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Cameroun: pourquoi 67% de Camerounais n’ont pas accès Ă  l’eau potable

Par Louis-Marie Kakdeu

Le Cameroun possède l’un des premiers rĂ©servoirs d’eau souterraine et d’eau de surface en Afrique selon la FAO. Dans le pays, le nom de l’essentiel des dĂ©partements administratifs est en gĂ©nĂ©ral celui du cours d’eau qui l’arrose. Pourtant, le taux de desserte en eau potable Ă©tait de 33% en 2010 selon la BAD, comparĂ© Ă  un pays sahĂ©lien comme le SĂ©nĂ©gal oĂą ce taux Ă©tait de 98% en milieu urbain et de 82% en zone rurale. En clair, 67% de Camerounais n’Ă©taient pas connectĂ©s au rĂ©seau d’adduction d’eau et Ă©taient exposĂ©s Ă  tous risques de santĂ© et autres spĂ©culations de prix pratiquĂ©es par les gĂ©rants des fontaines.

Le taux moyen de prĂ©valence des maladies liĂ©es Ă  l’eau et Ă  l’assainissement est de 19%. Pire, la connexion au rĂ©seau n’est pas synonyme de l’arrivĂ©e rĂ©gulière de l’eau potable dans les foyers. Dans la capitale politique YaoundĂ© par exemple, seuls 10 000 m3 d’eau Ă©taient disponibles pour les populations en 2011 sur un besoin total estimĂ© Ă  250 000 m3 d’eau par jour. La question est donc de savoir ce qui cause ce dĂ©ficit et ce qu’il convient de faire.

La première cause est la gestion patrimoniale de la dĂ©funte SociĂ©tĂ© Nationale des Eaux du Cameroun (SNEC) crĂ©Ă©e en 1967. De 1977 Ă  2002, soit 25 ans, cette sociĂ©tĂ© avait Ă©tĂ© abandonnĂ©e Ă  un patriarche encore appelĂ© « cheveux blancs » qui n’avait pas brillĂ© par une gestion rigoureuse. Par consĂ©quent, la sociĂ©tĂ© avait Ă©tĂ© mise sous administration provisoire le 2 mai 2002 dans le but de faire son redressement. Cela fut aussi un Ă©chec qui se solda par sa privatisation. Depuis lors, le partenariat public-privĂ© en cours cherche Ă  rattraper 30 ans de mauvaise gouvernance dans la production et la distribution de l’eau au Cameroun. Cela passe par la rationalisation des dĂ©penses, la sĂ©curisation des recettes et l’amĂ©lioration des mĂ©canismes de transparence autour de la gestion des portefeuilles afin d’assurer le respect des cahiers de charge.

La deuxième cause est la vĂ©tustĂ© des Ă©quipements qui engendre des pertes substantielles d’eau en qualitĂ© et en quantitĂ©. En effet, beaucoup d’eau disparaĂ®t dans le circuit de distribution Ă  cause des fuites. Pire, les pannes sont lĂ©gions dans les unitĂ©s de production vĂ©tustes. Le complexe de Japoma dans la capitale Ă©conomique Douala date de 1954. Au complexe de Massoumbou mis en service dans les annĂ©es 1980, seuls 65 000 m3 Ă©taient produits par jour sur les 115 000 m3 par jour escomptĂ©s en 2011 Ă  cause d’une frĂ©quence de pannes des machines de l’ordre de deux fois par mois. La pĂ©nurie d’eau au Cameroun est due Ă  un dĂ©ficit d’investissements lourds dans les infrastructures depuis les annĂ©es d’indĂ©pendance en 1960. Pour rĂ©soudre ce problème, le gouvernement camerounais avait optĂ© en 2005 pour une solution administrative Ă  savoir la sĂ©paration de la construction des infrastructures (Cameroon Water Utilities Corporation, Camwater) de la production et de la commercialisation (Camerounaise Des Eaux, CDE) sans apporter pour autant une solution Ă  la question de financement. Il est besoin d’investisseurs privĂ©s qui viendront investir massivement dans la construction de nouvelles stations de traitement des eaux, le renouvellement des Ă©quipements, des conduites, des branchements existant en vue de sĂ©curiser l’alimentation en eau potable. Des efforts sont en cours mais, l’eau du robinet s’appelle toujours « fanta » en rĂ©fĂ©rence Ă  sa couleur jaunâtre.

La troisième cause est la centralisation de la production et de la distribution de l’eau. Cela crĂ©e une espèce de monopole qui dessert la cause de la dĂ©mocratisation de l’accès Ă  l’eau au Cameroun et annihile les incitations Ă  l’amĂ©lioration de la gestion et de la gouvernance. Il convient de dĂ©centraliser la gestion de l’eau et de la placer sous la responsabilitĂ© des communes. Mieux, une politique incitative devrait ĂŞtre mise sur pied pour encourager les initiatives privĂ©es allant dans le sens de la multiplication des constructions de forages et autres châteaux de moindre envergure pouvant permettre de juguler les dĂ©ficits au niveau local.

La quatrième cause est le manque de dynamisme dans l’action commerciale. En 2009, le Cameroun ne comptait que 282 000 abonnĂ©s dans 105 centres restĂ©s statiques depuis 1995. Pire, le service après-vente n’est pas fonctionnel dans la mesure oĂą les interventions sur le terrain manquent de promptitude, ce qui engendre des pertes Ă©normes dans le circuit de distribution. Il convient d’intensifier les campagnes de branchements des particuliers en vue d’augmenter le nombre d’abonnĂ©s et d’assurer la rationalisation de la distribution de l’eau selon un planning alternatif connu en vue de garantir le minimum Ă  tous. Il convient surtout de renforcer le service après-vente afin de limiter les pertes d’eau au niveau des tuyaux cassĂ©s dans le rĂ©seau.


Sur le plan de la gestion des ressources humaines, le personnel Ă©tait dĂ©motivĂ©. Il n’y avait plus de prime de productivitĂ©, les avancements et reclassements Ă©taient gelĂ©s. Cette situation regrettable conduisait Ă  des pertes en productivitĂ© et Ă  la montĂ©e des mouvements d’humeur gangrenant le fonctionnement de l’entreprise. Des efforts sont en cours pour restaurer un climat social favorable au travail aussi bien Ă  la CDE qu’Ă  la Camwater.

Le dernier problème est celui de l’amĂ©nagement territorial au Cameroun. Il est difficile de faire un schĂ©ma directeur de l’hydraulique en absence d’un plan directeur national. Il est difficile aujourd’hui de faire une adĂ©quation entre la demande et l’offre. Le troisième recensement gĂ©nĂ©ral de la population et de l’habitat depuis l’indĂ©pendance en 1960 avait eu lieu en novembre 2005, plus de 18 ans après le deuxième effectuĂ© en avril 1987. Dans un tel contexte, il Ă©tait difficile de faire la planification. Il est Ă  espĂ©rer que l’aboutissement du projet Sanaga (convention du 29 janvier 2015 entre le Cameroun et Eximbank-China de 400 milliards de FCFA) viendra rĂ©duire considĂ©rablement le dĂ©ficit en eau Ă  YaoundĂ©.

Pour conclure, il est judicieux d’indiquer que des efforts sont en cours avec l’aide des bailleurs de fonds. Mais, ces efforts sont en retard et restent insuffisants dans la mesure oĂą le problème est structurel.


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