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Brésil: le président Temer compte sur le Congrès pour rester au pouvoir

Le prĂ©sident brĂ©silien Michel Temer, affaibli par de graves accusations de corruption, va tenter vendredi de se maintenir au pouvoir en s’assurant du soutien du Congrès, en dĂ©pit des appels de plus en plus pressant Ă  la dĂ©mission et l’inquiĂ©tude des marchĂ©s.

Tout l’enjeu des prochains jours pour ce chef de l’Etat chahutĂ© par les scandales depuis son arrivĂ©e Ă  la tĂŞte du pays, il y a moins d’un an, sera de conserver ses alliĂ©s politiques: faute de quoi, il se retrouvera isolĂ© et irrĂ©mĂ©diablement fragilisĂ©.

Il dĂ©butera sa journĂ©e de vendredi, selon son agenda officielle, en recevant le ministre de la DĂ©fense, Raul Jungmann, donnĂ© partant du gouvernement par certains mĂ©dias brĂ©siliens, malgrĂ© un communiquĂ© assurant qu’il restait fidèle au poste.

Car en dĂ©pit des affirmations du capitaine, qui a dĂ©clarĂ© jeudi qu’il n’avait « jamais autorisĂ© le moindre paiement pour acheter le silence de quiconque, certains ont prĂ©fĂ©rĂ© quitter le navire peu après: le ministre de la Culture Roberto Freira a prĂ©sentĂ© sa dĂ©mission, a annoncĂ© son service de presse.

Le ministre de la Ville pourrait lui emboîter le pas, assurent les médias brésiliens.

Jeudi, au lendemain des rĂ©vĂ©lations explosives du journal O Globo, M. Temer s’est montrĂ© catĂ©gorique: « je ne dĂ©missionnerai pas. Je le rĂ©pète. Je ne dĂ©missionnerai pas », a-t-il martelĂ© lors d’un discours tĂ©lĂ©visĂ© très attendu.

Selon ce puissant quotidien, le prĂ©sident a Ă©tĂ© enregistrĂ© Ă  son insu par Joesley Batista, magnat de l’agroalimentaire qui l’aurait piĂ©gĂ© en train de donner son accord pour le versement de pots-de-vin. Ces dessous de table seraient destinĂ©s Ă  acheter le silence d’Eduardo Cunha, ancien patron de la chambre des dĂ©putĂ©s, aujourd’hui en prison pour son implication dans le mĂ©ga-scandale de corruption Petrobras.

– DĂ©saffection –

Signe de cette dĂ©saffection pour M. Temer, l’ex-prĂ©sident Fernando Henrique Cardoso (1995-2002), du PSDB (droite), principale formation associĂ©e au parti PMDB du chef de l’Etat, a affirmĂ© sur Facebook qu’en l’absence d’arguments convaincants pour se dĂ©fendre de ces accusations, M. Temer « aura le devoir moral » de dĂ©missionner.

Face Ă  la volontĂ© du prĂ©sident de s’accrocher au pouvoir, plusieurs motions de destitution ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©es par des parlementaires mais la procĂ©dure est longue et fastidieuse, devant ĂŞtre approuvĂ©e Ă  la majoritĂ© des deux tiers par la chambre des dĂ©putĂ©s, puis par le SĂ©nat.

« Aujourd’hui, la grande question est de savoir si les partis qui forment le socle du gouvernement vont quitter » la coalition gouvernementale, analyse Thomaz Pereira, professeur en droit constitutionnel Ă  la Fondation Getulio Vargas.


Ces rĂ©vĂ©lations ont poussĂ© la Cour suprĂŞme (STF) Ă  donner son feu vert Ă  l’ouverture d’une enquĂŞte contre le prĂ©sident. L’enregistrement, remis au STF dans le cadre de l’accord de M. Batista avec la justice contre une remise de peine, a Ă©tĂ© rendu publique jeudi soir.

Dans les rues des principales grandes villes du pays, des manifestations se sont dĂ©roulĂ©es jeudi dans la soirĂ©e aux cris de « Temer Dehors! », avec quelques heurts avec les forces de l’ordre Ă  Rio et Brasilia. Les dĂ©files devraient se poursuivre dans les prochains jours.

TouchĂ©s de plein fouet par la crise et un taux de chĂ´mage supĂ©rieur Ă  14%, les BrĂ©siliens sont exaspĂ©rĂ©s par les scandales Ă  rĂ©pĂ©tition qui Ă©claboussent l’ensemble de la classe politique, y compris plusieurs ministres du gouvernement Temer.

Jeudi, les marchés se sont littéralement effondrés: la bourse de Sao Paulo (sud-est) a clôturé avec un très net recul de 8,8%. La réaction des opérateurs vendredi sera observée de très près.

– DĂ©flagration politique –

Cette nouvelle dĂ©flagration politique risque de freiner considĂ©rablement les efforts du gouvernement pour relancer l’Ă©conomie par le biais de mesures d’austĂ©ritĂ© impopulaires, comme la rĂ©forme des retraites, en cours d’analyse au Parlement.

Après deux annĂ©es consĂ©cutives de rĂ©cession, les chiffres de l’inflation sont encourageants et la croissance montre timidement le bout de son nez.

« L’optimisme Ă©tait de retour et les rĂ©formes avançaient, mais hier, la rĂ©vĂ©lation d’un enregistrement clandestin a fait ressurgir le spectre d’une crise politique aux proportions encore inconnues », a-t-il dĂ©plorĂ©.

Michel Temer, 76 ans, a pris le pouvoir il y a un an après la destitution controversée de la présidente Dilma Rousseff (2011-2016), dont il était le vice-président.

Dauphine de l’icĂ´ne de la gauche Luiz Inacio Lula da Silva (prĂ©sident de 2003 Ă  2010), lui-mĂŞme visĂ© par cinq procĂ©dures judiciaires dans le cadre du scandale Petrobras, Mme Rousseff accuse M. Temer d’avoir fomentĂ© un « coup d’État » en s’associant justement Ă  Eduardo Cunha pour prendre le pouvoir.

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