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Au Cameroun, des familles de dĂ©placĂ©s veulent juste « Ă  manger »

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Des milliers de Camerounais ont abandonnĂ© leurs villages situĂ©s le long de la frontière avec le Nigeria par peur d’ĂŞtre pris pour cible par le groupe jihadiste nigĂ©rian. Dans leur terre d’accueil, ils ont  besoin d’aide humanitaire

« Nous voulons seulement Ă  manger. Si vous pouvez nous aider« , supplie Fadi, 17 ans, qui a fui les tueries de Boko Haram dans l’ExtrĂŞme-Nord du Cameroun, un « conflit oubliĂ© » au centre d’une confĂ©rence des donateurs organisĂ©e Ă  Oslo vendredi, 24 fĂ©vrier 2017, Ă  l’initiative de l’Organisation des nations unies (Onu). Lesdits travaux visaient la collecte des fonds pour pallier Ă  la situation d’urgence que connaissent le Cameroun et les autres pays du Bassin du lac Tchad.

Comme Fadi, des milliers de Camerounais ont abandonnĂ© leurs villages situĂ©s le long de la frontière avec le Nigeria par peur d’ĂŞtre pris pour cible par le groupe jihadiste nigĂ©rian. Un exode qui touche tous les pays riverains du lac Tchad : Nigeria, Cameroun, Tchad et Niger.

Il y a un an, le mari de Fadi a Ă©tĂ© abattu par Boko Haram lors d’un assaut visant GrĂ©a, leur village près de la frontière nigĂ©riane. « Ils sont entrĂ©s chez nous, ils l’ont tuĂ© et sont repartis« , explique Fadi qui affirme ne pas comprendre aujourd’hui encore pourquoi son mari a Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©. « Après l’avoir enterrĂ©, nous avons fui« .

La toute jeune veuve s’est installĂ©e Ă  Kolofata, oĂą les abris de fortune construits dans l’urgence Ă  l’aide de tiges de mil et de paille s’Ă©talent Ă  perte de vue. Au total, des milliers de rĂ©fugiĂ©s.

Près d’un puits, des jeunes filles remontent un seau sans assez d’eau pour remplir leurs rĂ©cipients. La saison sèche tarit les rivières.

A l’entrĂ©e du campement, des hommes assis Ă  mĂŞme le sol mangent dans la mĂŞme assiette du couscous Ă  base de mil. En bordure de route, deux femmes cuisent des beignets au feu de bois. « Il arrive souvent que nous dormions affamĂ©s« , glisse Fadi.

« Je veux Ă  manger« , hurle une autre femme, Mariam Malabba, dont Boko Haram a tuĂ© plusieurs membres de la famille. Son bĂ©bĂ© rĂ©clame le sein qu’elle s’empresse de lui donner. « Notre ration alimentaire est constituĂ©e uniquement de mil« , raconte-t-elle. « Du poisson et de la viande? Non! Non! C’est un luxe que nous ne pouvons-nous permettre« .

« Pour manger c’est difficile. La quantitĂ© de nourriture est très insuffisante« , renchĂ©rit un autre dĂ©placĂ©, Oumarou Abba, venu de Kerawa, Ă  la frontière, avec ses trois femmes et leurs 18 enfants.

– Première distribution –


A quelques mètres du campement, une foule de dĂ©placĂ©s attend devant l’entrĂ©e de l’hĂ´pital public de Kolofata oĂą le ComitĂ© international de la Croix-rouge (CICR) amorce une distribution alimentaire pour 2.500 mĂ©nages.

C’est la première fois que cette organisation internationale mène une telle opĂ©ration dans cette ville oĂą les humanitaires sont relativement absents depuis le dĂ©clenchement du conflit en 2014.

JuchĂ©s sur deux camions, des volontaires dĂ©chargent des sacs de riz, de farine et des cartons d’huile. Des agents de sĂ©curitĂ© vĂ©rifient Ă  l’aide de dĂ©tecteurs de mĂ©taux si certains dans la foule ne portent pas sur eux des explosifs. Dans la rĂ©gion, des kamikazes de Boko Haram comettent de nombreux attentats-suicide.

Peu après avoir reçu son kit alimentaire, une vieille dame lève les deux mains vers le ciel pour remercier Dieu. Une autre attache son bĂ©bĂ© dans le dos et charge sur sa tĂŞte un sac de 12 kilos de farine, reçu en mĂŞme temps qu’un sac de riz, de haricots et des bouteilles d’huile.

AidĂ© par sa fille, un homme transporte pĂ©niblement sur son vĂ©lo deux sacs de riz et farine. « Nous sommes contents de cette aide. C’est la première fois« , se rĂ©jouit Madou Blama sous les applaudissements des membres de sa famille. « Maintenant, il nous faut des bâches pour faire la toiture de nos maisons« .

Si la distribution redonne du sourire aux dĂ©placĂ©s, plusieurs autres affichent une grosse dĂ©ception parce qu’ils n’ont rien eu. « Nous aidons les plus vulnĂ©rables. Nous avons des capacitĂ©s et des moyens limitĂ©s« , justifie Bah Ibrahima, coordinateur de la sĂ©curitĂ© Ă©conomique au CICR. « Les besoins sont Ă©normes« .

Ce conflit qui dure depuis trois ans « a entraĂ®nĂ© une crise humanitaire dans l’ExtrĂŞme-Nord qui Ă©tait dĂ©jĂ  une des rĂ©gions les plus pauvres et les moins instruites du Cameroun« , souligne un rĂ©cent rapport de l’International Crisis Group.

L’organisation demande Ă  la communautĂ© internationale de « trouver des moyens » pour venir en aide Ă  plus de « 1,6 millions de personnes » ayant besoin d’une aide humanitaire d’urgence.

 

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