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Cameroun: Eloge du 4ème pouvoir ou quand les médias nous vendent la médiocrité !

Vincent-Sosthène Fouda, président du MCPSD

Les journalistes aiment Ă  se dĂ©finir surtout dans notre pays comme Ă©tant le 4ème pouvoir ! L’expression est historiquement de Edmund Burke en 1787. L’expression exacte Ă©tait alors «le quatrième Ă©tat» en rĂ©fĂ©rence aux Etats des Anciens RĂ©gimes (noblesse, clergĂ© et Tiers Ă©tat). Chez les francophone c’est surtout Ă  HonorĂ© de Balzac que nous devons la vulgarisation de cette expression quand il disait : «La presse est en France un quatrième pouvoir dans l’Etat : elle attaque tout et personne ne l’attaque.» Au Cameroun on dirait qu’ils (les mĂ©dias) donnent des leçons Ă  tout le monde et surtout ne veulent pas en recevoir. Nous nous faisons tellement petits que les mĂ©dias illusoirement se sont arrogĂ©s, avec leurs personnels, un pouvoir qu’ils n’ont pas, qu’ils n’ont jamais eu et qu’ils n’ont pas les moyens d’avoir dans notre pays.

Le pouvoir rĂ©el vient non pas de la manipulation mais de l’analyse et du sens critique que nous pouvons avoir face Ă  une information-formation, face Ă  une information-communication. C’est ce que nous apprend l’Ă©cole de Chicago tout comme l’Ă©cole de Francfort autour de ThĂ©odor Adorno. Au Cameroun, les mĂ©dias se trompent sur toute la ligne eux qui croient dans leur mĂ©diocritĂ© manipuler les individus qui ont encore le courage de les suivre ! Mais que non les populations ne sont pas depuis longtemps des sujets rĂ©signĂ©s condamnĂ©s Ă  dodeliner de la tĂŞte comme des magouillas. Les lecteurs, les auditeurs et les tĂ©lĂ©spectateurs prennent tout simplement leur distance avec ces «officines» qui ne sont pas Ă  proprement parler des industries culturelles au sens oĂą l’entendait Ardono.

David Abouem A Tchoyi intellectuel ou zombie d’un pouvoir omniprĂ©sent et omnipotent?
Depuis que Abouem A Tchoyi a dressĂ© ses six facettes du problème anglophone, il est devenu la nouvelle coqueluche des mĂ©dias, il est proposĂ© par certain comme mĂ©diateur, le MĂ©diateur le seul interlocuteur capable de faire asseoir francophones et anglophones autour de la mĂŞme table. Beaucoup de journalistes ont oubliĂ© de faire une hermĂ©neutique du texte de David Abouem A Tchoyi. Ce texte contient beaucoup d’informations mais aussi beaucoup de zones d’ombre volontaires très souvent, involontaires quelquefois. Ainsi lorsque David Abouem A Tchoyi Ă©crit :

«Par souci de vĂ©ritĂ©, il convient de prĂ©ciser que les inspirateurs de ce changement de nom Ă©taient de bonne foi : j’en ai discutĂ© avec certains d’entre eux. Brillants universitaires fraichement intĂ©grĂ©s dans les cercles stratĂ©giques de dĂ©cision au sommet de l’Etat, ils Ă©taient encore peu informĂ©s de certaines rĂ©alitĂ©s du Cameroun profond, et seulement en train de dĂ©velopper le rĂ©flexe de les convoquer lors de la prĂ©paration des dĂ©cisions des autoritĂ©s publiques, afin d’en garantir une saine rĂ©ception par les diffĂ©rents segments du corps social. A aucun moment, il ne leur Ă©tait venu Ă  l’esprit de mettre mal Ă  l’aise une partie de leurs compatriotes. Leur raisonnement Ă©tait plutĂ´t le suivant.» A qui fait-il allusion ?

Qui Ă©tait secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la prĂ©sidence de la RĂ©publique en 1984 quand sans aucune consultation le prĂ©sident Biya accepte sur conseil de ces «brillants universitaire fraĂ®chement intĂ©grĂ©s dans les cercles stratĂ©giques de dĂ©cision au sommet de l’Etat» de changer la dĂ©nomination de la RĂ©publique Unie du Cameroun en RĂ©publique du Cameroun ? Sont-ils aussi tous morts ? Est-ce aussi un secret d’Etat ?
David Abouem A Tchoyi est entrĂ© au gouvernement du 04 fĂ©vrier 1984, comme secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la prĂ©sidence de la RĂ©publique. Il nous est donc difficile de comprendre que ce ministre pointe du doigt des «brillants universitaires» pourquoi il dit : «par souci de vĂ©ritĂ©, il convient de prĂ©ciser que les inspirateurs de ce changement de nom Ă©taient de bonne foi : j’en ai discutĂ© avec certains d’entre eux.» Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la prĂ©sidence de la RĂ©publique aurait-il donc en son temps Ă©tĂ© exclu de cette rĂ©forme ? Si oui quand et comment ? Par qui ? Qui sont ces «brillants intellectuels fraichement intĂ©grĂ©s dans les cercles stratĂ©giques de dĂ©cision au somment de l’Etat» ? Sont-ils tous dĂ©cĂ©dĂ©s aujourd’hui et ne sont-ils plus que trois?

