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Chiches, les riches!

Par Michel Lobé Etamé, journaliste

Ça y est. Nous avons eu droit Ă  notre traditionnel rapport sur la rĂ©partition de la richesse mondiale. Ce travail d’orfèvre est l’ uvre de l’ONG britannique Oxfam. Qu’est-ce que nous y apprenons ? L’information a pourtant fait le tour du monde : le patrimoine cumulĂ© des 1% des plus riches du monde dĂ©passe celui des autres 99% de la population. Autrement dit, 62 hyper riches de notre planète possèdent autant que la moitiĂ© la plus pauvre de la population mondiale.

Le rapport d’Oxfam n’est donc qu’un clin d’ il Ă  tous ceux qui participeront du 20 au 23 janvier, Ă  la 46ème Ă©dition du Forum de Davos. C’est aussi une preuve que le fossĂ© qui sĂ©pare la minoritĂ© des riches et la majoritĂ© des pauvres est de plus en plus large. Les rapports alarmants depuis une dĂ©cennie de la Banque Mondiale, du l’Onu et de l’OMC n’y changent rien. Le dĂ©sĂ©quilibre financier en cours se justifie par les politiques financières libĂ©rales qui ont remplacĂ© les politiques Ă©conomiques de production.

Pendant la guerre froide, ces chiffres auraient fait bondir nos intellectuels de gauche, le monde ouvrier et quelques nostalgiques du communisme. Mais la mondialisation a réussi à apaiser les climats. Nous nous retrouvons tous dans la même idéologie : le libéralisme.

Le climat consensuel imposĂ© par les puissants financiers n’a pas seulement crĂ©Ă© des inĂ©galitĂ©s. Il a rĂ©uni de nouvelles conditions pour enrichir rapidement de plus en plus les de riches. Parmi ceux-ci, on trouve les maĂ®tres absolus du numĂ©rique et de ses dĂ©rivĂ©s, les industriels de l’armement. Ces deux secteurs de l’activitĂ© ont de beaux jours devant eux.

Les riches toujours plus riches

Le rapport d’Oxfam n’a surpris personne. Face Ă  la rĂ©signation des femmes et des hommes, les inĂ©galitĂ©s vont se poursuivre. Le libĂ©ralisme nous a appris que nous n’avons pas d’alternatives pertinentes pour un autre modèle Ă©conomique et social. Le communisme est mort parce qu’il Ă©tait grossier, mensonger et ringard. Il Ă©tait contre-productif. L’AmĂ©rique a exportĂ© son modèle social en Europe après la guerre. Le capitalisme a crĂ©Ă© des emplois et une richesse qui a vu une classe moyenne Ă©merger et consommer.

Mais les crises financières et sociales successives ont vu les multinationales dĂ©localiser leurs productions. Le chĂ´mage s’est installĂ© durablement en Europe. Certains l’ont pris au dĂ©part comme un Ă©piphĂ©nomène. Mais la rĂ©alitĂ© est lĂ . La classe moyenne est en voie de paupĂ©risation. Elle ne consomme plus. Pire, elle constitue un lot important parmi les chĂ´meurs.

Face Ă  ce drame Ă©conomique et social, les riches ont vu croĂ®tre leurs revenus de manière exponentielle. Les nouveaux pauvres ont vu de nouveaux impĂ´ts Ă©gratigner leurs maigres revenus. Les riches, qui ne sont pas Ă  court d’idĂ©es ont multipliĂ© de subterfuges. Ils ont multipliĂ© les paradis fiscaux.

Le rapport accablant d’Oxfam n’est pas une surprise. En effet, depuis le dĂ©but du siècle en cours, la moitiĂ© la plus pauvre de l’humanitĂ© a bĂ©nĂ©ficiĂ© de moins de 1% de l’augmentation totale des richesses mondiales. Pendant ce temps, 1% des plus riches s’est partagĂ© la moitiĂ© de cette hausse.


Paradis fiscaux et autres complaisances du libéralisme
Les multinationales ont profitĂ© des commoditĂ©s de l’optimisation fiscales pour placer leurs bĂ©nĂ©fices dans les paradis fiscaux et Ă©chapper Ă  l’impĂ´t sur les revenus. Les forces vives, celles qui travaillent nuit et jour ont vu leurs impĂ´ts augmenter rĂ©gulièrement, sous des formes pernicieuses. Le pouvoir d’achat s’est donc considĂ©rablement affaibli, plongeant les Ă©conomies occidentales dans une rĂ©cession qui ne dit pas son nom. Le chĂ´mage s’est installĂ© durablement et aucun signe Ă  l’horizon ne permet aujourd’hui d’inverser sa courbe.

Pire, l’ubĂ©risation programmĂ©e du travail va encore fragiliser l’Ă©quilibre social. A cette note douloureuse, nous pouvons ajouter l’harmonisation des pensions de retraite Ă  l’Ă©chelle europĂ©enne et la baisse des prestations sociales.

Le forum de Davos qui vient de s’ouvrir n’annonce donc comme une boĂ®te de Pandore oĂą des mesures coercitives n’apporteront que des rĂ©sultats inadaptĂ©s.

L’Ă©conomie libĂ©rale n’a pas fini de jeter sur la chaussĂ©e des enfants, des femmes et des hommes. Elle brise tout doucement le lien social, la capacitĂ© de rĂ©flĂ©chir librement, d’exister et de participer activement Ă  la construction d’un nouveau modèle social plus Ă©galitaire et mois hiĂ©rarchisĂ©. Chiches, les riches !


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