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Cameroun: le vrai changement se fera par les Camerounais qui en voudront!

Par David Ekambi Dibongue

La reprise vigoureuse des manifestations politiques par l’opposition dĂ©chire de nouveau et naturellement, le voile qui cache la dictature de M. Biya. AussitĂŽt, certains parlent du Retour en barbarie (1). Nous sommes dans une dictature rĂ©elle mais d’apparence molle. Quelque uns dans l’Opposition, reviennent encore Ă  marquer des nuances (diffĂ©rences) dans cette Ă©tape de la lutte, sans oublier ceux qui estiment que seules les forces de gauche sont crĂ©dibles pour la lutte anti nĂ©ocoloniale (2). Notre lutte est essentiellement anti nĂ©ocoloniale et anti impĂ©rialiste. Mais ne devrait-elle pas avoir des Ă©tapes et des alliances tactiques?

Nous savons bien, que le retour des activitĂ©s politiques de l’Opposition pouvant mettre Ă  mal le rĂ©gime nĂ©ocolonial de Biya aura des rĂ©ponses dictatoriales et de barbarie. Pour cela : « L’opposition doit bien garder Ă  l’esprit que le RDPC et son administration devraient, dans les mois Ă  venir, redoubler de violence et d’intimidations contre elle et la sociĂ©tĂ© civile en interdisant systĂ©matiquement toutes les manifestations et rĂ©unions. Face Ă  cette situation, l’opposition n’aura de choix que de tourner le dos Ă  la peur contre l’arbitraire du pouvoir M. Biya. Organiser ses meetings et les tenir quel qu’en soit le prix. Car c’est celui de la libertĂ©. C’est le pouvoir seul de la rue qui peut imposer le changement. En dehors de cela toutes autres dĂ©marches et dĂ©clarations ne seront que fanfaronnades et folklores. (.). Le mouvement social est en marche. Les conditions objectives de vie (ou plutĂŽt de misĂšre) des Kamerunais ne vont faire que l’amplifier et ce malgrĂ© toutes les promesses lĂ©nifiantes servies Ă  notre peuple (.).

La quĂȘte de la dĂ©mocratie a dĂ©jĂ  Ă©normĂ©ment coĂ»tĂ© Ă  notre peuple et exigera sans doute encore des sacrifices. Mais au bout, ce sera immanquablement la victoire.»
(3). Ainsi c’est Ă  ceux qui veulent effectivement la destruction du systĂšme nĂ©ocolonial de s’y mettre, au prix de tout ! Cette lutte se mĂšnera par les avant-gardes en association avec les masses populaires.

Aujourd’hui plus qu’hier oĂč les partis politiques d’opposition doivent se mettre en place pour de nouvelles tentatives pour briser la dictature actuelle, les schĂ©mas d’hier se reprĂ©sentent. Nous voudrions bien ĂȘtre dĂ©mentis. Rappelons-nous 1991, lorsque l’Opposition se structurait au sein de la coordination des partis politiques et associations : [« Du coup, Louis-Tobie Mbida crĂ©e avec Me Guillaume Apollinaire Nseth et CĂ©lestin BĂ©dzigui l’ORD (Opposition rĂ©publicaine et dĂ©mocratique). Des nĂ©gociations entre l’Ord et le gouvernement dirigĂ© par Sadou Hayatou, vont aboutir Ă  une invitation Ă  des entretiens avec le chef d’Etat camerounais. Le 19 juillet 1991, Louis-Tobie Mbida et tous les hommes politiques de l’ORD s’entretiendront avec le prĂ©sident Paul Biya mais les chefs de file de l’ « opposition dite radicale » refuseront de participer Ă  ces entrevues. Les entretiens avec le prĂ©sident Paul Biya en juillet 1991 permettront de mettre en place la rencontre Tripartite»] (4). Nous connaissons la dĂ©sarticulation causĂ©e au sein de l’Opposition par la Rencontre Tripartite. Et Ă©galement le sort historique des RĂ©solutions de la fameuse Tripartite.

