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Boko Haram ou l’Ă©loge de la cruautĂ©

Par Michel Lobé Etamé

La multiplication des foyers de guerre par les mouvements islamistes laissent prĂ©sager un comportement suicidaire d’une idĂ©ologie aux abois. Il faut donc redouter les actes de Boko Haram qui planifie un nettoyage complet de la civilisation actuelle pour un nouveau monde oĂą la charia serait imposĂ©e. A l’instar du fascisme espagnol qui chantait glorieusement « Viva la muerta », Boko Haram s’est affranchie de la pitiĂ©. L’Ă©loge de la cruautĂ© et de la peur est son crĂ©do.

Boko Haram n’a pas de frontière. Ce mouvement terroriste a su s’implanter de l’Afrique de l’Ouest en Afrique Centrale. Il a rĂ©ussi Ă  fĂ©dĂ©rer Ă  sa cause criminelle des populations abandonnĂ©es par les pouvoirs en place. L’implantation de Boko Haram s’est faite en douceur. Personne n’a vu cette organisation gagner du terrain dans un dĂ©sert social qui va du Mali jusqu’au Cameroun. Son implantation au Nigeria Ă©tait pourtant prĂ©visible. Dans un pays oĂą une poignĂ©e de personnes dĂ©tient la totalitĂ© des richesses issues du pĂ©trole, le reste de la population est soumis Ă  la misère absolue.

Les images de cartes postales du Nigeria sont trompeuses. Le pays est mal gĂ©rĂ©. Et c’est le cas de tous les pays oĂą Boko haram a facilement ouvert des antennes. EnrĂ´ler des jeunes s’est fait de manière très banale. Un peuple affamĂ© est disponible et mallĂ©able. Il ne fait donc aucun doute que Boko Hram s’est implantĂ© dans tous ces pays avec la complicitĂ© implicite des autoritĂ©s.

Boko Haram trouve un Ă©cho favorable auprès des populations affamĂ©es en Afrique. Dans les rĂ©gions abandonnĂ©es, l’islam radical s’implante facilement car il vĂ©hicule un message que les populations attendent des autoritĂ©s. Car, ne l’oublions pas, les inĂ©galitĂ©s sociales, la corruption, l’affichage insolent des richesses pillĂ©es, le tribalisme et le nĂ©potisme sont autant de freins, non seulement au dĂ©veloppement, mais Ă  l’Ă©closion de groupuscules dissidents et sans morale. Nous devons redouter Boko Haram autant que nos hauts fonctionnaires qui affichent, sans scrupule, les richesses pillĂ©es.

Une propagande bien relayée
Boko Haram a fait allĂ©geance Ă  l’État islamique. Nous ne pouvons nous en Ă©tonner. Il met en pratique des mĂ©thodes brutales, barbares et d’une extrĂŞme cruautĂ©. Ses implantations, en petits groupes, dans les coins les plus reculĂ©s rendent plus difficiles les stratĂ©gies militaires des Ă©tats. Boko Haram frappe et disparaĂ®t. Cet art de la guerre n’est pas nouveau. Mais, les gouvernements en place semblent incapables de casser cette machine de guerre dĂ©cidĂ©e Ă  prendre le pouvoir par la peur.

Il serait donc illusoire de croire que Boko Haram et ses alliĂ©s sont condamnĂ©s. Les inĂ©galitĂ©s criardes, les dictatures, les pillages par une minoritĂ© consolident Boko Haram. Les peuples en perdition n’ont d’autres repères que des bandits armĂ©s et sanguinaires. Mais en face, les rĂ©gimes lĂ©gaux semblent s’accommoder Ă  ces brutes. Ils sont confortĂ©s par la communautĂ© internationale dont le seul objet est de prĂ©server ses acquis : l’exploitation des matières premières dans ce contexte social continue.


Boko Haram promet un Ă©tat qui remet en cause l’Ă©mancipation des femmes. Ces dernières seront rĂ©duites en esclaves sexuelles. Avons-nous besoin d’une sociĂ©tĂ© qui rĂ©gresse en droit et en devoir ?

Les armes ne suffiront pas Ă  Ă©radiquer Boko Haram. Cette lutte ne peut se traduire par les dĂ©rives sĂ©curitaires et les restrictions liberticides comme nous pouvons l’observer par les pays affectĂ©s. Seule la lutte contre le chĂ´mage, les inĂ©galitĂ©s et l’injustice mettront Ă  mal l’Ă©loge de la cruautĂ© de Boko Haram.

Le combat contre Boko Haram nous interpelle tous. Nous feignons de l’ignorer. Mais il est Ă  nos portes. Toutes les dictatures sont Ă  combattre. Aujourd’hui, nous subissons la dictature de nos dirigeants. Nous ne pouvons y ajouter celle des extrĂ©mistes sanguinaires.

Michel Lobe, Journaliste

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