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Droits de l’Homme: L’armĂ©e de nouveau mise en cause par Amnesty international

Capture d'écran. © Amnesty international

Dans un rapport publié mardi, l’ONG dénonce le mépris des libertés d’expression et d’association, les mauvaises conditions de détention, les disparitions forcées, etc. Des faits pour lesquels le Cameroun était déjà incriminé en 2015

Le rapport d’Amnesty international «La situation des droits humains dans le monde», publié mardi 21 février 2017, offre une analyse qualitative de l’application des droits fondamentaux dans 159 pays du monde.

Pour ce qui est du Cameroun, l’ONG s’est intĂ©ressĂ©e Ă  la lutte contre Boko Haram et la crise qui paralyse les rĂ©gions anglophones  du Sud-Ouest et du Nord-Ouest. Le rapport a principalement rĂ©vĂ©lĂ© la pratique d’arrestations et dĂ©tentions arbitraires, de torture, de conditions carcĂ©rales prĂ©caires et de disparitions forcĂ©es, d’entorses Ă  la libertĂ© d’expression, d’associations et de rĂ©union, de procès inĂ©quitables, d’impunitĂ© des autoritĂ©s, de  non-application des droits des lesbiennes, gays, bisexuels, et des conditions de vie difficiles des rĂ©fugiĂ©s.

«Le groupe armé Boko Haram a continué de commettre de graves atteintes aux droits humains et des infractions au droit international humanitaire, notamment des centaines d’homicides et d’enlèvements de civils, dans la région de l’Extrême-Nord. En ripostant, les autorités et les forces de sécurité se sont rendus coupables de violation des droits humains y compris d’arrestations arbitraires, de détention au secret, d’actes de torture et de disparitions forcées»

Des exactions commises au nom de la guerre contre Boko Haram

«La situation des droits humains dans le monde» révèle que les forces de sécurité camerounaises ont arrêté «arbitrairement» des personnes accusées de soutenir la secte terroriste, sur «la base des preuves minces, voire inexistantes» et les auraient placées en détention dans des conditions «inhumaines qui mettaient souvent leurs vies en danger». De plus, poursuit le rapport, les forces de sécurité ont continué à mener, durant l’année, des opérations de ratissage qui ont donné lieu à des vagues d’arrestations.

A titre illustratif, Amnesty international soulève le cas de la localité de Salak, non loin de Maroua, où «des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants accusés de soutenir Boko Haram, ont été torturés par des membres du BIR et des agents de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE). Certains ont succombé à ces tortures, d’autres ont disparu».

Pour Amnesty international, le gouvernement camerounais s’est par ailleurs livré à la restriction des libertés d’expression d’association en posant des actes d’ «intimidation de harcèlement et de menaces» sur des journalistes et des organisations de la société civile.

«Des journalistes ont déclaré que face aux restrictions pesant sur les libertés d’expression, d’associations et de  réunions pacifiques, ils pratiquaient l’autocensure afin de ne pas subir les conséquences d’une critique visant les autorités, en particulier sur des questions liées à la sécurité», souligne le même rapport.


D’autres exemples sont cités dans «La situation des droits humains dans le monde» pour étayer lesdites exactions. Il s’agit des différentes arrestations de Kah Walla (présidente du Parti populaire du Cameroun, PPC), de la condamnation à dix ans de prisons infligée à un trio de jeunes jugés pour non-dénonciation d’actes de terrorisme après avoir partagé une blague sur Boko Haram, le procès pour terrorisme des journalistes Ahmed Abba, Rodrigue Tongué, Félix Ebole Bola et Baba Wame.

L’absence de statistiques dans le rapport rendu public mardi ne permet cependant pas d’évaluer l’étendue des actions commises par les forces de défense en 2016 comparés à l’année précédente.

Tout comme dans son rapport intitulé «Bonne cause, Mauvais moyens», Amnesty International dénonce les actes terroristes perpétrés par Boko Haram, lesquels se résument à « 150 attaques, dont 22 attentats-suicides qui ont fait 260 morts parmi les civils» en 2016, début 2017. A cela s’ajoute : des enlèvements, des exécutions sommaires, des actes de torture, des prises d’otages et le recrutement des enfants-soldats

De la crise en régions anglophones

Evoquant les manifestations des avocats, enseignants et élèves du Sud-Ouest et du Nord-Ouest à l’origine de la crise qui paralyse cette partie du pays depuis plus de trois mois, Amnesty international note la «répression violente» qui y a été menée.

«Les forces de sécurité camerounaises ont arrêté arbitrairement des manifestants et ont recours à une force excessive pour les disperser. Par exemple, le 08 décembre, elles ont tué deux à quatre personnes en tirant à balles réelles lors d’une manifestation à Bamenda.»

 

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