Aujourd’hui oĂč nous nous activons pour que l’Opposition se remette sur le terrain, malgrĂ© toutes les entraves et pendant que certains partis politiques rĂ©flĂ©chissent et structurent une capitalisation d’actions politiques communes, d’autres ne trouvent mieux que de multiplier des «Pactes». Quand bien mĂȘme, leurs discours en apparence ne diffĂšrent en rien aux autres. Peut-ĂȘtre, le cĂŽtĂ© latent de ces discours reste Ă  dĂ©couvrir. Heureusement Edith Kah Walla prĂ©fĂšre la comprĂ©hension et l’apaisement : «(.), nous avons fait une analyse de la situation politique du Cameroun aujourd’hui. Et nous avons dĂ©fini une stratĂ©gie que nous sommes en train de mettre en uvre, je ne doute pas un instant de la sincĂ©ritĂ© de l’UFP, de l’AFP, et de l’UDC en ce qui concerne le changement pour la Cameroun. (.). Maintenant, elles sont libres de faire une autre lecture de la situation et du moment politique. Peut-ĂȘtre ont-ils, ces partis politiques-lĂ , une autre lecture, une autre stratĂ©gie, d’autres actions, je n’ai aucun problĂšme avec ça. On est dans la pluralitĂ© politique. On n’est pas tous obligĂ©s de penser les choses de la mĂȘme maniĂšre. Je suis certaine que nous allons tous nous retrouver quelque part sur la route, puisque nous allons vers la mĂȘme destination. Mais aujourd’hui, l’heure n’est pas Ă  la discorde au sein de l’opposition.» (5).

A cĂŽtĂ©, nos camarades marxistes-lĂ©ninistes du Manidem trouvent que : «Les nouvelles coalitions surgies en cette annĂ©e 2016 au seul motif que Paul Biya souhaite modifier la constitution pour se reprĂ©senter sont entrain de reproduire les errements de leurs aĂźnĂ©es des annĂ©es 90. Elles ne saisissent pas la lutte du peuple comme processus contradictoire dĂ©pendant de l’Ă©volution globale des rapports de force dans le temps et sur l’ensemble du territoire». Ils continuent : «Leur origine sociale les condamne Ă  des gesticulations plus ou moins futiles tant qu’elles ne s’accrochent pas au bras incorruptible et intransigeant des masses populaires.» (6). Ecoutons plutĂŽt, NdĂ©ma SamĂ© Alexis, prĂ©sident de l’Upc des FidĂšles : «L’heure est Ă  la recherche de solutions vĂ©ritables pour notre pays. (.). Il est temps de s’atteler Ă  prĂ©parer une transition consensuelle avec la contribution de toutes les forces politiques de la nation, les Organisations de la sociĂ©tĂ© civile, les milieux syndicaux, confessionnels, traditionnels, associatifs et militaires.» (7). Ou bien, la prĂ©sidente du CPP, Kah Walla : «Le premier objectif pour nous c’est d’amener les Camerounais Ă  reprendre leur destin en main.» (8).

Les masses populaires, comme moteur de l’Histoire, ne se retrouvent-elles pas dans ces organes et articulations de la sociĂ©tĂ© citĂ©s par NdĂ©ma SamĂ© ou bien dans le souci d’Edith Kah Walla ?

Les leçons de l’histoire
Notre lutte est essentiellement anti nĂ©ocoloniale et anti impĂ©rialiste. Nous puisons dans notre passĂ© politique, sans dĂ©laisser ce que historiquement l’HumanitĂ© a produit :
En 1956, en plein dĂ©lire sanguinaire des colonialistes et leurs agents locaux sur les patriotes kamerunais, Um NyobĂš, connaissant bien Soppo Priso et AssalĂ©, n’a pas refusĂ© d’associer le Mouvement nationaliste upĂ©ciste dans le Courant d’Union Nationale, jusqu’Ă  la faillite anti patriotique de ces deux leaders ; – En 1959 Ă  Conakry, l’Upc, reprĂ©sentĂ©e par FĂ©lix MoumiĂ©, KinguĂš Abel et OuandiĂ© Ernest, signe un accord politique avec AndrĂ©-Marie Mbida, l’auteur du fameux discours de Boumnyebel, du Parti DĂ©mocrate du Cameroun (PDC) ; – RentrĂ© au Kamerun, dans les maquis, en juillet 1961, OuandiĂ© Ernest prend contact avec Mgr Ndongmo (Ă  l’Ă©poque AbbĂ©) et envoi un courrier au Dr Bebey Eyidi par l’intermĂ©diaire d’un agent de liaison (9);

