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Bamboula: faut-il banaliser l’insulte raciale en France?

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Jeudi, 9 février, sur le plateau de télévision  «C dans l’Air», le syndicaliste de la police nationale, Luc Poignant, a affirmé que «Bamboula», était une insulte «à peu près convenable». Ces propos ont  provoqué un tollé qui a choqué, une fois de plus, la communauté noire de France et tous ceux qui se battent pour le respect des races dans l’hexagone.

Ces propos nous interrogent également. Une insulte peut-elle être convenable? L’expression insulte est considérée comme dégradante ou une offense dans le jargon courant. Elle est intentionnelle. Elle ne saurait donc être accidentelle dans un climat social où elle discrimine une partie de la population. N’oublions pas que ces insultes répétitives ont des conséquences psychologiques à long terme sur les victimes dont personne ne se préoccupe.

La France décomplexée, drapée dans son manteau de haine et de mépris, est montée au créneau comme à son habitude pour cracher son venin. Avec une sémantique rodée, colorée et habituelle, les médias y ont vu un «dérapage» pour atténuer un propos qui s’inscrit dans le discours référentiel de la droite et de ses sbires d’extrême droite.

Les réactions ont été vives. Parmi celles-ci, nous retiendrons celle de Christiane Taubira, ancienne Garde des Sceaux, victime coutumière de ces dérives qui a réagi sur Twitter.

«On casse d’abord du bamboula, puis du bougnoul, puis du jeune, puis du travailleur, puis du tout-venant», a écrit l’ex ministre de la justice qui a elle-même été victime d’insultes raciales quand elle était membre du gouvernement français.

Peut-on oublier qu’elle a été traitée de « guenon » par un membre du Front National? Nous pouvons nous inquiéter de la banalisation de l’insulte raciale en France. Nous pouvons aussi nous interroger du rôle de la « justice » qui ne sévit pas sévèrement contre des comportements intolérables qui ont tendance, en cette période de précarité économique, à s’installer dans toutes les strates sociales.

Malgré ses excuses conventionnelles, notre syndicaliste n’a fait que répéter des propos qui trahissent le comportement de quelques policiers zélés et bercés aux relents xénophobes.  Des excuses pitoyables et obligées.

Quand le magistrat honoraire Philippe Bilger monte au créneau pour secourir le policier

Sur Twitter Ă©galement, le très actif et mĂ©diatique magistrat honoraire, notre consultant de justice Philippe Bilger a relancĂ© la polĂ©mique autour de l’usage du terme « bamboula » en Ă©voquant le caractère « presque affectueux » qu’il revĂŞtait du temps de son adolescence. Un temps rĂ©volu où  « casser du nègre » alimentait les conversations autour des cheminĂ©es, les soirs d’hiver. Un propos condescendant des nostalgiques esclavagistes du siècle des lumières.

Ce nostalgique du passé esclavagiste et colonial a le courage d’assumer ses récits et ses discours. Sa tête de turc a longtemps été une certaine Christiane Taubira qui a subi ses foudres, tout au long de son mandat ministériel. Un acharnement qui a révulsé le corps de la justice et qui lui a adressé des notes cinglantes. Voici  qu’il revient à la lumière. L’obscurité lui était insupportable et pesante.

Des déclarations piteuses, malsaines et éhontées. 


« Je ne retire pas comme certains mes tweets incompris. »  Philippe Bilger se parle Ă  lui-mĂŞme. Il est donc normal qu’il se comprenne. Le monde commence en lui et se limite en lui. Peu importe les opinions ! L’usage du terme « bamboula » fait recette et il est du devoir de ceux qui se sentent visĂ©s de s’en remettre Ă  la condescendance du bien nommĂ© magistrat honoraire.

Loin de se dĂ©monter, quitte Ă  se montrer ambigu,  le prĂ©sident de l’Institut de la Parole – qui propose des formations professionnelles en communication – assume donc la dĂ©fense d’un terme « raciste » tout en se dĂ©fendant de l’être.

Philippe Bilger s’était déjà illustré et mis en scène en doutant des diplômes de Christiane Taubira et de ses capacités intellectuelles à assumer des fonctions dans un poste régalien. Mémoire courte ou stratège de bas étage, Philippe Bilger pouvait-il ignorer que Mr. Réné Monory a été ministre des finances de la république avec un certificat d’aptitude professionnelle en poche ? Savait-il seulement que Pierre Beregovoy a été premier ministre avec un certificat d’aptitude professionnelle et a su s’imposer dans son équipe truffée d’énarques ?

Le diplôme ne suffit pas à faire d’un homme quelqu’un de compétent, même dans une société élitiste. Philippe Bilger aurait voulu voir Christiane Taubira briller dans le sport ou la musique où l’ascenseur social s’exprime le mieux pour les minorités.

Philippe Bilger reste le meilleur pourfendeur du politiquement correct. Il a toujours énergiquement  défendu les sorties de personnalités piteuses telles qu’Eric Zemmour ou l’actuel maire de Béziers, proche du Front national, Robert Ménard. Sa prise de position, si pitoyable soit-elle, n’étonnera donc personne.

 

Par Michel Lobé Etamé

Journaliste

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