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Dépistage obligatoire du VIH: la société civile contre la décision du Minsanté

Par Alphonse Ayissi Abena, président national de la Fondation camerounaise des consommateurs

Dans une correspondance adressĂ©e Ă  Mama Fouda, la Fondation camerounaise des consommateurs rappelle que le caractère systĂ©matique du dĂ©pistage au VIH est contraire aux recommandations de l’OMS. Une dĂ©cision qui selon cette association aura une incidence nĂ©gative au sein des populations. Plusieurs patients seront de plus en plus rĂ©fractaires Ă  se prĂ©senter dans les formations sanitaires.

[La correspondance adressée au ministre camerounais de la Santé publique André Mama Fouda]

Objet : Dépistage systématique du VIH

Monsieur le Ministre,
En date du 22 juin 2016, vous avez rendu public une note d’information dans laquelle vous rendez systĂ©matique le dĂ©pistage du VIH. La Fondation camerounaise des consommateurs a pris acte, et par la prĂ©sente correspondance, souhaite-vous apporter quelques rĂ©serves.
La Fondation camerounaise des consommateurs, considère en effet que l’obligation, dans les circonstances prĂ©vues ci-dessus, n’est pas la manière la plus appropriĂ©e pour protĂ©ger les patients et par la mĂŞme occasion les populations de notre pays.

Monsieur le Ministre, nous ne doutons point de votre volontĂ© de protĂ©ger les Camerounais contre le virus du VIH, cependant, votre mĂ©thode viole l’Ă©thique et le droit des patients.

Le caractère obligatoire contrarie l’approche mĂ©dicale du consultant et entrave le suivi thĂ©rapeutique et psychologique. Dans le cas du VIH et du sida, maladie transmissible et non contagieuse, l’annonce du statut de sĂ©ropositivitĂ©, qui concerne la vie Ă  venir de l’intĂ©ressĂ©, faite froidement et parfois par simple voie administrative (courrier de laboratoire) aura le plus souvent des effets nĂ©gatifs : angoisse, solitude pour le sujet et tentative de suicide.

Les tests de dĂ©pistage obligatoire du VIH sont contraires Ă  l’esprit de nos engagements internationaux, notamment les recommandations de l’OMS et ONU/SIDA. Pour l’Organisation Mondiale de la SantĂ©, le test de dĂ©pistage doit ĂŞtre volontaire et il faut reconnaĂ®tre le droit de la personne Ă  le refuser. Le dĂ©pistage obligatoire ou contraint par un prestataire de soins, une autoritĂ©, un partenaire ou un membre de la famille n’est pas acceptable, car il compromet les bonnes pratiques de la santĂ© publique et constitue une violation des droits de l’homme. Raison pour laquelle l’OMS a dĂ©fini cinq Ă©lĂ©ments essentiels, les «5 C», Ă  respecter et Ă  observer par tous les services de conseil et dĂ©pistage : Consentement Ă©clairĂ©, ConfidentialitĂ©, Conseil, rĂ©sultats Corrects du dĂ©pistage et Connexion/lien avec la prĂ©vention, les soins et le traitement.


A titre de rappel, il existe une pĂ©riode de latence entre la contamination et la sĂ©roconversion. Un test pratiquĂ© dans cette pĂ©riode et concluant Ă  la sĂ©ronĂ©gativitĂ© peut conduire l’individu Ă  un sentiment fallacieux de sĂ©curitĂ©, s’il n’est pas informĂ© de ce fait. Il faudrait en consĂ©quence refaire le test pĂ©riodiquement, si l’on veut maintenir le cap d’une politique fiable de santĂ© publique. S’il y avait au contraire le dialogue souhaitĂ© et les explications nĂ©cessaires fournies par les mĂ©decins ou Ă©ventuellement d’autres intervenants sanitaires et sociaux, la responsabilisation de l’individu serait rendue plus aisĂ©e.

Les tests de dĂ©pistage obligatoire du VIH constituent la non prise en considĂ©ration des vĂ©ritables dĂ©terminants socioculturels et Ă©conomiques de l’impact du VIH/SIDA au sein de nos populations qui seront de plus en plus rĂ©fractaires Ă  se prĂ©senter dans les formations sanitaires.

Monsieur le Ministre, suffit-il de dépister systématiquement pour faire reculer la prévalence VIH/sida?

L’utilitĂ© thĂ©rapeutique de connaĂ®tre une sĂ©ropositivitĂ© par le VIH ne peut ĂŞtre discutĂ©e : les traitements prĂ©coces peuvent allonger la pĂ©riode sans symptĂ´mes de l’infection. Mais cette utilitĂ© qui nĂ©cessite l’accord et l’acceptation de la personne atteinte n’est pas garantie par la nature obligatoire du test quelles qu’en soient les circonstances. Au contraire, le caractère obligatoire du test aurait inĂ©vitablement pour effet de dispenser les praticiens et les autres intervenants sanitaires et sociaux de la mission d’information, d’orientation et de conseil habituellement associĂ©e Ă  une proposition personnalisĂ©e de test dans le cadre d’un dialogue singulier.

En somme, la lutte contre le VIH/SIDA nous fait penser que des actions qui ne sont pas menĂ©es et coordonnĂ©es dans une vision globale du phĂ©nomène SIDA, avec l’implication complĂ©mentaire de tous les leaders sociocommunautaires et/ou d’opinion, avec des moyens humains et financiers consĂ©quents, dans un environnement participatif assaini, n’aboutiraient Ă  rien.

Dans l’espoir, de vous voir tenir compte de nos propositions, nous vous prions de trouver ici l’expression de notre considĂ©ration.


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