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Etats-Unis: un procureur spécial va enquêter sur Trump et la Russie

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Un ancien chef du FBI a Ă©tĂ© nommĂ© mercredi procureur spĂ©cial aux Etats-Unis pour garantir l’indĂ©pendance de l’enquĂŞte sur une Ă©ventuelle collusion entre des proches de Donald Trump et la Russie, un rebondissement qui assombrit le mandat du prĂ©sident amĂ©ricain.

Le numéro deux du ministère de la Justice, Rod Rosenstein, a annoncé la nomination de , 72 ans, très respecté directeur du FBI de 2001 à 2013, sous George W. Bush puis Barack Obama.

La nomination vise Ă  isoler les investigations du pouvoir politique en rĂ©duisant au minimum la supervision du ministère de la Justice, tutelle du FBI qui depuis l’Ă©tĂ© dernier dans cette affaire mĂŞlant politique et espionnage.

Le ministre de la Justice, Jeff Sessions, proche du prĂ©sident, avait dĂ» se rĂ©cuser en mars dans cette enquĂŞte sur les ingĂ©rences russes dans la campagne prĂ©sidentielle de 2016, après avoir reconnu avoir rencontrĂ© l’ambassadeur russe Ă  deux reprises l’an dernier.

M. , qui se plaignait encore le matin d’ĂŞtre maltraitĂ© par les mĂ©dias, a rĂ©agi sèchement par voie de communiquĂ© sans mentionner M. Mueller.

« Comme je l’ai dit Ă  de nombreuses reprises, une enquĂŞte complète confirmera ce que nous savons dĂ©jĂ : il n’y a eu aucune collusion entre mon Ă©quipe de campagne et une entitĂ© Ă©trangère », a dĂ©clarĂ© le prĂ©sident, ajoutant: « je suis impatient que cette affaire se conclue rapidement ».

La nomination reprĂ©sente un revers et une surprise pour la Maison Blanche, pour qui l’enquĂŞte actuelle se suffisait Ă  elle-mĂŞme.

Concrètement, M. Mueller devient le chef de l’enquĂŞte et sera beaucoup plus indĂ©pendant qu’un procureur normal ou que le patron du FBI. Il ne peut ĂŞtre dĂ©mis que pour faute.

Dans un consensus rare, élus républicains et démocrates ont applaudi sa nomination.

« Bob Ă©tait un bon procureur fĂ©dĂ©ral, un grand directeur du FBI et on ne pourrait pas trouver de meilleure personne pour assumer cette fonction », a dĂ©clarĂ© la sĂ©natrice dĂ©mocrate Dianne Feinstein.

« Mueller est un superbe choix. Un CV impeccable. Il sera largement acceptĂ© », a tweetĂ© l’Ă©lu rĂ©publicain Jason Chaffetz. « Un choix excellent », a abondĂ© la sĂ©natrice rĂ©publicaine Susan Collins. « Nous avons besoin des faits », a dit le prĂ©sident rĂ©publicain de la Chambre Paul Ryan.

M. Mueller est chargĂ© d’enquĂŞter sur « tout lien et/ou coordination entre le gouvernement russe et des individus associĂ©s Ă  la campagne du prĂ©sident Donald Trump », mais aussi « tout sujet » dĂ©coulant de ces investigations, ce qui lui donne de facto les coudĂ©es franches.

C’est un magistrat Ă©quipĂ© de pouvoirs similaires, Kenneth Starr, qui avait failli faire tomber le prĂ©sident Bill Clinton dans l’affaire Whitewater, devenue affaire Monica Lewinsky, dans les annĂ©es 1990.


– Première tournĂ©e internationale –

Les Ă©lus dĂ©mocrates du Congrès ont criĂ© victoire, bien que certains estiment qu’il ne s’agisse que d’une première Ă©tape et rĂ©clament la crĂ©ation d’une commission spĂ©ciale sur la Russie, au mandat plus large que la stricte enquĂŞte policière.

L’opposition rĂ©clamait unanimement la nomination d’un procureur spĂ©cial depuis le limogeage soudain du directeur du FBI James Comey, le 9 mai, soupçonnant une tentative d’entrave Ă  la justice.

Depuis cette Ă©viction brutale, la presse a rapportĂ© que Donald Trump aurait fait pression sur M. Comey pour qu’il classe le volet de l’enquĂŞte concernant Michael Flynn, son Ă©phĂ©mère conseiller Ă  la sĂ©curitĂ© nationale soupçonnĂ© de jeux troubles avec les Russes. Il aurait refusĂ©, mais consignĂ© cette conversation dans des notes qui ont commencĂ© Ă  fuiter dans les mĂ©dias.

M. Trump, qui a dĂ©menti toute pression sur M. Comey, a admis dans une interview que le limogeage Ă©tait liĂ© Ă  son exaspĂ©ration vis-Ă -vis de l’enquĂŞte sur les ingĂ©rences russes.

M. Comey a Ă©tĂ© invitĂ© Ă  s’expliquer lors d’auditions publiques au Congrès mais n’avait pas encore acceptĂ© mercredi soir.

Le New York Times a rapportĂ© mercredi soir que Michael Flynn avait informĂ© l’Ă©quipe du prĂ©sident Ă©lu dès le 4 janvier, avant la prise de fonctions de M. Trump, qu’il faisait l’objet d’une enquĂŞte fĂ©dĂ©rale, ce qui n’a pas empĂŞchĂ© sa nomination Ă  un poste sensible qu’il a dĂ» quitter le 13 fĂ©vrier.

Au Congrès, la majoritĂ© rĂ©publicaine avait rejetĂ© les appels Ă  un procureur spĂ©cial mais exprimait depuis des jours son malaise face aux interventions du prĂ©sident dans l’enquĂŞte.

L’inquiĂ©tude a atteint les milieux d’affaires. Wall Steet a terminĂ© mercredi sur sa plus forte baisse depuis l’Ă©lection de novembre. Jeudi, la Bourse de Tokyo a chutĂ© de 1,32%, plombĂ©e par la chute du dollar dĂ©coulant des dĂ©convenues politiques de M. Trump.

A ces Ă©vĂ©nements s’ajoutait une affaire distincte reflĂ©tant selon les dĂ©tracteurs de M. Trump son incapacitĂ© Ă  exercer la fonction suprĂŞme. Il aurait donnĂ© au chef de la diplomatie et Ă  l’ambassadeur russes le 10 mai des informations secrètes sur un projet d’opĂ©ration du groupe Etat islamique, dĂ©clenchant la consternation parmi les Ă©lus et dans les milieux du renseignement.

Pour M. Trump, le calendrier est particulièrement inopportun car il doit s’envoler vendredi pour une tournĂ©e internationale de huit jours.

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