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Cameroun: quelques détails sur la mystérieuse disparition de l’évêque de Bafia

La voiture de l'évêque de Bafia a été retrouvée le 31 mai 2017 sur le pont sur la Sanaga à Ebebda © Journalducameroun.com

Mardi, avant de prendre la route, le prĂ©lat avait prĂ©sentĂ© des attitudes inhabituelles qui continuent d’intriguer son entourage. Mercredi soir, Ă  19h, l’Ă©vĂŞque, qui a laissĂ© un mot indiquant qu’il Ă©tait « dans l’eau », demeurait toujours introuvable

Mgr Jean-Marie Benoit Balla est porté disparu. C’est pour l’heure, la seule information que l’on peut confirmer sans risque de se tromper. Quant aux circonstances, jusqu’à la mise en ligne du présent article, elles restent un véritable mystère, autant pour les populations camerounaises que pour les autorités.

Les faits

En début d’après-midi, ce mercredi 31 mai, l’Abbé François-Xavier Ayissi de la paroisse de Balamba (département du Mbam et Inoubou) traverse le pont de l’Enfance sur le fleuve Sanaga, à Ebebda. Au beau milieu de la traversée, il reconnait le véhicule de l’évêque de son diocèse, une Land cruiser de couleur blanche, de la marque Toyota, stationnée sur le pont. Le prélat s’arrête, se rapproche du véhicule et constate que l’évêque ne s’y trouve pas. Il n’y a personne dans l’habitacle de l’automobile.

Plus tôt dans la matinée du même 31 mai, une religieuse du diocèse de Bafia, la Sœur Eleonora, a, elle aussi, vu le véhicule de Mgr Jean-Marie Benoît Balla sur le pont en passant. Mais, celle-ci n’y a rien trouvé de suspect. Quelques heures plus tard, de retour de sa sortie, la sœur Eleonora trouve l’Abbé François-Xavier Ayissi auprès du véhicule de l’évêque. Tous deux décident d’en savoir plus sur ce fait inhabituel. Ils se rapprochent alors et constatent que les pièces personnelles de l’évêque et celles du véhicule sont posés sur l’un des sièges passagers. Ces documents dissimulent mal une feuille portant l’en-tête du diocèse. Sur ladite feuille, il est écrit « Je suis dans l’eau ». L’Abbé François-Xavier Ayissi et la sœur Eleonora donnent aussitôt l’alerte.

Le message « Je suis dans l’eau » est accompagné d’une signature. Les proches de l’évêque sont unanimes. C’est bien son écriture. La signature est aussi la sienne. La thèse du suicide germe aussitôt. Or, personne ne l’a vu sauter par-dessus le pont. Mais que s’est-il réellement passé ? Pour les prêtres, les religieuses et les fidèles du diocèse de Bafia, Mgr Jean-Marie Benoît Balla n’a pas pu se suicider. L’option n’est même pas envisageable. D’après Jean-Jacques Eloundou Fouda, délégué départemental des Transports du Mbam et Inoubou, par ailleurs fidèle catholique proche de Mgr Jean-Marie Benoît Balla, l’évêque n’avait parlé à personne d’un souci quelconque. Physiquement, il ne présentait aucun signe apparent de maladie. « On était ensemble récemment encore lors de la célébration du 20 mai. On était assis avec lui à la tribune d’honneur », raconte Jean-Jacques Eloundou Fouda. D’autres proches de l’évêque n’ont pas non plus noté de changement dans ses habitudes ces derniers jours, sauf mardi.

Les zones d’ombre

Il est plus de 18h ce 31 mai. La sœur Scholastique est assise sur l’espace piéton du pont. C’est une proche collaboratrice de l’évêque de Bafia. Elle est visiblement affectée par cette disparition soudaine. La religieuse raconte que Mgr Jean-Marie Benoît Balla a pris son repas mardi entre 19h et 20h. Elle s’en souvient parce que la cuisinière du diocèse a quitté son travail peu après 20h.

Après avoir soupĂ©, raconte sĹ“ur Scholastique, le prĂ©lat s’est retirĂ© dans ses appartements privĂ©s. Aux environs de 23h, Mgr Jean-Marie BenoĂ®t Balla a quittĂ© le diocèse, contrairement Ă  ses habitudes. D’après le tĂ©moignage du vigile, l’évĂŞque avait pris lui-mĂŞme le volant du 4×4 retrouvĂ© sur le pont. Pourtant, d’après la sĹ“ur Scholastique, l’évĂŞque n’aimait pas conduire la nuit. De plus, il avait pour habitude, lorsqu’il sortait tout seul, de prendre son autre vĂ©hicule, une berline bleue de marque Toyota Ă©galement.


Autre curiosité

En quittant l’évêché, Mgr Jean-Marie Benoît Balla a dit furtivement au vigile qu’il partait sur Yaoundé. Une attitude que ne reconnaissent pas ses proches. Selon des propos d’un prêtre du diocèse de Bafia, corroborés par d’autres collaborateurs du disparu, Mgr Jean-Marie Benoît Balla prévenait toujours lorsqu’il se déplaçait. « S’il ne disait pas, il laissait un mot », affirme la sœur Scholastique.

Le 31 mai, le chauffeur de l’évêque s’est présenté au travail comme tous les matins. Le prélat n’avait pas fait signe de vie toute la matinée. Ses numéros de téléphone n’étaient pas disponibles. « Quand j’ai essayé de l’appeler et que ça ne passait pas, je n’ai pas insisté. Je me suis dit qu’il se reposait », raconte sœur Scholastique.

L’enquête est donc en cours. Elle essaiera de faire la lumière sur cette mystérieuse disparition qui crée le branle-bas sur les réseaux sociaux depuis cet après-midi. Lorsque nous quittions le pont d’Ebebda peu avant 19h, les plongeurs du corps des Sapeurs pompiers avaient commencé les recherches de la dépouille dans les eaux de la Sanaga, dans l’éventualité où il serait « dans l’eau » comme mentionné dans le message retrouvé dans son véhicule. La police scientifique, quant à elle, procédait à un examen méticuleux de l’automobile abandonné sur le pont.

 

 

 

 

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