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Au Cameroun, de jeunes rĂ©fugiĂ©s centrafricains peinent Ă  s’intĂ©grer

La devanture d’une boutique transformĂ©e en habitat Ă  ciel ouvert de quatre jeunes rĂ©fugiĂ©s centrafricains Ă  YaoundĂ©. ©Droits rĂ©servĂ©s

Arrivés sur le sol camerounais en tant que réfugiés de guerre, des Centrafricains ne sont pas au bout de leurs peines. Alors que certains réussissent à trouver un emploi ou à reprendre des études, pour certains le calvaire continue

Piko est un jeune comĂ©dien conteur originaire de la RĂ©publique centrafricaine. A Bangui, il habitait le quartier Boy-Rabe, cible de la fureur des rebelles de la Seleka aprĂšs le renversement de l’ex-prĂ©sident François BozizĂ©. Pour Ă©chapper Ă  la mort, le jeune artiste a ralliĂ© le Cameroun par voie terrestre.

Le sĂ©jour au dĂ©part n’a pas Ă©tĂ© facile : «Je n’avais personne pour me soutenir. Partout oĂč j’allais, j’étais considĂ©rĂ© comme un Ă©tranger. Une fois, j’ai pris part Ă  un casting pour le rĂŽle d’une femme. Il fallait se dĂ©guiser. J’ai rĂ©ussi mon dĂ©guisement au point que cela a attirĂ© l’attention du metteur en scĂšne», se rappelle-t-il.

Mais ce premier coup de talent Ă©tait loin d’ouvrir de meilleures perspectives de carriĂšre au jeune Centrafricain. Il a fallu qu’il monte son propre projet de spectacle pour attirer l’attention des amoureux du thĂ©Ăątre et de la comĂ©die.

«C’est ainsi que je me suis fait des relations Ă  travers la formule ‘thĂ©Ăątre sous le manguier’. En effet, il Ă©tait question de prester lors des soirĂ©es privĂ©es. Et ce sont des expatriĂ©s installĂ©s au Cameroun qui m’invitaient le plus», ajoute-t-il.

Ce sera lĂ  la porte qui va lui valoir un toĂźt : une chambre gratuite dans une villa. Ce n’est pas rien pour un rĂ©fugiĂ©.

Hébergé par un expatrié français à Yaoundé, le jeune homme de 31 ans, arrivé en septembre 2013 au Cameroun, gagne désormais sa vie au prix de son talent de comédien conteur.

« Comme je fais le thĂ©Ăątre et le conte, j’enseigne aussi les petits enfants expatriĂ©s dans un collĂšge privĂ© Ă  YaoundĂ© sur les deux arts. Mes revenus ne sont pas nĂ©gligeables. Ça donne un peu. Sans oublier, les largesses de mes admirateurs qui me glissent qui 50.000 francs CFA, parfois 100.000 francs CFA pour m’encourager« , nous raconte Piko.

Quant Ă  Cyriaque, c’est son effort intellectuel qui lui a valu le statut d’étudiant rĂ©fugiĂ© centrafricain. Il a d’abord sĂ©journĂ© dans un camp de rĂ©fugiĂ©s dans l’est du Cameroun oĂč il va tenter sa chance. Il est aujourd’hui boursier du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les rĂ©fugiĂ©s au Cameroun. Mais ses conditions de vie restent prĂ©caires.

« Ce que le HCR me donne, c’est pour mes besoins mensuels et les frais acadĂ©miques. Pour obtenir cette bourse d’excellence, cela n’a Ă©tĂ© facile. Nous Ă©tions prĂšs de 250 postulants pour dix places. Et nous sommes tenus d’avoir une moyenne gĂ©nĂ©rale de 12/20 au terme de chaque annĂ©e acadĂ©mique pour ĂȘtre Ă  nouveau boursier« .

Cyriaque est inscrit en 2017, en 3Ăšme annĂ©e du cycle Licence en gestion des ressources humaines, dans une universitĂ© privĂ©e. Nous avons appris de bonne source que la bourse en question lui donne droit Ă  70.000 francs CFA par mois et 650.000 francs CFA par an, payĂ©s directement Ă  l’universitĂ© pour ses Ă©tudes.


Cyriaque ne saurait demander plus. Tout comme MichaĂ«l, un autre Centrafricain, 22 ans, lui aussi rĂ©fugiĂ© de guerre. C’est une Ă©glise Ă©vangĂ©lique qui est dĂ©sormais sa raison de vivre au Cameroun.

« C’est l’église qui m’a accueilli. Ça fait un an que je travaille dans cette Ă©glise dĂ©nommĂ©e ‘Va et raconte, Temple des Nations’, je fais des montages vidĂ©o, audio des prĂ©dications qui sont ensuite diffusĂ©es sur la chaĂźne de tĂ©lĂ©vision de l’église. J’ai un soutien financier qui me permet de satisfaire mes besoins« .

L’insertion des jeunes centrafricains au Cameroun concerne aussi Socrates, un ancien membre de la Cellule de presse du prĂ©sident François BozizĂ©. Responsable multimĂ©dia de 2008 Ă  2012, Socrates a fait contre mauvaise fortune, bon cƓur.

« C’est pas facile de vivre Ă  l’étranger. On se bat. J’ai ouvert Ă  YaoundĂ© une structure de montage vidĂ©o, de reportages pour les entreprises, les individus. J’ai aussi mis sur pied une radio en ligne. Je ne suis pas dans les mĂȘmes conditions qu’à Bangui, mais c’est mieux que rien« , dĂ©clare-t-il.

Cependant, YaoundĂ© n’est pas favorable Ă  tous les jeunes rĂ©fugiĂ©s centrafricains. TrĂ©sor, 20 ans, et trois de ses compatriotes (Tony, 17 ans, Mohamed, 21 ans, et Hamidou, 22 ans) ont fui la guerre Ă  Bangui et partagent les mĂȘmes souffrances. Sans travail, sans argent, ils dorment Ă  la belle Ă©toile.

« Pour travailler au noir, je dois parcourir des kilomĂštres en cherchant quoi faire. A la fin de la journĂ©e, j’ai parfois 1.000 francs CFA. C’est l’équivalent de trois jours de ma ration alimentaire« , nous confie TrĂ©sor.

Quand nous faisons la connaissance de ces quatre jeunes centrafricains, l’un d’eux est allongĂ© sur un carton, mal en point, mais sans possibilitĂ© de se soigner.

Selon le HCR, il y a prĂšs de 260.000 rĂ©fugiĂ©s centrafricains sur le territoire camerounais. Le HCR a cessĂ© d’accorder au Cameroun les aides aux rĂ©fugiĂ©s urbains, au profit de ceux qui rĂ©sident rĂ©guliĂšrement dans les camps dĂ©diĂ©s.

Une décision qui a provoqué récemment une manifestation de colÚre devant les locaux du HCR à Yaoundé. Les réfugiés centrafricains à Yaoundé se comptaient parmi les manifestants.

De nombreux Centrafricains au Cameroun ne sont pas enregistrés auprÚs du HCR, gonflant ainsi la liste des candidats à la survie au Cameroun.

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