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Au Cameroun, la corruption n’explique pas tout

Par Michel Lobé Etamé, journaliste

Longtemps considĂ©rĂ© comme le leader charismatique et naturel en Afrique Centrale, respectĂ© sur la scène africaine et internationale, le Cameroun rĂ©unissait toutes les conditions pour Ă©merger avant 2015. Mais il laisse Ă  sa faim deux gĂ©nĂ©rations de citoyens qui voyaient en ce pays un futur dragon du continent, une vitrine d’Ă©mancipation, de dĂ©veloppement et d’Ă©panouissement après les luttes sanglantes de l’indĂ©pendance.

DotĂ© de richesses naturelles et de ressources humaines, ce pays de l’Afrique centrale a formĂ© très tĂ´t ses cadres pour remplacer les colons qui tenaient tous les leviers de l’administration. La jeune Ă©lite, prĂ©disposĂ©e n’avait pour seul objectif que le dĂ©veloppement Ă©conomique de la jeune rĂ©publique.

La corruption n’explique pas tout
Le Cameroun accuse Ă  l’heure actuelle un retard très inquiĂ©tant en Afrique Centrale. Son leadership a pris un coup et il ne peut plus s’imposer parmi ses pairs. Ses voisins tels que le Gabon et la GuinĂ©e Équatoriale offrent Ă  leurs populations des perspectives d’Ă©volution qui sĂ©dentarisent de plus en plus les forces vives. Ces populations sont de moins en moins tentĂ©es par l’Ă©migration vers l’Europe alors que les camerounais continuent Ă  alimenter les contingents des migrations au-delĂ  de la MĂ©diterranĂ©e.

Le mal endĂ©mique du Cameroun a toujours Ă©tĂ© la corruption. La lutte contre ce flĂ©au a Ă©chouĂ© jusqu’ici. Mais cet Ă©chec n’explique pas Ă  lui tout seul les choix hasardeux Ă©conomiques, sociaux et industriels du pays. D’autres maux, plus fĂ©roces et destructeurs continuent Ă  faire des ravages : le clientĂ©lisme, le tribalisme, l’incapacitĂ© du gouvernement Ă  nommer des femmes et des hommes compĂ©tents Ă  de hautes responsabilitĂ©s.

Dans un pays qui se cherche, l’opposition peut avoir un rĂ´le majeur Ă  jouer. Or, celle-ci a Ă©tĂ© rĂ©duite Ă  la mendicitĂ©. Elle a Ă©tĂ© dĂ©crĂ©dibilisĂ©e, discrĂ©ditĂ©e, stigmatisĂ©e et marginalisĂ©e par le pouvoir en place. Une opposition sans leader et calquĂ©e sur le modèle tribal dans un pays oĂą le culte de la personnalitĂ© fait du chef d’Ă©tat un surhomme qui ne peut descendre de son piĂ©destal. Pour preuve, au cours de toutes les Ă©lections prĂ©sidentielles, Paul Biya n’a jamais dĂ©battu en direct avec les autres candidats. Il reste un homme au-dessus des partis.

Le rĂ©gime en place a Ă©chouĂ©. Il n’a pas apportĂ© les solutions appropriĂ©es Ă  l’Ă©mergence d’une classe sociale entreprenante et issue de la sociĂ©tĂ© civile. Le tout Ă©tat oĂą la fonctionnarisation Ă  l’extrĂŞme ne motive pas les acteurs. Cette vision a montrĂ© ses limites et dĂ©veloppĂ© une classe de riches issus du sĂ©rail politique et des fonctionnaires. Mais cette frange de « rats » ne sait ni travailler, ni construire et encore moins dĂ©velopper les richesses. Ces consommateurs Ă  outrance ont paralysĂ© le pays et rĂ©duit Ă  la mendicitĂ© le citoyen. Les diplĂ´mes ne profitent qu’Ă  ceux qui sont parrainĂ©s, au dĂ©triment du potentiel.

Relever les nouveaux défis


Au cours des dix prochaines annĂ©es, le Cameroun aura de nouveaux dĂ©fis Ă  relever. Ce vaste chantier peut dĂ©marrer dès aujourd’hui. Il serait utopique de penser que ce dĂ©fi incombe aux successeurs du pouvoir actuel. Le pouvoir actuel devrait, et il est encore temps, prĂ©parer la relève et l’avenir.

PrĂ©parer l’avenir, c’est se donner les moyens. Pour cela, la paix sociale est une donnĂ©e majeure. Mais auparavant, l’État doit douter et remettre en cause le modèle des attributions fonctionnelles. Il doit aussi prendre en compte le terrorisme qui va continuer Ă  saborder le Nord du pays. Le terrorisme pourra s’Ă©tendre vers le Sud du pays si la dĂ©termination du pouvoir politique actuel n’est pas totalement engagĂ©e. Anticiper sur l’avenir, c’est se donner les moyens, c’est innover et proposer de nouvelles alternatives. Le gouvernement actuel gère le quotidien. Il devrait dĂ©velopper ses infrastructures, les services de santĂ©, la formation, l’initiative privĂ©e pour mettre fin au chĂ´mage suicidaire. Il devrait dialoguer avec son opposition affamĂ©e et fantĂ´me pour le Cameroun de demain, un Cameroun rĂ©conciliĂ© avec ses enfants.

D’autres dĂ©fis concourent au dĂ©sĂ©quilibre social actuel oĂą le chĂ´mage atteint des proportions jamais atteintes. Le gouvernement ne peut l’ignorer. Mais il est Ă  croire que l’avenir, l’absence de perspectives Ă  terme sont ignorĂ©s des dirigeants.

Les conditions sociales actuelles sont inquiĂ©tantes. Les jeunes diplĂ´mĂ©s, les chĂ´meurs et les affairistes perdent espoir. Ils ne croient plus au changement ni Ă  la volontĂ© politique d’inverser cette tendance. Leur seul recours reste un Dieu omniprĂ©sent. C’est au gouvernement de se mobiliser. Les moyens existent. Il ne peut continuellement dormir. Dans sa lĂ©thargie ambiante, il ne peut ignorer la souffrance et le dĂ©sespoir de sa jeunesse, cette bombe Ă  retardement qui finira par exploser.

Il n’est pas tard pour que le Cameroun redevienne ce pays de rĂŞve qui a vu mourir ses pères fondateurs. Il serait temps qu’une rĂ©conciliation nationale rĂ©unisse tous ses enfants et sa diaspora.


Journalducameroun.com)/n

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