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Cameroun: message de nouvel an de Patty Bebe

Par Patty Bebe

Pourquoi n’introduirons-nous pas une assurance maladie et une aide sociale minimale pour tous? Pourquoi ne mettrons-nous pas sur pied un numĂ©ro personnel unique pouvant nous aider Ă  identifier chacun de nous et Ă  rĂ©duire la fraude identitaire, l’impunitĂ©, les dĂ©tournements des derniers publics… ? Qu’attendons-nous pour recenser et nommer chaque rue, chaque ruelle et introduire le système d’adresse permanente obligatoire dans notre identification afin de faciliter les recensements, limiter les fraudes et doublons administratifs, responsabiliser les bailleurs et les locataires, faciliter aux agents de sĂ©curitĂ© la recherche des auteurs de dĂ©lits, bref mieux organiser la gestion de l’espace publique? Des pays moins nantis que le nĂ´tre en sont capables et pourquoi pas nous ?

Aux 250 ethnies camerounaises, faisons-nous concurrence dans la loyautĂ©! Que chaque ethnie innove, incite la commune dont elle est originaire Ă  innover et amène les autres Ă  l’imiter. Rendons-nous compte de nos problèmes, assumons-les et prenons la responsabilitĂ©. Cela commence par un changement individuel. Nous ne saurons rĂ©clamer un changement, je dirai une Ă©volution, sans en ĂŞtre les vecteurs ? Oui nous avons besoin de beaux aĂ©roports, de beaux hĂ´pitaux, de beaux Ă©tablissements scolaires, des cantines scolaires, des centres de santĂ©s Ă©quipĂ©s, de beaux axes routiers Ă©clairĂ©s, des grands ports et des business centers…mais comment est-ce possible si nous n’avons pas l’Ă©nergie, base de toute rĂ©ussite Ă©conomique, industrielle et sociale dans le monde actuel?

Ne rĂŞvons pas de voir nos dirigeants changer de mĂ©thode d’un jour au lendemain sans notre pression. Non, nos gouvernants ne le feront jamais car ils n’ont pas conscience de nos besoins rĂ©els et prioritaires. Ils ne connaissent pas les besoins de la masse car ils n’ont pas le mĂŞme train de vie que nous. Alors oui, prenons notre responsabilitĂ© en cette nouvelle annĂ©e et donnons un autre visage de nous, innovons, scrutons les activitĂ©s de nos diffĂ©rentes communes, informons les populations Ă  propos, aidons les uns et les autres Ă  devenir des citoyens. Engageons-nous!

La base d’une Ă©conomie moderne je disais plus haut c’est l’Ă©nergie. On ne le dira jamais assez! Peut-on parler de croissance dans un pays oĂą 75% de la population s’Ă©claire Ă  la lampe tempĂŞte ? Peut-on former la relève de demain en laissant les jeunes Ă©tudier Ă  la bougie ? Peut-on prĂ©parer une sociĂ©tĂ© responsable en intimidant, en assassinant la libre pensĂ©e ? Nos universitĂ©s au lieu d’ĂŞtre des lieux de formation responsable et citoyenne se sont transformĂ©es en des mouroirs intellectuels oĂą se dĂ©fient sexe, drogue et affairisme. Nos hĂ´pitaux jadis des places qui sauvaient des vies sont dĂ©sormais des centres de trafic d’ĂŞtres et organes humains… Nos dĂ©cideurs au lieu de gĂ©rer les affaires de l’Etat se comportent tels des actionnaires des multinationales Ă©trangères.

Nous devons les secouer pour qu’ils s’en rendent compte et nous proposent des solutions pratiques, durables et endogènes. Les plans d’urgences n’ont jamais rĂ©solus des problèmes si importants, ce sont des pansements sur des plaies cancĂ©rogènes ! Ils sont simplement la preuve que l’on est Ă  court d’idĂ©e et manque de notion de prioritĂ©, qu’on a Ă©chouĂ© et refuse de l’admettre. Cela n’a que trop durĂ© et durera encore des dĂ©cennies si nous ne prenons pas nos responsabilitĂ©s.

Attention, pendant ce temps d’autres pays africains avancent Ă  grands pas. Les cas du Rwanda, de la GuinĂ©e Equatoriale, du NigĂ©ria nous interpellent ou encore celui du Gabon, unique pays de la Cemac classĂ© moyennement dĂ©veloppĂ© dans le rapport IDH du PNUD en 2015. Parlant de ce rapport mĂŞme si je doute de la fiabilitĂ© et de la transparence de la mĂ©thode analytique appliquĂ©e, le Cameroun notre pays y est classĂ© 23e pays africain et 153e mondial avec un RNB -1. Cela tĂ©moigne de la gravitĂ© des inĂ©galitĂ©s sociales, le RNB/ha et l’IDH se tenant et dĂ©pendant l’un et l’autre du revenu. Et qui dit revenu dit source de revenu et qui dit source de revenu parle emploi, salariĂ© ou non salariĂ©.

Nous savons le chĂ´mage endĂ©mique chez nous avec près de 40% de sans emplois. Je parle de 40% de camerounais qui n’ont aucun revenu, pas mĂŞme celui obtenu par la dĂ©brouillardise. Le chiffre de centaines de milliers d’emplois crĂ©Ă©s en 2015, avancĂ© dans le discours du prĂ©sident du Cameroun en fin d’annĂ©e est donc mensonger. Avec le rapport du PNUD et un discours mensonger, le cap de l’Ă©mergence 2035 devient une vue d’esprit si nous ne changeons pas de rĂ©gime. Il confirme simplement l’illusion dans laquelle les pays totalitaires aiment renfermer leurs populations afin de gagner du temps.

