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CĂ©lĂ©bration de la 36ème journĂ©e mondiale de l’alimentation au Cameroun

DĂ©claration du Gouvernement camerounais prĂ©sentĂ©e par Henri Eyebe Ayissi, ministre de l’Agriculture et du DĂ©veloppement rural, le 11 novembre 2016

Mesdames, Messieurs Chers Collègues Membres du Gouvernement,

Distingués Représentants de la FAO et du PAM

Madame la Vice – PrĂ©sidente de la Chambre d’Agriculture, des PĂŞches, de l’Elevage et des ForĂŞts

Mesdames, Messieurs les journalistes, représentant les médias invités,
Mesdames, Messieurs,

Il n’est plus de doute que les consĂ©quences des changements climatiques sont dĂ©sastreuses pour l’HumanitĂ© entière. Les impacts de ces mutations dangereuses interviendront et se confirmeront davantage dans le futur. Les premiers signes se manifestent dĂ©jĂ  aujourd’hui. Ils sont largement perceptibles dans divers endroits, Ă  travers le monde.

La fonte des glaciers et la montĂ©e du niveau de la mer provoquent des inondations ravageuses. L’augmentation de la tempĂ©rature et l’accroissement des Ă©missions des gaz Ă  effet de serre favorisent l’avènement des ouragans et des tempĂŞtes. Les sĂ©cheresses prolongĂ©es poussent les agriculteurs et les Ă©leveurs Ă  chercher d’autres terres, occasionnant, de ce fait, les conflits territoriaux et l’exode des populations.

Les changements climatiques et leurs consĂ©quences mĂ©tĂ©orologiques favorisent la raretĂ© de la ressource en eau, la rĂ©currence des Ă©pidĂ©mies et maladies dues Ă  un assainissement insuffisant du milieu, et enfin l’augmentation des invasions ravageurs, qui affectent nĂ©gativement la productivitĂ© agricole et compromettent la sĂ©curitĂ© alimentaire.

Le Cameroun n’Ă©chappe malheureusement pas Ă  cette rĂ©alitĂ© planĂ©taire et Ă  cette tendance dramatique. En effet, avec sa grande diversitĂ© gĂ©o-climatologique, notre pays vit, lui aussi, sous la menace des changements climatiques.

Selon le document « Seconde Communication Nationale sur les changements climatiques », produit par le Gouvernement Camerounais, le secteur de l’agriculture a reprĂ©sentĂ© la plus importante source des Ă©missions de Gaz Ă  Effet de serre (GES), dans notre pays, avec 76% des Ă©missions totales. Le secteur de l’Ă©nergie vient en seconde position, avec 16% des Ă©missions, suivi du secteur des dĂ©chets avec 7% et le secteur des procĂ©dĂ©s industriels avec 1%.

Les Ă©missions des gaz Ă  effet de serre attribuables au secteur de l’agriculture rĂ©sultent des processus biologiques, amplifiĂ©s avec le dĂ©veloppement agricole, Ă  travers 05 foyers Ă©metteurs :
-le cheptel domestique, par le canal de la fermentation entérique et la gestion du fumier ;
-la riziculture ;
-le brûlage dirigé des savanes ;
-le brûlage sur place des résidus agricoles ;
-les sols cultivés.

Les gaz Ă©mis par ce secteur sont constituĂ©s du mĂ©thane (Ă©levage et sols), du protoxyde d’azote (fertilisation azotĂ©e et gestion des dĂ©jections animales) et du dioxyde de carbone (consommation d’Ă©nergie).

Les observations faites au niveau national rĂ©vèlent une Ă©lĂ©vation des tempĂ©ratures de l’ordre de 0,7 degrĂ©s centigrades de 1960 Ă  2007, combinĂ©e avec une diminution sensible des prĂ©cipitations de l’ordre de 22% au cours de la mĂŞme pĂ©riode. Dans ce domaine agricole, pour cette annĂ©e 2016, plusieurs rĂ©gions du Cameroun ont connu l’invasion de vastes superficies par les chenilles dĂ©foliatrices. Il s’agit principalement des rĂ©gions du Centre, du Sud, de l’Est et de l’Ouest. Plusieurs autres invasions et attaques des cultures, notamment les foreurs de tiges, les oiseaux granivores, les criquets pèlerins et migrateurs, sont devenues plus rĂ©currentes.

