Organisation Internationale de la Francophonie: La franco-camerounaise Calixte Béyala, candidate déclarée au poste de secrétaire général

Par Ingrid Alice NGOUNOU - 27/09/2010

Elle nous livre sa vision de la francophonie populaire, nous parle de sa campagne et évoque ses espoirs. Entretien!

 

Calixte Béyala, vous êtes candidate déclarée au poste de Secrétaire général de la Francophonie. Quand est apparu le besoin ou l’envie de se porter candidate?
Ça fait des années que je m’intéresse à la Francophonie. J’y avais déjà travaillé avec Boutros Boutros-Ghali lors de son mandat, notamment sur le Sida et les femmes africaines. J’ai apporté mon aide dans de nombreuses actions qu’il a menées donc, c’est une organisation que je connais très bien. C’est une organisation que je trouve magnifique si elle était bien incarnée. Car, autour de la Francophonie il y a de très belles choses qui peuvent être faites, il y a des structures mises en place qui peuvent être des outils d’aide au développement, à la fraternité, à la solidarité entre les peuples francophones, et aujourd’hui on voit que cette Francophonie est totalement inconnue des peuples francophones. Il y a huit ans, je voulais déjà me porter candidate mais, le président Jacques Chirac m’avait demandé de laisser la place à M. Abdou Diouf que j’aime bien par ailleurs. Donc, 8 ans plus tard, après deux mandats qui me paraissent tout à fait corrects, j’ai décidé de me porter candidate à ce poste. J’en ai la passion, les capacités, la volonté et une vision aussi bien à long qu’à court terme.

Au nom de quel pays vous portez-vous candidate aujourd'hui?
Je suis franco-camerounaise.

Votre projet porte sur la francophonie populaire. Qu’est ce que c’est?
C’est d’abord, au-delà de tout, rapprocher les peuples francophones, créer un véritable espace de solidarité et de fraternité, ce qui n’est pas encore le cas, et créer une identité francophone propre. C’est retrouver des valeurs communes à travers la langue bien sûr, mais aussi des valeurs d’humanisme et des valeurs des droits de l’homme. Je ne vais pas occulter l’aspect francophone politique – bien sûr – par ailleurs aussi, il faudrait développer la fraternité dans l’espace francophone.

 

© http://image.radio-france.fr
Calixte Béyala, prochain secrétaire général de la Francophonie?
Quelle est la place de la langue dans votre programme ? Vous n’en avez pas beaucoup parlé !
J’ai beaucoup parlé de la langue française dans mon programme qui est disponible sur la toile. Justement, si vous allez sur mon site internet (http://www.calixthebeyala.com/), vous verrez que vous faites une fausse accusation. J’initierai l’interdiction par exemple, de la publicité en langue anglaise sur les chaînes de télévisions francophones. Je proposerai une bourse bilatérale aux étudiants : par exemple, des internes des hôpitaux du Nord, pourraient aller parfaire leurs études en Afrique pour mieux appréhender les maladies tropicales. Il y a le Centre universitaire d’Alexandrie qui est un instrument important qu’on pourrait utiliser pour promouvoir la langue française. Aujourd’hui, quand on parle d’identité, c’est la langue. La langue est pour moi un des instruments les plus mis en avant dans mon programme.

D’aucuns ont reproché à la Francophonie d’être devenue politique, reléguant la promotion de la langue en second plan. Quel est votre avis clairement sur ce point. Êtes-vous pour ou contre la francophonie politique ?
Oui la Francophonie a un peu baissé les bras là-dessus. Mais il faut qu’elle soit politisée même pour cette fonction de défense de la langue française. Je pense effectivement qu’on ne peut pas reculer par rapport à la politisation de la Francophonie. C’est une évolution et en même temps, il faut faire attention à celle-ci. Evolution ne veut pas dire révolution. Je pense que ce que je vais mettre en place, au-delà de la dimension politique qui existe déjà, un volet relatif à une francophonie culturelle : celle de la langue, de la fraternité, de la solidarité et d’humanisme, c'est-à-dire, de ce qui nous rapproche, nous, peuples francophones. On va organiser un grand festival francophone chaque année qui va se déplacer pour que les pays puissent se rencontrer au-delà des cultures.

Vous prônez un retour aux sources ?
Oui, un retour aux sources par rapport à la langue, à la défense de la langue. Pour le long terme, je pense que le problème de la pauvreté deviendra accessoire. Mais, la réelle difficulté qui va se poser au monde sera, le défi culturel à relever et c’est ce qu’il faut regarder. Il ne faut pas que nous allions vers des langues primaires parce que c’est ce qui se passe aujourd’hui, l’on rétrécie la langue, elle n’est plus qu’un objet de commercialisation or la langue doit demeurer subtile et riche. On doit pouvoir parler plusieurs langues avec la langue française au centre comme battement et élément de rassemblement des peuples francophones.

A quel niveau de préparation êtes-vous?
Ma candidature a été entérinée. En termes de préparation, je n’ai rien à faire en dehors de ma campagne et la décision ne m’appartient pas mais plutôt aux chefs d’Etat des pays francophones membres.

