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Cameroun: le point de vue du MRC sur les appels à une élection présidentielle anticipée

Par Me Emmanuel Simh, Vice-président du MRC

Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) observe avec attention, depuis le dĂ©but de l’annĂ©e, les appels Ă  candidature lancĂ©s en direction du prĂ©sident national du RDPC ; d’abord par des sĂ©nateurs et autres militants de son parti, puis par une curieuse promotion 1997-1999 de la section Administration GĂ©nĂ©rale de l’Ecole Nationale d’Administration et de la Magistrature (ENAM), suivie par diffĂ©rents corps sociaux instrumentalisĂ©s par le pouvoir.

Ces appels se sont malheureusement peu Ă  peu transformĂ©s en appel Ă  l’anticipation de l’Ă©lection prĂ©sidentielle; ce qui, au pire, constitue un appel Ă  la violation de la Constitution, au mieux, induit de fait une modification de cette Loi fondamentale de notre pays.

Qu’un parti politique orchestre des appels de ses militants Ă  la candidature de l’un de ses membres n’Ă©meut pas le MRC et ne devrait pas focaliser l’attention de l’opinion; encore qu’en l’espèce le prĂ©sident national du RDPC est le « candidat naturel » de son parti et est lĂ©galement fondĂ© Ă  se prĂ©senter Ă  cette Ă©lection.

Le MRC entend cependant, sur le plan de la forme, condamner avec la dernière Ă©nergie ce qui s’apparente Ă  une vĂ©ritable escroquerie politique, lorsque ces appels sont prĂ©sentĂ©s comme venant du peuple. Le peuple camerounais souverain n’a donnĂ© aucun mandat Ă  aucune organisation de quelque nature que ce soit pour parler en son nom, et le RDPC, sauf Ă  confirmer que le Cameroun n’est jamais sorti du système du parti unique, ne peut prĂ©senter ces appels comme Ă©tant ceux du peuple.

Le MRC entend Ă©galement condamner fermement l’attitude de certaines autoritĂ©s administratives qui participent de quelque manière que ce soit, Ă  ces appels, alors que la Constitution de la RĂ©publique et leur statut particulier leur interdisent toute immixtion dans la politique partisane. Comment en effet espĂ©rer une Ă©lection transparente et crĂ©dible dans notre pays si l’administration renonce au grand jour Ă  sa neutralitĂ© et Ă  son impartialitĂ©, en sollicitant la candidature particulière d’un militant d’un parti politique dĂ©terminĂ©!

Ces pratiques d’un autre âge n’honorent pas notre pays, et sont indignes d’un Etat qui se proclame dĂ©mocratique.

Sur le fond, ces appels à une élection anticipée sont encore plus inadmissibles, tant sur le plan politique que sur le plan juridique.

Sur le plan politique, ils s’inscrivent en effet dans la perspective de la manipulation de la Loi fondamentale au profit d’un seul individu, comme c’est malheureusement très souvent le cas depuis 1983. Or, une vraie rĂ©vision constitutionnelle doit rĂ©pondre aux aspirations collectives de la sociĂ©tĂ© et Ă  des dĂ©fis qui se posent au pays, ĂŞtre mise en uvre avec les forces politiques du pays dans un but, d’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral, d’amĂ©lioration des institutions.

Tel n’a jamais Ă©tĂ© le souci des dirigeants du RDPC qui reste le seul parti de la scène politique camerounaise Ă  ne pas admettre, par exemple, la nĂ©cessitĂ© d’une modernisation de nos institutions et de la mise en place d’un code Ă©lectoral et de règles de jeu dĂ©mocratiques et consensuelles, ce que rĂ©clament depuis de nombreuses annĂ©es tous les autres partis et acteurs politiques ainsi que la sociĂ©tĂ© civile du pays.

Le prĂ©sident de la RĂ©publique est aujourd’hui devant sa responsabilitĂ© constitutionnelle. La Constitution fait de lui le garant du respect de celle-ci ainsi que des traitĂ©s et accords internationaux. Respecter la Constitution n’est pas synonyme de la violer. Violer la Constitution est un acte de haute trahison. En 2008, c’est lui et lui tout seul qui avait voulu la suppression de la limitation du nombre de mandats prĂ©sidentiels, puis en 2011, il a sollicitĂ© et acceptĂ© un nouveau mandat de 07 ans. Alors qu’il assume! Qu’il termine son mandat! En 2018.


Et tous ceux, responsables publics, fonctionnaires et autres qui, par calcul et par souci de maintenir des positions et des avantages très souvent illĂ©gitimes, poussent le prĂ©sident de la RĂ©publique – Ă  moins d’ĂŞtre des complices d’un appel initiĂ© par lui-mĂŞme – Ă  cette faute politique et Ă  la violation de ses engagements constitutionnels pris sous serment, il convient de rappeler ceci: la loi pĂ©nale camerounaise dispose en son article 124: « Est puni de l’emprisonnement de six (6) mois Ă  trois (3) ans tout individu dĂ©positaire de quelque partie de l’autoritĂ© publique et tout fonctionnaire qui avec d’autres dĂ©positaires ou fonctionnaires concerte ou dĂ©libère: a) Des mesures contraires aux lois ou aux textes d’application lĂ©galement pris ». Par ailleurs, leurs actes peuvent ĂŞtre passibles de l’article 157 du code pĂ©nal qui punit d’un emprisonnement de trois mois Ă  quatre ans celui qui, par quelque moyen que ce soit, incite Ă  rĂ©sister Ă  l’application des lois.

En tout Ă©tat de cause, le MRC continue Ă  exhorter tous les Camerounais, d’une part, Ă  signer la pĂ©tition appelant Ă  la mise en place d’un code Ă©lectoral consensuel, d’autre part, Ă  s’inscrire massivement sur les listes Ă©lectorales, car rien ne garantit que le PrĂ©sident du RDPC entende raison.

Le peuple camerounais, le vrai, celui qui est rassasiĂ© de la souffrance mais qui n’oublie pas qu’il est le seul souverain de par notre Loi fondamentale, doit se tenir prĂŞt Ă  barrer la voie, le moment venu par les urnes, Ă  toute imposture de ceux qui travaillent Ă  son malheur et Ă  dĂ©cider d’un changement d’avenir dans la paix dans notre cher pays.

Que vienne la démocratie!

Vive le Cameroun!

Un militant du RDPC, parti au pouvoir au Cameroun. Photo pour illustration

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