Des projections font Ă©tat, dans les annĂ©es Ă  venir, d’une augmentation des tempĂ©ratures annuelles moyennes de 1,0 Ă  2,9 degrĂ©s centigrades d’ici 2060, et de 1,5 Ă  4,5 degrĂ©s centigrades d’ici 2090 ; d’un changement des prĂ©cipitations allant de -8% Ă  +17% en 2090.
Ces changements climatiques ont pour consĂ©quence une diminution drastique de la production agricole, qui est une cause directe des crises alimentaires. L’Ă©valuation de la vulnĂ©rabilitĂ© montre que l’agriculture est le secteur le plus vulnĂ©rable aux changements climatiques. Ce secteur, qui occupe 60% des Camerounais, dĂ©pend largement des pluies (agriculture pluviale largement dominante) ; ce qui le rend très sensible aux variations de la pluviomĂ©trique et aux sĂ©cheresses.

Mesdames, Messieurs,
Pour faire face Ă  ces impacts, toutes les sociĂ©tĂ©s doivent s’adapter. Cette Ă©vidence a fini par s’imposer, ces dernières annĂ©es, comme l’une des rĂ©solutions incontournables pour une organisation globale et mĂ©thodique de la lutte contre les changements climatiques.

En cette annĂ©e 2016, la JournĂ©e Mondiale de l’Alimentation a Ă©tĂ© placĂ©e, par les Nations Unies, sous le prisme de la rĂ©flexion concernant les voies et moyens Ă  mettre en uvre, en vue de permettre Ă  l’alimentation et Ă  l’agriculture de s’adapter aux effets nĂ©fastes des changements climatiques, sous le thème : « Le climat change, l’alimentation et l’agriculture aussi ».

Le choix de cette thĂ©matique traduit la volontĂ© affirmĂ©e des Etats et de la communautĂ© internationale, sous le leadership des Nations Unies, au lendemain de l’entrĂ©e en vigueur de l’Accord de Paris, le 05 octobre 2016, d’adopter une dĂ©marche commune dans le processus de rĂ©duction des Ă©missions mondiales des gaz Ă  effet de serre. Cette thĂ©matique reflète Ă©galement la nĂ©cessitĂ© de combiner, pour une plus grande efficacitĂ© de l’action mondiale, les principes d’attĂ©nuation et d’adaptation aux impacts des changements climatiques.

Pour le Cameroun, cette volontĂ© a Ă©tĂ© affirmĂ©e, au sommet de l’Etat, par Monsieur le PrĂ©sident de la RĂ©publique, Son Excellence Paul Biya, lors de Son Intervention Ă  la COP 21 de Paris en France, quand il dĂ©clarait : je cite « Le Cameroun, faible Ă©metteur de gaz Ă  effet de serre, entend poursuivre sa contribution Ă  leur rĂ©duction » fin de citation.

Le Cameroun, notre pays, a engagĂ©, dans cette optique, de nombreuses actions, ayant avec pour objectif de dĂ©velopper des mesures d’attĂ©nuation et d’adaptation de l’Agriculture aux changements climatiques.

L’on peut mentionner, entre autres :
-la rĂ©vision de la loi portant rĂ©gime de l’eau pour mieux adapter la gestion intĂ©grĂ©e des ressources en eau aux changements climatiques et autres prĂ©occupations innovantes ;

-l’Ă©laboration des programmes de recherche, pour une meilleure connaissance des impacts des changements climatiques sur les systèmes de production dans diffĂ©rentes zones agro- Ă©cologiques ;

-l’identification et la vulgarisation d’approches et de pratiques d’adaptation des systèmes de production aux changements climatiques ;

-l’Ă©laboration et la conduite de recherches sur la sĂ©lection des matĂ©riels gĂ©nĂ©tiques amĂ©liorĂ©s, capables de fournir un rendement amĂ©liorĂ©, de rĂ©sister aux maladies et aux changements climatiques ;

-l’appui Ă  la mise en uvre des projets de gĂ©nĂ©ration de crĂ©dits carbones ;

-des actions en faveur de la diminution des gaz Ă  effet de serre ;

-la création et de la redynamisation de la gestion des stations agro- météorologiques ;


-la production rĂ©gulière d’informations biophysiques, socioĂ©conomiques et environnementales sur les changements climatiques ;

-l’ouverture des centres et Ă©coles de formation continue des techniciens d’appui conseil formĂ©s aux nouvelles techniques de production et d’adaptation aux changements climatiques ;

-l’amĂ©lioration de la couverture du territoire national, avec un rĂ©seau viable de stations mĂ©tĂ©orologiques rĂ©pondant aux normes de l’Organisation MĂ©tĂ©orologique Mondiale (OMM) ;

-la mise en uvre d’un système d’information sur l’eau, pour une meilleure connaissance de la quantitĂ© de la ressource de la ressource disponible et mobilisable ;

-le renforcement et la redynamisation des programmes de reboisement ;

-l’Ă©laboration, la diffusion et la pĂ©rennisation des calendriers culturaux ;

-la crĂ©ation, la vulgarisation des banques fourragères et l’amĂ©lioration des zones de pâturages intercommunautaires ;

-le déplacement des populations installées dans les zones à risques ;

-l’information, Education, Communication (IEC) Ă  l’adaptation aux changements climatiques ;
-Etc.