Pourquoi un dĂ©bat n’a toujours pas Ă©tĂ© organisĂ© entre ces « brillants universitaires » et leur contradicteur d’aujourd’hui ?


Pardon vous voulez que ce soit moi qui l’organise ? Jean Bruno Tagne a dĂ©jĂ  confisquĂ© sa tĂ©lĂ©, Dipita Tongo et Obama ne font pas mieux ! MĂ©diocritĂ© quand tu nous tient ! Je ne sais pas qui est le prĂ©sentateur vedette de Equinoxe et ne demandez pas Ă  Charles Ndongo de tomber la veste pour prendre la place d’un de ses journalistes vedettes ! 4ème pouvoir ? Il est Ă  l’image des trois premiers alors, avançons seulement. Qui se souvient aujourd’hui de la victoire de Nnamdi Azikiwe dans le Eastern Nigeria dans les annĂ©es 50 et les nominations qui suivirent avec les «intellectuels Ibos et MĂ©tis» et qui provoquèrent le mĂ©contentement de l’Ă©lite du Cameroon Occidental en majoritĂ© constituĂ©e de moniteurs ? Parmi eux, John Ngu Fontcha, Salomon Tandem Muna, Ngom Jua et Endeley. C’est eux qui ont crĂ©Ă© le CNC. C’est eux qui ont crĂ©Ă© des rivalitĂ©s entre ceux qu’ils appellent alors les «Fulani» c’est-Ă -dire les camerounais d’expression anglaise et de confession musulmane qui habitent le Northem Cameroons, et les populations du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, c’est-Ă -dire entre Sawa et Grassfields de langue anglaise de confession chrĂ©tienne. VoilĂ  la vĂ©ritĂ© historique qui a fait perdre au Cameroun une partie de son territoire parce que Ahmadou Ahidjo pensait que le Northem Cameroons allait le suivre simplement parce qu’il est musulman !

Le problème du Cameroun c’est son Ă©lite politique
Nous ne pouvons pas construire le Cameroun sous la contrainte du temps ou sous la contrainte d’un calendrier Ă©lectoral. Le temps est une condition essentielle. Au sein du MCPSD, nous Ă©coutons, nous observons avant mĂŞme de consulter. Le Cameroun ne se construira point sous les effets de mode ou sur les Ă©motions du moment. C’est l’Ă©chec assurĂ©. Souvenons-nous de du mouvement ALU lancĂ© par Ngom Jua et Foncha contre Endeley, souvenons-nous de l’action d’Endeley contre les CĂ´tiers en 1966 et qui va aboutir au mariage entre le KNDP et l’UC au dĂ©triment du peuple camerounais ! C’est aussi cela l’histoire des 87 familles qui ont confisquĂ© les pouvoir Ă©conomique, politique du Cameroun depuis le renversement d’AndrĂ© Marie Mbida par Ahmadou Ahidjo en 1958. Nous ne pouvons pas effacer tout ceci du revers de la main tout comme nous ne pouvons pas dire qu’il faut renverser la table ! Cette table est la table camerounaise. Nous devons nous y mettre tous, nous devons nous reprendre aujourd’hui, sans saucissonner l’histoire comme le fait le ministre David Abouem A Tchoyi avec des oublis freudiens, sans se droitiser Ă  l’extrĂŞme comme le fait Owona-Nguini y compris en perdant lui aussi la mĂ©moire. Nous devons comprendre qu’il y a une frange de notre population (17% voire plus) qui est habitĂ©e par un sentiment d’humiliation et d’injustice. Nous ne devons pas en rester lĂ .

Notre mission et c’est lĂ  que j’invite ceux qui se targuent d’avoir les pouvoir, les journalistes, ils ne peuvent pas se contenter d’ĂŞtre des commentateurs de l’actualitĂ© politique au prix de la couleur du billet qui leur est donnĂ© par tel ou tel homme politique. Ils doivent user de leur esprit critique pour former et informer, ils doivent sans cesse inviter Ă  dĂ©passer les Ă©motions qui trop souvent animent les hommes politiques. Le rĂ´le des mĂ©dias est noble quand et seulement s’il est dĂ©passement de la fascination, de la sympathie de la sĂ©duction vis-Ă -vis d’un homme politique. Il faut se fixer sur le projet qui est proposĂ© et pour moi, ce projet doit rĂ©pondre Ă  deux objectifs fondamentaux : reconstruire le «nous-commun» ou le «vivre-ensemble» profondĂ©ment mis en mal depuis 1960 par les 87 familles rĂ©gnantes, prĂ©parer l’avenir des nouvelles gĂ©nĂ©rations au c ur de ce Cameroun de 256 ethnies.

Vincent-Sosthène Fouda, socio-politologue

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