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David Meehan: «Sundance veut exploiter le fer de Mbalam avec et pour le Cameroun»

Intervenant lors du dernier forum minier, le directeur des opĂ©rations de cette entreprise a acceptĂ© de faire le point sur le projet de fer de Mbalam et donner ses impressions Ă  l’issue des travaux

Monsieur Meeham, vous avez Ă©tĂ© un des intervenants du deuxième forum minier du Cameroun, pouvez-vous nous donner vos impressions Ă  l’issue des activitĂ©s?
J’ai Ă©tĂ© très impressionnĂ© par le forum minier qui vient de s’achever, et cela sur plusieurs points. Le choix des sujets combinĂ© Ă  la qualitĂ© des intervenants a fait que les diffĂ©rentes sessions Ă©taient très informatives. D’un autre cĂ´tĂ©, j’ai aussi Ă©tĂ© marquĂ© par le niveau d’intĂ©ressement des participants, de nombreuses questions pertinentes ont Ă©tĂ© posĂ©es, et cela dĂ©montre le degrĂ© d’intĂ©rĂŞt que la sociĂ©tĂ© civile de ce pays porte Ă  l’endroit du dĂ©veloppement minier. Je pense que c’est une bonne chose et personnellement j’ai apprĂ©ciĂ© Ă  juste titre les trois jours de travail.

Quelle est la leçon la plus importante que vous avez apprise de ce forum?
Je ne me limite pas juste pas aux leçons apprises, mais aujourd’hui je m’intĂ©resse aux changements que je pourrais apporter Ă  partir de ce que j’ai appris. Dans tout engagement, le plus important est la communication qui peut exister entre les diffĂ©rentes parties prenantes. Dans ce forum, on a entendu le gouvernement, les investisseurs privĂ©s mais aussi le point de vue des tierces parties prenantes. Je pense que ce sont ces diffĂ©rents Ă©changes qui peuvent ĂŞtre importants, car le secteur minier industriel est encore nouveau au Cameroun, il entraine beaucoup d’implication, tant sur le plan de l’environnement que sur les habitudes des personnes, donc il y a vraiment une nĂ©cessitĂ© de communiquer, ĂŞtre transparent sur chaque chose qu’on veut entreprendre, d’impliquer toutes les parties prenantes dans la sociĂ©tĂ© et les communautĂ©s locales, et c’est ce Ă  quoi on a assistĂ© et que j’ai retenu d’une certaine manière dans ce forum.

Justement parlant de dĂ©marche inclusive, Sundance Ressources a toujours Ă©tĂ© assez transparent dans la conduite de ses affaires en rendant publiques les informations sur l’Ă©volution de l’entreprise. De nombreuses ONG locales se demandent si vous poursuivrez dans cette dĂ©marche une fois la convention minière en poche, en rendant public par exemple le contrat avec le gouvernement camerounais?
Je ne pense pas qu’il nous revienne Ă  nous de rendre public aux yeux de l’opinion camerounaise le contrat que nous aurons eu avec le gouvernement du Cameroun. C’est d’abord l’opportunitĂ© et la responsabilitĂ© du gouvernement lui-mĂŞme. La convention minière si elle est obtenue nous liera Ă  ce gouvernement. D’un autre cĂ´tĂ©, je ne vois pas un aspect de ce contrat pour lequel je devrais ĂŞtre mĂ©content au point oĂą on dĂ»t le soustraire de l’opinion publique. Mais il est important que si nous prenons ce chemin, que nous puissions ĂŞtre soutenus par notre partenaire Ă  savoir le gouvernement local.

Vous ĂŞtes intervenu dans le cadre du forum minier, mais vous ĂŞtes aussi le directeur des opĂ©rations de Sundance Ressources pour le projet Mbalam et on imagine que vous profitez de l’occasion de votre prĂ©sence pour suivre les affaires, Ă  quel niveau de discussion ĂŞtes-vous avec le gouvernement aujourd’hui?
Je dois tout d’abord dire que ce pays offre de nombreuses opportunitĂ©s, tant pour les investisseurs que pour le gouvernement du Cameroun et son peuple, de sorte qu’on puisse les saisir ensemble et travailler dans un esprit de gagnant-gagnant. Vous savez, nous travaillons sur ce projet depuis près de 5 ans, mais ces deux derniers mois, depuis que le gouvernement du Cameroun a mis en place un comitĂ© de haut niveau pour suivre son Ă©volution, les progrès se sont accĂ©lĂ©rĂ©s et de part et d’autre, on sent une rĂ©elle volontĂ© de parvenir le plus rapidement possible Ă  une convention minière, afin que le dĂ©but de la phase d’exploitation devienne effectif. En principe avec le gouvernement nous devons Ă©tablir la manière dont les discussions sur les termes de la convention minière vont se dĂ©rouler. Nous espĂ©rons pouvoir se mettre d’accord sur l’essentiel des termes de la convention. Mais Ă©videmment cela ne veut pas dire que la convention est acquise, il y a et aura encore des points qui doivent faire l’objet de discussion, mais nous ressentons l’engagement dans les deux parties, Ă  parvenir Ă  un accord sur le projet d’ici la fin de l’annĂ©e.

