Sénégal: Des parlementaires africains pour une interdiction de l’excision
Par Idriss Linge - 07/05/2010
Ils souhaitent voir une résolution adoptée à ce propos, lors de la prochaine assemblée générale de l’ONU
Une résolution des nations unies contre l’excision
Des parlementaires de 27 pays africains ont appelé mardi l'ONU à instaurer en 2010 une "interdiction universelle" des "mutilations génitales féminines", au terme d'une conférence consacrée à l'excision à Dakar. La déclaration finale appelle la 65e Session de l'Assemblée générale des Nations-unies à adopter une résolution solennelle qui interdise les mutilations génitales féminines dans le monde, selon un communiqué publié à l'issue de la conférence interparlementaire. Les participants ont exhorté les gouvernements africains ainsi que la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest, la Communauté des State de l'Afrique de l'Est et l'Union africaine, à porter et faire adopter cette résolution en 2010. Cette conférence était organisée conjointement par le ministère sénégalais de la Famille, l'association internationale No Peace Without Justice et l'Organisation sénégalaise La Palabre. Pratique culturelle controversée, l’excision rencontre de nombreux détracteurs qui considèrent la pratique comme une atteinte à l’intégrité physique et à l’intimité des femmes.
Une décision courageuse
Selon des observateurs joints à Dakar, l’appel lancé par ce réseau de parlementaires et d’organisations non gouvernementales est très courageux. En mai 2009, une affaire judiciaire impliquant les pratiques d’excision avait animé les débats. Dans certaines communautés de ce pays la pratique de l’excision n’est pas considérée comme un problème, au contraire. La mise en examen des parents qui avaient excisé leur fille de quatre ans avait déchainé les passions.

Des femmes assises lors de la manifestation
Certains religieux musulmans trouvent que l’Etat sénégalais mène une politique deux poids deux mesures au Sénégal. Il y a des choses beaucoup plus graves et indécentes qui sont pratiquées au Sénégal et qui sont indignes. Il s'agit notamment de la consommation de l'alcool, de la prostitution qui est aujourd'hui légalisée dans le pays, du phénomène des jeunes qui fument la cigarette et du chanvre indien. Autant de choses qui devaient être non autorisées et que nous autres imams dénonçons avec la dernière énergie, a déclaré dans une interview un dignitaire musulman sénégalais.
Une lutte de tous les jours
Les mutilations génitales féminines concernent toutes les interventions incluant l'ablation ou la lésion des organes génitaux externes de la femme, pratiquée pour des raisons culturelles ou religieuses. Chaque année, trois millions de filles sont excisées en Afrique. Voilà la déclaration faite en ouverture de conférence par la représentante locale du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), Rose Gkuba. Elle citait un rapport de l'ONU. La pratique est combattue en raison des multiples atteintes aux droits de l’homme qu’elle entraine. Plusieurs pays en Afrique ont recours à cette pratique, dont certain à près de 83%. Selon un rapport de l’organisation des nations unies pour l’enfance, seulement 13 pays sur les 28 dans lesquelles se pratique l’excision ont une interdiction légale formelle. Les experts affirment d’ailleurs, qu’en raison de son caractère culturel et traditionnel, l'excision ne peut pas seulement se voir opposer le droit. La complicité des familles et des proches rend cette lutte législative sans effet direct. Cette approche n'est possible qu'une fois les mentalités éclairées. La lutte contre l’excision fait partie des grands programmes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Unicef. Cette dernière a même fait du 8 février la «Journée internationale de tolérance zéro pour les mutilations génitales féminines». De nombreux traités internationaux évoquent également l'interdiction de l'excision et des mutilations sexuelles féminines en général.

