans avoir pu s’approvisionner. Elles se retournent alors vers des puits, ou des marigots de fortune. La situation dure depuis assez longtemps, voire depuis bientôt un an pour certains quartiers. Aujourd’hui, elle tend à se généraliser dans la plupart des quartiers résidentiels de Yaoundé. Lorsque l’eau coule dans les maisons, sa qualité est mise à l’épreuve des standards d’hygiène. «Franchement, on ne comprend plus la qualité d’eau que la SNEC nous donne. D’abord elle ne coule pas et lorsqu’elle revient elle a une couleur rouge» affirme cette ménagère habitant le quartier Messassi, à la sortie nord de la ville de Yaoundé. Dans les ménages, c’est presque la révolte. En plus du manque d’eau, les factures arrivent toujours aussi élevées. «C’est vraiment bizarre, même sans eau, on paye les factures ; qu’ils viennent prendre leur compteur» déclare ce père de famille excédé du quartier Ngoa Ekkelle, la zone universitaire de la ville.

 

© Edouard Tamba
le puits vient au secours des robinets d'eau
Une augmentation de 60 000 litres d’eau nécessaires pour résoudre le problème
A l’analyse de la situation, les experts dénoncent la légèreté et l’incapacité des autorités en charge des questions d’eau au Cameroun, que sont le ministère de l’eau et de l’énergie, les sociétés CAMWATER et la Camerounaises des Eaux. Techniquement ces responsables tentent d’expliquer la situation en dégageant leur part de responsabilité. La baisse des pluies, la situation de la ville de Yaoundé placée en plein au milieu des collines et l’accroissement rapide de la population d’une ville qui s’étend chaque jour, sont fréquemment évoqués. La capacité de production de croisière de notre usine qui s’élève à 100 000 m3/jour est malheureusement arrivée à saturation en 2005, déclare un responsable de la CDE. Entre temps, les besoins en eau potable de l’agglomération de Yaoundé et de ses banlieues se sont accrus, passant de 100 000 à 160 000 m3/jour. Notre production s’avère dorénavant insuffisante face aux sollicitations sans cesse grandissantes, tant des ménages, que de nouveaux consommateurs, administrations, industriels et autres entreprises, ajoute-t-il.

L’incompétence des administrations en charge de l’eau, relevée
Une argumentation que de nombreux expert de l’hydraulique urbaine rejettent avec fermeté. Le vrai problème selon eux se trouve au niveau managérial. Mise en cause la privatisation de la précédente Société Nationale des Eaux du Cameroun (SNEC). La Camerounaise des Eaux qui a raflé le contrat de production et de distribution de l’eau potable dans les villes camerounaises semble débordée. Elle avait pourtant aussi eu la concession pour la construction des infrastructures en vue de pallier à l’accroissement de la demande. Selon un des responsables de la CDE, il faudrait 40 milliards FCFA pour compléter le déficit de 60 000 mètre cube jour dont Yaoundé a besoin. Pour de nombreux observateur, c’est tout simplement une situation scandaleuse.

Selon les statistiques d’Aquastat, une structure rattachée au Fonds des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, le Cameroun possède un réseau hydrographique très dense. Ses capacités en eau permettraient, malgré la baisse de la pluviométrie évoquée par les techniciens de la CDE, d’approvisionner en eau chaque camerounais d’environ 25 000 litres par jour et par an. Les réserves d’eau de profondeur forales, sont quant à elles d’une capacité de 16 milliards de litres par an et disponible pendant 20 ans encore.

 



A savoir

  • Capacité en eau interne du Cameroun. 285 milliards de litre par an. Soit environ 15 000 litres par habitant par jour et par an.
  • Capacité en investissement de CAMWATER : plus de 250 milliards de FCFA
  • 40 milliards de FCFA sont nécessaire pour résoudre le problème d’approvisionnement en eau
  • Près d’un milliard de mètres cube d’eau est distribué en un an au Cameroun..
  • 14 milliards de mètres cube d’eau ne sont pas utilisées pour une raison inconnue
  • Les réserves d’eau du Cameroun ne s’épuiseront pas avant 20 ans, et ce malgré la baisse de la pluviométrie


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