En 1962, dans la «Voix du Kamerun» J.M. Tchaptchet demandait d’ «unir tous ceux qui doivent et peuvent s’unir» (10) – En 1978, le Parti communiste français (Pcf), bien que connaissant trĂšs bien François Mitterand, a signĂ© le Programme Commun qui permit l’accession de la gauche au pouvoir en 1981 en France ; – En 1992, l’UPC dirigĂ©e par Michel Ndoh s’est engagĂ©e dans l’Union pour le Changement et s’est rangĂ©e derriĂšre le candidat Fru Ndi;

En 2011, le candidat-prĂ©sident, le sandiniste et marxiste Daniel OrtĂ©ga a Ă©tĂ© Ă©lu Ă  la prĂ©sidentielle de novembre 2011 sous la banniĂšre de l’Alliance Nicaragua Unida Triunfa (le Nicaragua Uni Triomphe) avec 63% des voix. Tandis qu’en 2006, il fut seulement crĂ©ditĂ© lors de son Ă©lection Ă  la prĂ©sidence de son pays de 38%. Notons que ce raz-de marĂ©e sandiniste est le fruit de l’alliance des Sandinistes avec la puissante Eglise Catholique du Nicaragua. Et novembre 2012, le Front Sandiniste de LibĂ©ration Nationale (FSLN), a aussi remportĂ© avec 75% des voix, les municipales au Nicaragua.


Enfin sachons diffĂ©rencier le fait rĂ©el-objectif qui rĂ©vĂšle que dans l’opposition camerounaise, les forces de gauche s’y trouvent Ă©galement comme celles de droite ou du centre-droit, mais l’analyse nous commande de bien apprĂ©cier le concret, les rapports de force et l’avenir immĂ©diat. Hormis ces fondamentaux, les forces de gauche ne pĂšsent pas suffisamment sur l’Ă©chiquier politique national. Aussi la modification des rapports de force ne pourra se faire qu’en alliance avec d’autres forces disponibles, indĂ©pendamment de leur substrat idĂ©ologique, Ă  condition que nous soyons sur un programme commun : d’abord la dĂ©chĂ©ance du RDPC-Biya.

La lutte des classes ne sera pas reniĂ©e en tant que tel, mais deviendra une contradiction secondaire entre nous et nos partenaires ponctuels de droite ou sociaux-dĂ©mocrates, car entre cette lutte des classes et la dĂ©chĂ©ance des anti-patriotes, comme position d’Ă©tape, un vrai patriote a-t-il objectivement Ă  hĂ©siter ? Ainsi, nos fondamentaux doivent nous servir Ă  mieux assimiler la rĂ©alitĂ© socio politique camerounaise pour la transformer, au lieu de continuer Ă  l’interprĂ©ter. Pour cette transformation, nous savons que le Manidem a un solide programme politique et il est mĂȘme l’initiateur d’un Front des forces progressistes et panafricanistes rĂ©volutionnaires.

Mais Karl Marx nous apprend : «Tout pas fait en avant, toute progression rĂ©elle importe plus qu’une douzaine de programmes» (11). Nous estimons, humblement, que les masses populaires n’ont pas vĂ©ritablement un problĂšme pour les programmes des partis d’Opposition, mais, pour eux, ce sont les mĂȘmes leaders depuis 1991, dont certains ont exprimĂ© historiquement de multiples bĂ©gaiements, de changement d’Ă©quipes et de maillots!