Il existe aujourd’hui comme une divergence de point de vue entre votre entreprise et le gouvernement camerounais, notamment sur le chemin de fer. Le gouvernement le veut optimal et ouvert et vous souhaitez une ligne dĂ©diĂ©e et restreinte, vous ĂŞtes ensuite concernĂ© par le problème du chevauchement avec des aires protĂ©gĂ©es et enfin sur la question de l’emploi, le gouvernement veut plus de nationaux, mais vous voulez que cela soit progressif, votre avis sur ces divergences?
Je dois dire que le fait qu’il y ait des divergences ne nous pose pas de problème. C’est d’ailleurs normal, cela rentre dans la nature des hommes. Une fois qu’un projet est trop grand, on ne peut pas s’attendre Ă  ce que tout le monde soit d’accord. C’est vrai pour le dĂ©veloppement, c’est vrai pour les affaires, on ne peut Ă©viter les divergences et on ne doit pas chercher Ă  les Ă©viter. Vous parlez des aires protĂ©gĂ©es, nous avons travaillĂ© et continuons de le faire, pour Ă©viter au maximum les aires protĂ©gĂ©s. C’est pour nous une prĂ©occupation rĂ©elle. Nos Ă©quipes sont ouvertes pour s’y mettre avec l’administration, les organisations de la sociĂ©tĂ© civile et les populations concernĂ©es. Pour ce qui est du chemin de fer, je reconnais que c’est un des points critiques de nos discussions avec le gouvernement camerounais. Ce que je dois dire c’est que nous comprenons très bien les objectifs et la volontĂ© du gouvernement de ce pays. D’un autre cĂ´tĂ©, il n’existe pas ce type de chemin de fer en Afrique centrale et donc tout le monde ne comprend pas de quoi on parle. Mais il y a une chose, qui doit ĂŞtre dite, c’est que lorsque vous n’avez pas encore vu Ă  quoi ressemble un chemin de fer lourd pour transport de minerais, vous ne pouvez pas imaginer ce que c’est. Or d’une certaine manière, c’est ce qu’il faut pour une exploitation optimale du fer de Mbalam. C’est quoi un chemin de fer lourd, c’est d’abord une seule ligne, parce qu’on ne peut pas faire deux voies, une seule dĂ©jĂ  coute 3 milliards de Dollars (1500 milliards de CFA). Maintenant, on aura des trains avec des wagons de près de 2 kilomètres qui passeront Ă  intervalles de 15 minutes, du coup c’est difficile d’intercaler des trains civils. Nous avons le projet d’emmener une dĂ©lĂ©gation camerounaise en Australie, pour en faire l’expĂ©rience et nous espĂ©rons nous comprendre par la suite, car les discussions se poursuivent. Alors ce que nous disons, c’est que le type de chemin de fer optimal pour le projet ne peut relier plusieurs localitĂ©s, pour des raisons de sĂ©curitĂ©, et de protection des riverains.

De nombreuses ONG s’intĂ©ressent aussi Ă  votre politique de responsabilitĂ© sociĂ©tale des entreprises (RSE), et se demandent quelle sera votre particularitĂ© dans ce domaine?
Il y’a beaucoup de chose qui sont faits Ă  notre niveau. D’abord, nous avons introduit dans notre politique d’investissement, tous les aspects fondamentaux relatifs Ă  la RSE. Nous emmenons aussi toutes nos Ă©quipes de travail Ă  s’approprier cet aspect des choses comme de tout notre esprit afin qu’elles en soient conscientes, lorsqu’elles accomplissent leurs missions. La deuxième chose c’est qu’Ă  chaque fois les Ă©quipes de travail recevront des formations sur la meilleure manière de faire les choses. Enfin nous attribuerons un budget consĂ©quent pour intervenir dans le but de faire que le projet soit durable dans son environnement. Les investissements miniers c’est vrai ont un grand impact sur leurs environnements. Nous allons mettre un point d’honneur Ă  avoir des Ă©quipes qui vont travailler sur le meilleur moyen de collaborer avec les communautĂ©s locales, comprendre ce qu’elles veulent et comment on peut les aider Ă  suivre l’Ă©volution des choses.

David Meehan, directeur des opérations de Sundance

Journalducameroun.com)/n


Justement lors de votre intervention dans le forum, vous avez annoncé consacrer 0,5% de vos profits au financement de la RSE, comment cela va se passer?
C’est justement le budget dont je parlais, nous pensons travailler avec des partenaires, soit l’administration, soit des ONG, soit les communautĂ©s locales directement, soit les trois en mĂŞme temps, le moment venu cela se dĂ©cidera.

