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Investissement local: Les membres d’Ecam chargent les pouvoirs publics

D’après le mouvement patronal Entreprises du Cameroun, les pouvoirs publics font obstacle aux investissements nationaux et privilĂ©gient les Ă©trangers

Actes anti-patriotiques des pouvoirs publics
Ce 16 mai 2012, Ecam a inaugurĂ© son concept d’E-Talk, un espace de rĂ©flexion et d’Ă©change. Pour cette entrĂ©e en matière, un thème assez Ă©vocateur a Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ© par le patronat de Protais Ayangma Amang. A savoir, « Patriotisme Ă©conomique : enjeux et contours d’une notion controversĂ©e ». Un thème qui donnait la latitude aux opĂ©rateurs Ă©conomiques de dire si oui ou non, il y a un patriotisme Ă©conomique au Cameroun. Mieux, les pouvoirs publics accordent une attention Ă  l’investissement local. C’est CĂ©lestin Tawamba qui sonne l’hallali. Avec son style qui lui est propre. Et ses positions libertaires. Intervenant sur le sous-thème « Regard de l’opĂ©rateur Ă©conomique », extrait du thème susdit, le vice-prĂ©sident d’Ecam est suffisamment amer. « L’expĂ©rience de l’opĂ©rateur Ă©conomique que je suis m’autorise Ă  soutenir un dĂ©ficit prĂ©occupant de patriotisme Ă©conomique au Cameroun », lance avec verve le prĂ©sident directeur gĂ©nĂ©ral du groupe Cadyst-Invest, qui dĂ©taille tous les actes anti-patriotiques des pouvoirs publics. Premier arrĂŞt, les orientations des politiques Ă©conomiques. Ici, l’investisseur camerounais fait observer que depuis la crise Ă©conomique des annĂ©es 1987-1990 et les programmes d’ajustements structurels (Pas) qui ont suivi, toutes les orientations stratĂ©giques dĂ©finies par le gouvernement peuvent ĂŞtre analysĂ©es comme faisant peu de cas du patriotisme Ă©conomique. Il cite tour Ă  tour, les Pas, les diffĂ©rentes rĂ©formes, fiscales et douanières portĂ©es par les lois de finances, les diffĂ©rentes rĂ©formes du code des marchĂ©s publics, la philosophie des Accords de partenariats Ă©conomiques (Ape).

Dsce et vision du Cameroun
Sur ce dernier item, CĂ©lestin Tawamba est très amer. «Il s’agit d’une vĂ©ritable escroquerie Ă©conomique », rugit-il, avant d’enfoncer le clou. «La cĂ©lĂ©ritĂ© avec laquelle les administrations camerounaises semblent avoir adhĂ©rĂ© Ă  cet instrument tant suspectĂ© et dĂ©criĂ© ailleurs sont rĂ©vĂ©latrices du dĂ©ficit de patriotisme Ă©conomique des Camerounais au regard des consĂ©quences rĂ©elles pour notre Ă©conomie, pour la survie des industries camerounaises et de très nombreux emplois ». Ce n’est pas tout. Le Document de stratĂ©gie pour la croissance et l’emploi (Dsce) et la Vision pour un Cameroun Ă©mergent Ă  l’horizon 2035 n’Ă©chappent pas Ă  l’analyse critique du vice-prĂ©sident d’Ecam. « Le schĂ©ma demeure le mĂŞme : celui d’une Ă©conomie Ă  dĂ©velopper d’abord et avant tout par les investisseurs Ă©trangers, auxquels sont concĂ©dĂ©s toutes les richesses extractives en vue de l’exportation et toutes les facilitĂ©s en vue de l’Ă©coulement de leurs produits : il en est ainsi du bois, du pĂ©trole, du fer, des pierres prĂ©cieuses et autres minerais, etc. Très peu de place pour la transformation sur place des ressources ; très peu de place pour l’appropriation et l’exploitation des ressources par les Camerounais pour les Camerounais », dĂ©roule CĂ©lestin Tawamba. Ce dernier passe aussi en revue tous les comportements antipatriotiques dĂ©plorĂ©s chez certains agents publics. « Tandis qu’on dĂ©roule le tapis rouge, en tout lieu, mĂŞme au plus haut sommet de l’Ă©tat, pour l’accueil de l’investisseur Ă©tranger auquel toutes les facilitĂ©s sont accordĂ©es, l’investisseur local peine Ă  ĂŞtre reçu par un directeur d’administration et est le plus souvent perçu avec mĂ©pris comme un fossoyeur de l’Ă©conomie nationale ; mĂŞme lorsqu’il est porteur d’un investissement de dizaines de milliards FCfa et de centaines d’emplois », lâche le Pdg de Cadyst-Invest. Ce dernier revient sur deux cas prĂ©cis. Le premier est relatif au refus par l’administration des finances d’appliquer rigoureusement la rĂ©glementation sur les valeurs de rĂ©fĂ©rences sur certains produits inondant les marchĂ©s camerounais du fait des importations anarchiques, « alors qu’il est patent que ces produits sont largement subventionnĂ©s dans leur pays d’origine, Ă  l’exemple des pâtes alimentaires », prĂ©cise-t-il. Le second est la taxation aux droits de douanes, des Ă©quipements destinĂ©s Ă  la fabrication des mĂ©dicaments, alors mĂŞme que le produit fini importĂ© est entièrement dĂ©fiscalisĂ© Ă  la porte, apprend-on. Ils sont nombreux, ces actes antipatriotiques, du point de vue Ă©conomique, qui, d’après CĂ©lestin Tawamba, pĂ©nalisent tant les opĂ©rateurs Ă©conomiques que les usagers et consommateurs camerounais. Pour lui, en tout cas, le patriotisme Ă©conomique reste encore un leurre.

