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Ces dictateurs qui affament le peuple pour s’éterniser au pouvoir

Michel Lobe Etame, journaliste ©Droits réservés

La gouvernance des dictateurs au 21ème siècle est calquée sur les modèles hérités des régimes de poigne des siècles derniers. Ces modèles sont désuets, anachroniques, inadaptés et condamnés. Les conséquences sont les mêmes. La pauvreté matérielle du peuple est visible partout. Les religions prennent la place de l’Etat. Les marabouts, les sorciers, les marchands de rêves vendent l’espoir.

Les dictateurs l’ont bien compris. Tout développement économique ouvre des perspectives différentes qui privilégient la connaissance, l’école, le travail, l’effort, la reconnaissance et le loisir. Un peuple qui satisfait ces besoins aspire au bien être. Il devient éclectique dans ses choix. Il s’intéresse à la politique et veut y participer activement.

La jouissance matérielle pousse l’individu à réfléchir, à contester, à proposer et à dénoncer les errements du pouvoir. La contestation s’installe et remet en cause le système. Or, dans toutes les dictatures, le discours est immuable. Comme dans la philosophie des lumières, tout va bien dans le meilleur des mondes.

Les dictateurs ne sauraient donc supporter un peuple qui remet en cause son mode de gouvernance. Pour eux, le développement économique est un danger pour leur pouvoir et leurs progénitures. En effet, comme dans les royaumes, ils sont décidés à léguer cet héritage à leurs enfants. Autour d’eux, de piètres porteurs d’eau s’exécutent. Ils ont été choisis pour leur manque d’ambition et d’audace. Quelque soit leur niveau d’études, ces femmes et ces hommes qui gravitent autour du pouvoir savent qu’ils doivent tout à un homme : leur maître.

L’Afrique détient aujourd’hui le plus grand réseau de dictateurs. Confortés par les puissances occidentales, ces pauvres dirigeants sont tous confinés au même rôle : protéger l’exploitation des matières premières, des richesses endogènes et de garantir la stabilité sécuritaire du pays.  Ils préservent ainsi leur pouvoir auprès des maitres occidentaux.

La faim est organisée. Elle stabilise le nivellement vers le bas du peuple soumis à la docilité et à la servitude. Les soulèvements sont sévèrement réprimandés. Ceux qui ne le supportent pas sont condamnés à l’exil, à la torture ou à la mort. Les dictateurs tuent et emprisonnent en nombre limité les opposants pour ne pas s’attirer les foudres de la CPI.

L’exercice du pouvoir en Afrique n’est pas démocratique. Il y a certes des évolutions en trompe l’œil dans certains pays. Sur le plan économique, le continent est marqué par son immobilisme chronique et pathétique. Les dettes s’accumulent. Tout le continent vit sous le seuil de la pauvreté et ne peut prioriser les objectifs du millénaire. La perfusion permanente des états par les crédits extérieurs et les supposés dons maintiennent l’Afrique dans un état végétatif.

L’Afrique se distingue aujourd’hui dans les faits divers. Elle envoie en Occident ses enfants valides. Comme dans la sélection naturelle, beaucoup meurent en Méditerranée. Ceux qui y échappent viennent gonfler le nombre des sans abris dans un Occident où la solidarité est en panne.


L’Afrique d’aujourd’hui n’est pas convalescente. Elle est plongée dans une misère permanente alors qu’elle regorge de richesses. La communauté internationale est complice de ce désastre car elle œuvre à maintenir au pouvoir des incapables, des irresponsables, des fossoyeurs dont le seul but est de mourir un jour au palais du peuple pour des funérailles nationales.

Le bilan de ces fossoyeurs de l’Afrique est calamiteux et désespérant. Pour se maintenir au pouvoir, ils affament leur peuple. L’ascenseur social que nous avons connu après les indépendances est en panne. Mieux encore, il est impossible aujourd’hui pour le peuple d’emprunter les escaliers. Aucune issue n’est possible si l’on n’appartient pas au noyau dur de «l’élite» où les dérives clanistes et tribalistes sont légions.

Dans un système corrompu et incompétent, les places ne s’obtiennent plus par les voies autrefois incontournables de l’école, de l’effort et du sacrifice. Les pouvoirs mettent en place des machines à broyer toutes les velléités de contestation. L’opposition politiques est affaiblie et réduite au silence.

L’Afrique ne fait plus rêver. Elle est devenue une auberge où s’installent les églises, les marabouts, les mages, les bonis menteurs, les escrocs, les vendeurs de rêves… Les maladies autrefois éradiquées refont surface alors que les dirigeants se soignent en Occident. La lèpre, la tuberculose, le sida, Ebola et autres paludismes réduisent l’espérance de vie. Les hôpitaux sont des mouroirs. Pour se soigner, ces dictateurs s’exilent à l’étranger où les coûts des soins médicaux sont exorbitants et ruinent les états.

Souhaitons à la nouvelle jeunesse de se ressaisir, de choisir un chemin différent que celui des dirigeants actuels qui s’éternisent au pourvoir pour ne pas être jugés. Souhaitons à cette jeunesse de casser les codes en cours pour se libérer du joug des colonisateurs. Souhaitons à cette jeunesse de créer des liens efficaces avec la diaspora pour aimer et construire une autre Afrique.

Par Michel Lobé Etamé
Journaliste

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