La révolution camerounaise aboutira
D’un autre cĂŽtĂ© et dans ce sillage, nous entendons : «Les tĂ©nors de l’opposition ne se positionnent pas» (12), oĂč bien : «L’UPC n’a appelĂ© Ă  aucune manifestation» (13).

Le Cameroun est la patrie de tous ses fils, chacun se positionnera compte-tenu de sa classe sociale, ses convictions et ses ambitions. L’actualitĂ© politique est lĂ , Ă  chacun de se manifester. LĂ©nine ne s’interrogeait-il pas: «n’est-il pas Ă©vident que nous n’accomplirons pas notre tĂąche qui est de dĂ©velopper la conscience politique des ouvriers, si nous ne nous chargeons pas d’organiser une vaste campagne politique de dĂ©nonciation de l’autocratie ?» (14). Les faits politiques, mĂȘme s’ils relĂšvent de l’agenda d’un autre parti concernant la modification de la Constitution et l’Ă©lection prĂ©sidentielle, ne sont-ils pas des faits majeurs dans la vie politique de la nation ? LĂ©nine nous a appris : «l’une des conditions essentielles de l’extension nĂ©cessaire de l’agitation politique, c’est d’organiser des rĂ©vĂ©lations politiques dans tous les domaines. Seules ces rĂ©vĂ©lations peuvent former la conscience politique et susciter l’activitĂ© rĂ©volutionnaire des masses.» (15)

Nous, Nationalistes rĂ©volutionnaires, sommes depuis nos aĂźnĂ©s jusqu’aujourd’hui, dĂ©terminĂ©s Ă  accomplir par tous les moyens la RĂ©volution Camerounaise, au-delĂ  de tous les sacrifices. Nous travaillons avec tous les compatriotes qui seront disponibles.

1- Haman Mana, Retour en barbarie. Le jour n° 2154 du mercredi 30 mars 2016. P, 3 2- Opinions et Analyses. Revue Ă©lectronique d’analyses thĂ©oriques du Manidem. N° 01. Mai 2016 3- Mpouma Jean Emmanuel, Election prĂ©sidentielle de 2018. Quelles stratĂ©gies pour les parties et le peuple d’opposition ? Le Messager n° 4555. Jeudi 16 avril 2016. P-P, 6 et 7 4- Younoussa Ben Moussa, L’opposition camerounaise, 25 ans aprĂšs. Le jour n° 2181 du mercredi 11 mai 2016. P, 2 5- Yannick Yemga, Edith Kah Walla : une transition politique s’impose. Mutations. N° 4123. Lundi 11 mai 2016. P, 4 6- Opinions et Analyses, ibid, P, 17 7- Joseph Olinga, NdĂ©ma samĂ© Alexis « La dispersion des forces du progrĂšs est rĂ©elle. » Le Messager n° 4414. Vendredi 18 septembre 2015. P, 7 8- Yannick Yemga, Edith Kah Walla, ibd, 9- Boutchueng MĂ©lanie Clarisse, Ernest OuandiĂ© (1924-1971). L’homme et son action politique. MĂ©moire de maĂźtrise en Histoire. UniversitĂ© de YaoundĂ© I. AoĂ»t 1994. P-P, 67 et 68 10- J.M. Tchaptchet, Pour que ça change. In La Voix du Kamerun n° 9 et10 Juin-Juillet 1962, p, 3 11- Karl Marx et F. Engels, uvres Choisies en deux volumes, t, II. Editions du ProgrĂšs. Moscou 1965, p, 87 12- Jean Francis Belibi, ManassĂ© Aboya Endong : « Les tĂ©nors de l’opposition ne se positionnent pas ».Cameroon Tribune n° 11073/7272. Mardi, 12 avril 2016. P, 6 13- Jean Francis Belibi, Pr Louka Basile : « L’UPC n’a appelĂ© Ă  aucune manifestation ». Cameroon Tribune n° 11077/7276. Lundi, 18 avril 2016. P, 7 14- LĂ©nine, ibd, p, 77 15- LĂ©nine, i bd, p-p, 93 et 94
© Correspondance : David Ekambi Dibongue


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