Et quels sont les soutiens que vous avez obtenus jusqu’à présent?
Je dois être subtile et discrète là-dessus. J’ai obtenu énormément de soutien des pays francophones dans l’ensemble. Quand on regarde sur Internet, ma candidature provoque vraiment de l’exaltation au niveau des peuples francophones qu’ils soient du Canada, de la France, de la Belgique ou de l’Afrique. Donc tout va bien. Je n’ai pas dit que je vais gagner, je suis une démocrate, les choses ne m’ont jamais été données et je me suis toujours battue avec mes idées. Ma richesse ce sont mes idées, ma passion, ma vision du monde et je me place peut-être face à quelque chose que je ne connais pas puisque quand j’entends mon adversaire dire que c’était acquis depuis 2006 pour lui. Quant à moi, ça me parait un peu étonnant parce qu’il s’agit d’une structure qui se veut démocratique. On ne peut pas avoir nommé quelqu’un quatre ans avant les élections. Et en plus, moi j’ai toujours pensé que Monsieur Diouf était un démocrate et qu’en tant que démocrate il comprendrait sérieusement qu’il faudrait, au sein d’une organisation comme celle-ci, qui porte des valeurs de démocratie, être un modèle d’alternance. Je pense que Monsieur Diouf ne se présentera pas.

Donc jusqu’à présent sa candidature n’a pas encore été déclarée?
Je n’en sais rien.

Quels sont vos rapports avec lui?
Je l’ai beaucoup aidé à être secrétaire général de la Francophonie et je l’ai toujours beaucoup respecté en tant qu’aîné. Ce n’est pas mon ami puisque nous ne sommes pas de la même génération. J’ai beaucoup de respect pour mes aînés et je ne manquerai jamais de respect au président Diouf et ce, quelles que soient nos oppositions. Mais je pense qu’il serait temps qu’il aille se reposer après cinquante ans de travail en tant que Premier ministre, en tant que président de la République et en tant que secrétaire général de la Francophonie. Je pense qu’il faut un renouvellement des générations, car à chaque génération appartient une mission. Il a déjà rempli sa mission des indépendances, de formation des Etats et aujourd’hui il nous appartient à nous de donner de l’amplitude aux économies africaines, aux économies françaises et à la Francophonie notamment. Je pense que ce n’est pas manquer de respect à Monsieur Diouf que de me présenter face à lui.

On sait que les présidents africains sont réputés conservateurs, est-ce que vous pensez que vous n’aurez pas de problème du fait d’être une femme?
J’espère que non, j’ai confiance. Je pense que les chefs d’Etat africains ont beaucoup changé, ont beaucoup évolué et il y a des changements de génération qui se sont faits. Peut-être que je rêve mais j’ai bon espoir !

 

© http://www.alliance-champlain.asso.nc
Parlez nous du soutien de votre pays d’origine le Cameroun
Je ne pense pas que le Cameroun puisse me faire défaut, je ne le pense pas un seul instant. J’ai confiance en le président Paul Biya, il a toujours protégé les Camerounais à l’intérieur du pays mais il a aussi un vrai souci que la diaspora camerounaise à l’extérieur se rapproche du pays.

Et la France?
Je ne pense pas que la France, ni le Cameroun pourraient me faire défaut.

Vous avez été décorée à la Légion d’honneur le 14 juillet dernier. Pensez-vous que c’est un plus?
La Légion d’honneur est une reconnaissance extraordinaire, c’est le nec plus ultra des reconnaissances en France, donc, j’en suis très fière. C’est mon pays d’adoption et je considère cette décoration comme la reconnaissance de la France, de la République à mon égard, pour services rendus. Et je dis, merci à la République !

Vous êtes écrivain à succès, vous avez toujours défendu la langue française, vous avez d’ailleurs reçu le Grand prix de l’Académie française avec le livre les Honneurs perdus. Et bien sûr de nombreuses autres récompenses. Pour vous, le secrétariat général de la Francophonie est une étape ? Un but ?
Je prie beaucoup, je crois en Dieu et me laisse guider par lui. J’essaye d’y aller en toute modestie alors, je ne saurai vous dire si c’est une étape ou un aboutissement, peut-être une étape…

C’est très philosophique comme discours!
Je suis une intellectuelle après tout !(Rires) Je me laisse beaucoup guider par Dieu, donc j’ai cette humilité là. Et c’est pour ça que je prends souvent les choses avec du recul. Quand quelque chose m’est refusée, c’est que le Seigneur ne voulait pas. J’ai fortement ce repli face aux choses de la vie.

Pour terminer, on sait que vous êtes très franche et directe dans vos propos, est-ce que vous pensez que ce poste va vous policer dans le geste, dans l’attitude ?
Je n’ai jamais dénoncé autre chose que l’injustice, je n’ai jamais manqué de respect à personne, donc je vais toujours autant m’émouvoir contre l’iniquité. Il est évident que je ne saurai être insensible à la souffrance. Policée? Mais je l’ai toujours été, je n’ai jamais giflée quelqu’un, je n’ai jamais insulté quelqu’un. Je me suis toujours battue pour des causes justes et être à la Francophonie, c’est se battre aussi pour des causes justes. Donc, je ne serai pas en décalage.

 





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