A ce jour, ces actions ses sont concrétisées sur différents points précis :
-crĂ©ation et opĂ©rationnalisation d’un Observatoire National des Changements Climatiques (ONACC) ;

-Ă©laboration et opĂ©rationnalisation d’un Plan National d’Adaptation aux Changements Climatiques ;

-lancement du processus de rĂ©vision de la loi portant rĂ©gime de l’eau et d’une politique nationale de l’eau pour une meilleure gestion intĂ©grĂ©e de la ressource adaptĂ©e aux grandes mutations Ă  venir ;

-Ă©laboration et adoption d’une politique agricole en cohĂ©rence avec l’Ă©conomie verte ;

-développement des marchés émergents pour les services environnementaux, comme le « Reduction Emission from Forest Degradation » (REDD+) ;

-signature, par le Cameroun et l’Union EuropĂ©enne, de l’Accord de Partenariat Volontaire FLEGT (APV-FLEGT), adoptĂ© en 2003 par l’Union EuropĂ©enne, qui est un nouvel outil de contrĂ´le de l’exploitation lĂ©gale des forĂŞts ;

-identification, avec la Banque Mondiale, d’un Projet rĂ©gional d’appui Ă  la mise en uvre du plan de dĂ©veloppement et d’adaptation au changement climatique dans la zone du Lac Tchad ;

-ouverture d’une filière de MĂ©tĂ©orologie Ă  l’Ecole Nationale SupĂ©rieure Polytechnique de l’UniversitĂ© de YaoundĂ© I.
Ces actions ses sont concrĂ©tisĂ©es Ă©galement, au niveau interne, au sein du Ministère de l’Agriculture et du DĂ©veloppement Rural, par :

-la crĂ©ation d’une Equipe Focale Changements Climatiques « Volet Agriculture », dans le but de mieux prendre en compte la problĂ©matique de l’adaptation de l’agriculture aux changements climatiques ;

-la rĂ©alisation d’une Ă©tude de prĂ©faisabilitĂ© sur la gestion des risques agricoles, qui prend en compte la gestion du risque climatique en agriculture, notamment la possibilitĂ© d’introduire des produits d’assurance indicielle sur certaines chaines de valeur agricoles, dans le but de rĂ©duire la vulnĂ©rabilitĂ© des producteurs aux chocs et risques liĂ©s aux changements climatiques ;

-la mise en uvre d’un Programme d’Appui Ă  la SĂ©curisation et la Gestion IntĂ©grĂ©e des Ressources Agropastorales (ASGIRAP) dans les RĂ©gions septentrionales du Cameroun.

Mesdames, Messieurs,
Comme nous pouvons le constater, le Climat, l’Agriculture et l’Alimentation sont des domaines Ă©troitement liĂ©s. Leur corrĂ©lation exige, de la part de tous et de chacun, pro activitĂ© et adaptabilitĂ© pour parvenir Ă  une productivitĂ© optimale et efficiente de nos terres, combinant la double exigence de satisfaction de nos besoins de production Ă  travers nos multiples activitĂ©s dans diffĂ©rents domaines et de respect des lois incontournables de la Nature qui rĂ©gissent notre environnement.

En substance et pour conclure ce message du Gouvernement de la RĂ©publique du Cameroun, au titre de la 36 è Ă©dition de la JournĂ©e Mondiale de l’Alimentation, nous lançons le prĂ©sent appel :
« uvrons ensemble pour l’adaptation de notre agriculture et de notre alimentation aux exigences de la lutte contre les changements climatiques. Assurons, ce faisant, un dĂ©veloppement durable dans notre pays, en phase avec la mobilisation planĂ©taire actuellement en cours dans ce domaine » ; thĂ©matique au c ur des importantes assises de la COP22 qui se poursuivent prĂ©sentement Ă  Marrakech au Maroc.
Je vous remercie.

Henri Eyebe Ayissi
Minader


Intégration)/n

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