Il n’y aura pas d’Ă©mergence, ni en 2035 ni en 2100 si ce rĂ©gime perdure car il est fabricant d’une Ă©lite paresseuse, fanfaronne, jouissive, inculte, cleptomane et sans imagination Ă  l’image de la sociĂ©tĂ© qui l’a formĂ©e, la sociĂ©tĂ© française !

J’ai pourtant la ferme conviction grâce Ă  l’ingĂ©niositĂ© des jeunes et leur ouverture sur le monde par les nouvelles technologies de l’information, gĂ©nĂ©ratrices d’emploi, que nous pouvons remettre le Cameroun sur le chemin de la croissance, de la culturalitĂ© et de la modernitĂ©. Nous pouvons amĂ©liorer les conditions de vie de nos s urs et frères. Mais cela n’est possible que si nous reconnaissons nos responsabilitĂ©s, si nous nous engageons et prenons notre destinĂ©e en mains.

Il est urgent d’abandonner la culture Ă©trangère dans nos actes quotidiens. Un pays ne saurait se dĂ©velopper en ignorant son histoire, sa culture et en marginalisant les femmes, les personnes handicapĂ©es ou dĂ©munies. Sans quitter l’Ă©cole occidentale qui sert plus les intĂ©rĂŞts des oligarchies africaines et occidentales, 2016 doit ĂŞtre cette annĂ©e du retour Ă  nos origines, qui introduira et maintiendra enfin dans nos programmes scolaires nos classiques et les livres d’histoire Ă©crits sans complaisance par nos Ă©crivains.


Je me suis souvent retenue de poser ces quelques questions mais je le ferai aujourd’hui. Qui peut me donner la signification des broderies sur les kĂ©pis et tenues d’apparat de nos armĂ©es et magistrats (prĂ©fets, gouverneurs, sous-prĂ©fets)? Que reprĂ©sente les feuilles de chĂŞnes et de lauriers brodĂ©es sur celles-ci dans la symbolique camerounaise/africaine? Qui peut me donner la signification dans nos sociĂ©tĂ©s endogènes de ces grosses chaĂ®nes en or massif que portent certains prĂ©sidents des institutions francophones pendant la passation de pouvoir ? Qui peut me dire pourquoi nos magistrats de tribunaux portent des perruques blanches ? Est-ce Africains ? Pourquoi nos prĂ©fets, gouverneurs, sous-prĂ©fets ne porteraient-ils pas un tissu en imprimĂ© africain ? DĂ©cidĂ©ment, oui dĂ©cidĂ©ment, l’annĂ©e 2016 ne manque pas de quoi nous occuper.

Les Camerounais avec d’autres pays de la zone devraient accentuer le combat pour abandonner le FCFA. Issue non nĂ©gociable car c’est une possibilitĂ© que chaque dirigeant de la zone a le droit d’user sur simple dĂ©cret sans avoir Ă  rendre compte au trĂ©sor français. Ce n’est pas pour rien que la France Ă  l’intention de renĂ©gocier les clauses de cette monnaie d’esclaves. Elle sait que nous n’avons pas de compte Ă  lui rendre si nous venons Ă  dĂ©cider de laisser tomber le FCFA dont elle est l’unique bĂ©nĂ©ficiaire. Ne nous leurrons pas, ce qui mystifie le FCFA c’est l’absence de communication entre les dirigeants et les peuples des zones concernĂ©es et rien de plus. Nous avons le devoir de travailler Ă  changer cela encore plus intensĂ©ment cette annĂ©e!

Je serai peut-ĂŞtre extrĂŞme en proposant pour ce qui est du Cameroun, de changer de drapeau et de devise pour en adopter ceux aux couleurs qui inspirent la paix, le courage, la responsabilitĂ© et la citoyennetĂ©. D’adopter une langue officielle en dehors du français et de l’anglais. Nous avons des linguistes pour cela et la langue utilisĂ©e par les enfants du renouveau est dĂ©jĂ  une piste ! Parce que oui, le français tout comme l’anglais sont des langues qui retardent et font rĂ©gresser la libre pensĂ©e chez nous. Des langues auxquelles nous ne nous identifions pas ne sauraient nous servir dans la construction intellectuelle, culturelle et spirituelle profonde dont nous avons besoin afin de nous dĂ©finir en tant que peuple libre! Elles resteront cependant des langues de communication avec l’extĂ©rieur.

Enfin, peut-être devrons-nous sérieusement reconsidérer le fédéralisme, meilleure forme de décentralisation, le Nigéria en est une preuve matérialisée et je vous invite à rechercher la vidéo sur New face of Imo ou encore celle de The New Uyo sur youtube! Elles nous prouvent que la volonté politique et citoyenne dépasse la théorie de la domination et de la conspiration.

Cela dit, quelque soit ce que nous dĂ©ciderons d’entreprendre cette annĂ©e, faisons-le ensemble avec dĂ©termination et humanisme, faisons-le avec hargne et respect pour la vie ! Faisons-le avec passion et rĂ©sistance, c’est pour nos enfants, ces gĂ©nĂ©rations futures dont nous devons ĂŞtre les modèles!

Je souhaite beaucoup de courage aux habitants du Grand-nord et aux familles des soldats engagĂ©s sur le front dans une guerre qui nous a Ă©tĂ© imposĂ©e pour nous plier aux exigences mafieuses des oligarchies…
Excellente, Courageuse et Résistante Année 2016 !


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