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Au Cap, les ambulanciers travaillent dans la peur de l’agression

C’est devenu une règle de sĂ©curitĂ© incontournable. Cibles de toutes les violences, les services de santĂ© d’urgence de la mĂ©tropole sud-africaine du Cap ne se rendent plus au chevet des patients de certains quartiers « chauds » sans escorte policière.

Dans toute la province du Cap occidental, les autoritĂ©s ont recensĂ© l’an dernier une centaine d’attaques d’ambulances, la ville du Cap Ă©tant l’Ă©picentre du phĂ©nomène.

Les objectifs des agresseurs, parfois en lien avec des groupes criminels: dĂ©tourner le vĂ©hicule, dĂ©trousser ses occupants, piller, vandaliser…

A la faveur d’une rĂ©cente sĂ©rie d’agressions, certaines parties de la ville ont Ă©tĂ© dĂ©crĂ©tĂ©es « zones rouges ». Les secours doivent dĂ©sormais attendre les forces de l’ordre avant d’y pĂ©nĂ©trer, au point parfois de mettre en pĂ©ril la vie des malades.

Patricia September, qui Ă©lève seule ses jumeaux, se souvient encore avec effroi de ce petit matin oĂą deux coups de feu ont claquĂ© au passage de son vĂ©hicule en lisière d’une de ces redoutĂ©es « zones rouges ».

Une brique venue de nulle part a percutĂ© son pare-brise, provoquant une embardĂ©e contrĂ´lĂ©e d’extrĂŞme justesse.

« Le choc a fait trembler toute l’ambulance », raconte cette professionnelle expĂ©rimentĂ©e de 51 ans. « Le bruit de cette brique qui s’est Ă©crasĂ©e sur notre pare-brise, je ne l’oublierai jamais ».

Le caillassage des véhicules de secours est devenu pratique courante pour ceux qui veulent les détourner et ensuite les piller.

Pour dissuader ces braqueurs, les escortes policières ont Ă©tĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©es lors de la plupart des interventions de nuit. Mais de nombreux ambulanciers confient n’ĂŞtre guère plus rassurĂ©s sous la protection des vĂ©hicules Ă  « lumière bleue ».

– La peur au ventre –

« Lorsqu’ils commencent Ă  faire feu sur la police, vous pouvez lire la peur sur le visage des officiers », assure Patricia September. « Eux aussi ont des familles. Pour eux aussi la vie est importante. Et vous, vous ĂŞtes lĂ , pris au milieu de tout ça… »

Son collègue Papinkie Lebelo a Ă©tĂ© agressĂ© l’an dernier, Ă  peine partis les policiers qui l’accompagnaient dans un township. Un homme lui a sautĂ© dessus et l’a menacĂ© d’un couteau en exigeant son tĂ©lĂ©phone et de l’argent. Il a obtempĂ©rĂ© et n’a pas Ă©tĂ© blessĂ©. C’Ă©tait le soir du rĂ©veillon de NoĂ«l.

« Comment peut-on attaquer une ambulance qui vient Ă  votre secours ? », s’indigne-t-il encore aujourd’hui.

Papinkie Lebelo parcourt depuis 17 ans les rues du Cap au volant de son ambulance. Les agressions ont débuté il y a trois ans, témoigne-t-il. A ses yeux, les escortes policières ne sont pas un atout et ne font que retarder les interventions.

– ‘C’est de leur faute’ –


Cette nuit-lĂ , plusieurs infirmiers font les cent pas en attendant leur escorte devant le commissariat du township de Nyanga, « zone rouge » rĂ©putĂ©e pour ĂŞtre l’une des capitales du crime en Afrique du Sud.

Certains rongent leur frein depuis plus d’une demi-heure.

Et si un malade dĂ©cède pendant ce temps ? Une ambulancière hausse les Ă©paules. « C’est de leur faute », lâche-t-elle sèchement en mettant en cause la criminalitĂ© qui les vise.

Le responsable d’un comitĂ© local organisant la sĂ©curitĂ© du quartier en lien avec la police, Martin Makasi, explique que les habitants s’estiment injustement punis Ă  cause de ceux qui s’en prennent aux mĂ©decins et aux ambulanciers.

« Ca nous inquiète que des gens puissent perdre la vie parce qu’ils doivent attendre les secours », dit-il. « Et on n’arrive pas Ă  comprendre pourquoi ces attaques ont lieu ».

– ‘Je perds mes employĂ©s’ –

L’an dernier, la province du Cap occidental a perdu plus de 3.000 journĂ©es de travail Ă  cause des violences dirigĂ©es contre les employĂ©s de ses services d’urgence. Certains ont depuis quittĂ© la ville pour travailler sous des cieux plus tranquilles.

« Qu’ils restent chez eux Ă  cause d’un syndrome post-traumatique ou qu’ils dĂ©missionnent pour aller dans des endroits moins dangereux, les faits sont lĂ  », regrette le chef des services d’urgence de la province, le Dr. Shaheem de Vries: « Je perds mes employĂ©s. »

Cet environnement de violence commence mĂŞme Ă  dissuader les vocations. « Certains jeunes hĂ©sitent Ă  nous rejoindre », remarque-t-il, « non seulement nos effectifs fondent mais en plus nous avons du mal Ă  rĂ©cupĂ©rer du sang neuf ».

Six mois après l’agression dont elle a Ă©tĂ© victime, Patricia September a repris le travail. La peur au ventre.

« On se sent menacĂ© par n’importe quelle personne prĂ©sente dans la rue, par quiconque s’approche de nous », rĂ©sume-t-elle, « on a tellement peur que ça recommence ».

Ce soir-lĂ , son Ă©quipe vient prendre en charge une patiente au fond d’un cul-de-sac Ă  l’abandon. La police l’accompagne mais ni Patricia, ni ses anges gardiens ne s’aventurent hors de leurs vĂ©hicules pour aller la chercher. Trop dangereux.

Son ambulance a Ă  peine redĂ©marrĂ© que les policiers dĂ©talent Ă  toute vitesse en l’abandonnant Ă  son sort.

Mais Patricia September ne leur en veut pas. « Eux aussi sont en danger », relève-t-elle, « on les attaque pour leur voler leurs armes ».

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