Elections présidentielles au Cameroun, les derniers développements
Par Idriss Linge - 09/07/2011
Vote des camerounais de l’étranger, nouveaux membres du conseil d’Elecam et congrès annoncé au sein du parti au pouvoir
Le droit de vote des camerounais de l’étranger
Un projet de loi est actuellement en examen pour encadrer le vote des camerounais résidant à l’étranger. Si le projet passait, les camerounais n’ayant pas acquis la double nationalité pourraient voter lors de l’élection présidentielle à venir. Selon des sources proches du parlement, des divergences seraient nées de la qualité des camerounais de l’étranger concernés par ce vote. Selon la loi sur la nationalité, la perte de la nationalité survient avec l’acquisition d’une nouvelle. Il s’agira donc des camerounais n’ayant qu’un titre de séjour temporaire dans le lieu de résidence. Le deuxième point d’accrochage est celui de l’organisme en charge d’organiser ces votes. Le projet de loi en donne l’attribution de compétence à l’administration. Une situation qui prête à confusion, dans un contexte où un organisme en charge des élections existe déjà au Cameroun (ELECAM). Mais en a-t-il les capacités ? La question reste posée. On ignore si les décrets d’application de cette loi seront disponibles avant les élections. L’enjeu semble finalement beaucoup plus important. L’ensemble de la classe politique ne possède pas des statistiques fiables de camerounais qui seraient concernés par cette loi.

L'actualité du Cameroun porte de plus en plus sur l'élection présidentielle
De nouveaux membres à ELECAM
La deuxième grosse actualité politique concerne la nomination par le président de la république des nouveaux membres d’ELECAM, l’organe en charge de l’organisation des élections au Cameroun. Deux femmes font leur entrée, un membre du clergé et quatre autres personnes. L’opposition avait accusé le pouvoir en place d’avoir nommé en majorité d’anciens cadres du RDPC, le parti au pouvoir, biaisant ainsi l’exigence d’impartialité voulue pour cette instance. Un nouveau projet de loi proposant l'élargissement à 18 postes avait été soumis à l'examen des députés en mars dernier et adopté. Finalement c’est la société civile qui sortira gagnante de ce nouvel acte du président Biya. Deux de ses membres font partie des nouveaux : Pauline Biyong et Pierre Titi Nwell. L’UNDP du ministre Bello Bouba Maïgari en charge des transports, et allié de longue date du parti au pouvoir, fait aussi son entrée avec Delphine Tsanga. Les deux autres sont moins connus, il s’agit de Tiku Tambe Christopher et Nsangou Issofa.
Elections avec ou sans Paul Biya ?
La dernière actualité politique concerne la candidature du président Biya. Le 20 juillet prochain, son mandat à la tête de son parti devrait s’achever. Avec cette fin de mandat, la fin aussi de sa candidature naturelle aux prochaines élections. Selon des sources proches de son parti, un congrès extraordinaire serait en préparation. Quelques dates sont avancées, on parle des jours situés entre le 15 et le 20 juillet prochain. Mais des observateurs proches du parti penchent plus pour la date du 16 juillet. La désignation du président Biya ne devrait pas être une surprise. Mardi 5 juin, le gouvernement a rendu public le cinquième volume du document « l’Appel du peuple ». Un document qui collecte l’ensemble des signatures et motions invitant le président Biya à renouveler son mandat à la tête du pays. Pourtant sa candidature aux prochaines présidentielles pose un problème. Des juristes camerounais ont fait la remarque que sur la base de la pratique du droit électoral au Cameroun, la loi constitutionnelle de 2008 et ses applications dans la loi électorale d’avril 2011, ne lui étaient pas applicables de part le principe de la non rétroactivité des lois. Sa candidature serait donc illégale. Le débat a fait son temps dans la classe politique, mais désormais l’opposition attend de pied ferme la position du RDPC. Des observateurs ont fait la remarque que trois solutions restent aux partisans du président Biya. Soit modifier la loi, ce qui n’est plus envisageable et qui serait grossier, soit recourir à la justice ce qui serait aussi mal interprété, soit alors prolonger la date des élections de deux mois. Ce qui est faisable. Le vote des camerounais de l’étranger nécessite une opération préalable de recensement des potentiels électeurs, à partir du moment où la loi devient applicable. Or prétextant d’attendre la fin de l’opération, le régime pourrait renvoyer les élections. Ce renvoi techniquement permettra au président Biya qui ne sera plus lié par aucun mandat de présenter sa candidature.

