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Ce n’est pas en 2018 que Paul Biya fera un miracle pour le Cameroun

Par Stephane Ntagmi

Plus que jamais, et inexorablement, Paul Biya prend le chemin du tribunal de la honte. N’en dĂ©plaise Ă  ses mentors, Ă  son personnel et Ă  tous ceux qui, comme lui, lorsqu’on Ă©voque le sujet de son dĂ©part Ă  la tĂŞte du pays, piquent une colère noire au point de s’oublier dans des propos et des attitudes d’une lĂ©gèretĂ© affligeante.

Le problème n’est pas d’aimer ou de ne pas aimer l’individu, encore moins de faire ou de ne pas faire des affaires avec lui, mais c’est que l’homme est tant convaincu qu’il est un « animal » politique qu’il en fait un peu trop, au point de jongler avec les principes et les mots comme si tout Ă©tait jouable et dĂ©pendait juste de sa capacitĂ© Ă  « rouler » les autres dans la farine comme l’ancien « bunkĂ©riste » d’Abidjan.

En fĂ©vrier 2008 au Cameroun, le rĂ©gime de Biya a offert un cocktail explosif de sentiments qui nous a fait « valser » de l’extase au dĂ©sappointement total au point que nombreux sont ceux qui se sont mis Ă  se demander Ă  haute voix s’il y a encore un Etat au Cameroun et si la sous-rĂ©gion ne courrait pas tout droit vers une implosion dont les consĂ©quences ne pourraient ĂŞtre qu’effroyablement catastrophiques.

En effet, après nous avoir fait rĂŞver dès son accession au pouvoir en 1982, ses propos rassurants et ses engagements Ă  travailler pour le dĂ©veloppement intĂ©gral du Cameroun, il n’a pas trouvĂ© mieux que de faire prospĂ©rer la descente du Cameroun en enfer, pendant que ses sbires et lui passent le temps Ă  piller l’Ă©conomie de l’Etat.

C’est nous prendre pour des canards sauvages que de penser que nous pouvons raisonnablement gober qu’il se reprĂ©sentera Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle de 2018. C’est injurier notre intelligence que de vouloir nous faire croire qu’il demeure le meilleur risque comme le claironne son entourage.

On a dĂ©jĂ  plus d’une fois entendu cette musique. Si en 33 ans, il n’a rien fait pour le Cameroun, ce n’est pas en se prĂ©sentant une fois de plus Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle de 2018 qu’il fera le miracle. Pour s’en convaincre, il suffit d’ouvrir les yeux et de voir entre quelles mains se trouvent les secteurs essentiels de l’Ă©conomie, du commerce, des plus importants projets, des sociĂ©tĂ©s d’Etat, et Ă  qui reviennent les marchĂ©s publics les plus juteux, etc.

A ce très inquiétant et sombre tableau, il faut ajouter la répartition ségrégationniste des actions de développement, selon les régions du pays. La fourberie et le mépris du régime pour les autres régions est constante.

Les hommes politiques et les intellectuels proches du parti au pouvoir, que nous interpellons aujourd’hui pour leur comportement, le savent et sont mal dans leur peau. Ils avouent en apartĂ© que la situation est mauvaise et que les dĂ©sĂ©quilibres vont croissants. Certains sont bien conscients, mais d’autres ne prennent conscience des disparitĂ©s et du mauvais traitement rĂ©servĂ©s Ă  eux et Ă  leur rĂ©gion que quand ils tombent en disgrâce et sont Ă©cartĂ©s des affaires.

C’est alors qu’ils dĂ©couvrent leur sociĂ©tĂ© de base ainsi que l’humiliation et le mĂ©pris dont ils sont quotidiennement l’objet de la part de leurs anciens maĂ®tres… MalgrĂ© tout, très peu d’entre eux ont le courage de prendre leurs responsabilitĂ©s, de rĂ©veiller les consciences et mener les actions utiles pour mettre fin aux inĂ©galitĂ©s.

Ils s’en trouvent qui se morfondent, s’avilissent davantage, multiplient les courbettes et le servilisme, vivant dans le sombre espoir de pouvoir rebondir politiquement un jour ou l’autre. Quelle dĂ©chĂ©ance et quelle honte!

D’autres encore sont dĂ©sabusĂ©s, dĂ©semparĂ©s et sombrent dans le fatalisme quand ils sont confrontĂ©s Ă  la vraie nature de ce rĂ©gime qui est le plus cynique de toute l’histoire politique de notre pays. Sous Paul Biya, les rapports politiques sont très pervertis.


L’un des principes en vigueur est : « dis-moi d’oĂą tu viens et je te dirai quelle est ta place ». Un simple tour dans les ambassades du Cameroun Ă  l’Ă©tranger en dit long car, la majoritĂ© des membres du personnel sont issus d’une mĂŞme ethnie. Cette annĂ©e 2018 est très dĂ©terminante pour notre vie politique. Elle est Ă©galement jalonnĂ©e d’embĂ»ches et de dangers pour notre dĂ©mocratie et l’unitĂ© nationale.

Chaque citoyen et chaque homme politique en particulier doit s’interroger sur son engagement politique et dĂ©cider si oui ou non il faut encore apporter son soutien Ă  Paul Biya et Ă  son système pour quelques miettes ou encore parce que le rĂ©gime ferme les yeux sur les larcins qu’ils commettent ici et lĂ .

Que l’on se comprenne bien ! Nous devons vivre ensemble et nous sommes tenus de vivre ensemble. C’est pourquoi nous osons dire toutes les vĂ©ritĂ©s, y compris celles qui dĂ©rangent. Notre objectif est de sauver ce qui peut l’ĂŞtre encore, c’est-Ă -dire, la paix et la cohĂ©sion nationale.

Il faut que tous les citoyens de ce pays se sentent Camerounais Ă  part entière et qu’il n’y ait pas certains qui se sentent exclus ou traitĂ©s comme des citoyens de seconde zone. C’est bien pourquoi nous mettons le doigt sur toutes ces questions sans aucun faux-fuyant.

En tout Ă©tat de cause, l’occasion est donnĂ©e aux citoyens d’exprimer leurs vraies prĂ©occupations et de dire « Non Ă  la candidature de Paul Biya en 2018 », Disons tous non Ă  l’imposture mĂŞme si nous sommes convaincus que les responsables du tripatouillage des urnes ne se seront jamais fatiguĂ©s devant leur salle besogne.

Paul Biya joue avec l’avenir du Cameroun. En s’accrochant au pouvoir, il prend tellement de risques qu’infailliblement cela finira par cramer un jour et pour de vrai. Les consĂ©quences du drame seraient alors si catastrophiques que le Cameroun « n’enviera » rien au LibĂ©ria ou Ă  la Sierra LĂ©one.

C’est tout naturellement alors que le sort de Biya calquera celui d’un Hissène HabrĂ© obligĂ© de vivre en exil et ne dormir que d’un il.

Stephane Ntagmi

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