Vous avez travaillĂ© pendant de longues annĂ©es sur le projet de Mbalam et maintenant, vous avez dĂ©cidĂ© de le vendre aux chinois. Au Cameroun, l’opinions se demande pourquoi?
Une question intĂ©ressante et complexe. Ce que je dois dire c’est que l’entreprise Sundance Ressources, est enregistrĂ© au registre de protections des transactions (Bourse) en Australie. Nous avons aujourd’hui et Ă  ce titre près de 24 000 actionnaires qui sont les vrais propriĂ©taires de la compagnie, ce n’est ni moi, ni un autre dirigeant qui en est propriĂ©taire. L’entreprise est cotĂ©e en bourse, la loi qui s’applique d’ailleurs Ă  toutes les bourses du monde, veut que si une tierce personne manifeste l’intĂ©rĂŞt d’acheter des actions d’une entreprise Ă  un montant intĂ©ressant, l’Ă©quipe de direction doit le faire savoir aux actionnaires, afin que ceux-ci prennent la dĂ©cision. Nous ne sommes pas allĂ©s voir Hanlong (le futur propriĂ©taire chinois). Ils ont fait une offre publique d’achat, que nous avons transmis conformĂ©ment Ă  la loi aux actionnaires, qui ont marquĂ© leur accord. Mais je dois dire que notre objectif initial Ă©tait de trouver une entreprise qui pouvait nous accompagner dans l’investissement sur ce projet qui demande quand mĂŞme 5 milliards de Dollars (2500 milliards de FCFA), et cela a Ă©tĂ© complexe. Hanlong s’est proposĂ© de reprendre des actions. Il y a eu une première offre rejetĂ©e parce que non satisfaisante, il y a ensuite eu une seconde offre qui Ă©tait satisfaisante, et la direction l’a soumise aux actionnaires.

OĂą en est-on aujourd’hui avec cette entrĂ©e sur scène des chinois et qu’est-ce que cela implique?
Lorsqu’une telle offre est soumise aux actionnaires, ils votent selon une règle qui permet de dĂ©terminer la majoritĂ©. Si la majoritĂ© est pour, l’entreprise est cĂ©dĂ©e et si la majoritĂ© est contre il n’y a pas cession. Qu’est-ce que cela signifie pour le Cameroun. Cela signifie d’abord, que Sundance continue d’ĂŞtre la maison mère de Camiron. Or il faut bien comprendre que Sundance Ressources ne disparait pas. C’est juste qu’au lieu d’avoir 24 000 actionnaires, il en aura un seul et qui s’appellera Hanlong.

GĂ©nĂ©ralement lorsqu’on parle des investissements chinois, il y a aujourd’hui le fait qu’on leur reproche de n’a pas s’intĂ©resser aux questions d’environnement, de recrutement de la main d’ uvre locale. Comment cela va se passer?
Je ne voudrais pas faire ce procès, mais je ne pense pas que cela sera le cas avec ce projet. Bien qu’ayant un actionnaire unique, l’Ă©quipe dirigeante pourra rester en place. D’un autre cĂ´tĂ©, au cours de nos derniers Ă©changes, Hanlong a promis aux gouvernements du Cameroun et du Congo puisque nous y sommes aussi, qu’elle respecterait les engagements que Sundance a pris par le passĂ© et les mettrait en uvre. Il y aura Ă©videmment des changements, parce qu’une entreprise rachetĂ©e provoque toujours des changements. Mais ils ont promis de garder les standards, de garder la politique gĂ©nĂ©rale et nous leur faisons confiance, les gouvernements camerounais et congolais semblent aussi leur faire confiance.

Un aspect aussi intĂ©ressant de cette transaction, c’est qu’on apprend que le Cameroun pourrait toucher quelque chose, un bonus sur la vente?
Ce n’est pas exactement cela. En rĂ©alitĂ© lorsque Hanlong achète des actions de Sundance, l’argent va aux actionnaires, c’est eux qui acceptent de laisser leurs parts. Maintenant, avec le gouvernement camerounais il se fait que le code minier, donne droit d’office Ă  un total de 10% des actions de l’entreprise. C’est cette part-lĂ  qui revient au Cameroun. Mais maintenant, nous discutons avec les autoritĂ©s pour voir si le gouvernement peut s’engager Ă  obtenir des parts supplĂ©mentaires, contre dĂ©boursement d’un investissement. Ce qui est sĂ»r, c’est que d’ici qu’on en arrive Ă  la convention minière, les parts du Cameroun devraient pouvoir connaitre une Ă©volution.

Un dernier mot pour nos lecteurs et un message pour les populations de Mbalam, qui espèrent que l’exploitation du fer dĂ©butera vite, que ce projet va changer leurs vies, mais aussi quel message pour le gouvernement qui attend des retombĂ©es de ce projet essentiel pour sa stratĂ©gie de dĂ©veloppement?
Je partage aussi leurs espoirs Ă  tous, et celui surtout que ce que nous faisons changera des vies et en bien. Le deuxième message est que nous sommes ouverts. Toute personne qui pense qu’il peut apporter quelque chose de substantielle, Ă  la mise en uvre durable et pertinente de ce projet ne doit pas hĂ©siter Ă  nous faire signe. Nous somme entièrement ouvert. Personne ne doit avoir la crainte de nous approcher, nous voulons travailler avec tout le monde. Parce que nous sommes convaincus que c’est de cette manière que les choses seront le mieux possible.

David Meehan lors du forum minier

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