Argumentaire du représentant du Minepat


Cet argumentaire n’est pas partagĂ© par le directeur gĂ©nĂ©ral de l’Ă©conomie au ministère de l’Economie, de la planification et de l’amĂ©nagement du territoire (Minepat). DieudonnĂ© Bondoma Yokono, qui est aussi panĂ©liste, consacre l’essentiel de son propos sur les rĂ©ponses aux attaques de CĂ©lestin Tawamba. Il ressort ainsi les actions de l’Etat en faveur du patriotisme Ă©conomique. Il s’agit des dispositions du code des marchĂ©s publics qui, d’après lui, sont favorables aux entreprises locales. DieudonnĂ© Bondoma insiste le plus sur la notion d’appel d’offres national sur la prĂ©fĂ©rence nationale dans l’attribution des marchĂ©s. Il mentionne aussi l’appui au dĂ©veloppement des filières locales et la crĂ©ation des clusters (bois, coton, textile/confection, tourisme..), la suspension des importations des produits de la volaille, l’appui direct et indirect Ă  la filière avicole. Le contradicteur de CĂ©lestin Tawamba revient aussi sur la mise Ă  niveau des entreprises locales, en informant que 5 milliards de Fcfa ont Ă©tĂ© dĂ©bloquĂ©s dans ce sens par l’Etat. Il chute Ă  travers les projets structurants, en relevant le fait que 70% de la main d’ uvre dans ces projets est nationale. Le 3e intervenant de ce premier E-talk Ă©tait Bruno Bekolo Ebe, agrĂ©gĂ© en Ă©conomie. C’est lui qui a posĂ© d’ailleurs posĂ© les jalons de ce dĂ©bat. E-talk est un concept de rĂ©flexion, de discussion, d’information et d’Ă©change d’Ecam. « Il s’agit de rassembler chaque fois les chefs d’entreprises et les parties prenantes au dĂ©veloppement du secteur privĂ© autour d’un thème prĂ©cis et d’engager un Ă©change stimulant au terme d’une prĂ©sentation introductive faite par un intervenant », explique Protais Ayangma Amang. Ce concept rappelle le dĂ®ner-dĂ©bat du Gicam. Sauf qu’ici, il y a un type de dĂ©batteurs appelĂ©s « contradicteurs » qui est introduite. Ce 16 mai 2012, les opĂ©rateurs Ă©conomiques ont proposĂ© quelques solutions au gouvernement. « Il serait important de commencer par des mesures de prĂ©servation et particulièrement de la jeune industrie Camerounaise. Je pense principalement aux valeurs de rĂ©fĂ©rences douanières sur certains produits pour lesquels les industries camerounaises sont suffisamment capacitĂ©s et compĂ©titives », prĂ©conisent-ils. Parmi ces propositions, figurent Ă©galement la mise en place des barrières non tarifaires telles que des normes de qualitĂ© spĂ©cifiques favorisant la consommation de la production locale, la problĂ©matique du financement de l’Ă©conomie, notamment de la gĂ©nĂ©ralisation des mesures d’accès au crĂ©dit pour les entreprises nationales, avec des dispositions spĂ©ciales sur le financement et les garanties nĂ©cessaires Ă  la promotion des exportations. La question des subventions diverses permettant de soutenir la compĂ©titivitĂ© des entreprises nationales face Ă  une concurrence Ă©trangère particulièrement sauvage.


http://www.patronat-ecam.org)/n

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