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Je vous en prie, donnez les noms de nos figures et héros à nos stades!

Par Abdelaziz Mounde

D’un coĂ»t initial de 18 milliards, le stade de LimbĂ© en a dĂ©jĂ  englouti 20. Et ce n’est pas fini ! Il a Ă©tĂ© baptisĂ©  » Stade Omnisports »…Une absurditĂ© ! Il a fallu parer au plus pressĂ©. Après le coup de blues de la dĂ©lĂ©gation interministĂ©rielle, inquiète de l’avancement poussif des travaux en vue de la Can fĂ©minine 2016, prĂ©vue en novembre prochain, suite Ă  un report de quatre mois Ă  la demande du Cameroun, le gouvernement Ă©tait dans la quasi-obligation de faire quelque chose.

La raison ? Une visite officielle de M. Espoir Assogbavi, l’Ă©missaire de la ConfĂ©dĂ©ration Africaine de Football (CAF), en sĂ©jour au pays d’Enganamouit, le temps d’inspecter les infrastructures sportives, hĂ´telières et hospitalières devant abriter la CAN de football fĂ©minin du 19 Novembre au 3 DĂ©cembre 2016.

L’idĂ©e toute trouvĂ©e, Ă©tait une cĂ©rĂ©monie de baptĂŞme. Pas d’inauguration ! Pas question d’en rajouter dirait-on. 44 ans après la Can 1972, ce serait un comble d’inaugurer un stade assez commun dans des villes africaines, le premier de l’ère du Renouveau, 33 ans après son avènement. Lequel ne dispose pas encore d’une alimentation en eau et en Ă©lectricitĂ©, reste dĂ©pourvue de barrière, exige encore de nombreuses finitions et d’amĂ©nager l’entrĂ©e. Et pourquoi pas un toit, comme de nombreux stades modernes en portent, y compris sur le continent

Du beau monde est donc venu Ă  NguĂ©mĂ©, Ă  huit kilomètres de la ville de LimbĂ©, longeant la desserte de la Sonara. Un rappel des troupes, des hautes personnalitĂ©s de l’Etat aux militants du Rdpc, spectateurs des deux rencontres du jour opposant outre des formations locales, mais aussi une sĂ©lection junior des Lionnes Indomptables Ă  des talents du coin.

A la fin, toujours ce goĂ»t amer des symboles. Alors que l’on s’attendait Ă  un nom de baptĂŞme emblĂ©matique, original, traduisant notre aspiration commune Ă  cĂ©lĂ©brer et honorer figures, hĂ©ros et talents d’exception, le ministre Bidoung Mpkatt a mis fin aux espoirs : «après moult tractations, il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© que le stade va s’appeler  »stade omnisports de Limbe »Â», a tranchĂ© le patron des Sports.

C’est ainsi chez MbappĂ© LĂ©ppĂ©, Eugène Njo LĂ©a, Docteur AbĂ©ga, Thomas Nkono, Roger Milla, Joseph Antoine Bell ou Samuel Eto’o. Dans leur pays, quand on ne peut donner le nom de Paul ou Chantal Biya Ă  une bâtisse, un Ă©vĂ©nement ou un prix, on dĂ©cide de baptiser un stade d’un terme abscons comme on l’a longtemps fait pour la cuvette de Mfandena, dĂ©signĂ©e Stade Omnisports alors qu’elle portait le nom de Stade Ahmadou Ahidjo. Banni depuis 1984, cette appellation est revenue cahin-caha dans les m urs et documents officiels.


Manque t-on dans le domaine du football et du sport de ces gĂ©nies et talents d’exception qui ont fait rayonner le Cameroun et raffermi la cohĂ©sion nationale ? Manquons-nous de hĂ©ros dont le souvenir peut rehausser notre quĂŞte de dignitĂ© et de dĂ©veloppement ? Faudra-t-il dĂ©finitivement dĂ©sespĂ©rer de voir disparaĂ®tre une culture du dĂ©voiement de l’histoire de nos rĂ©sistants depuis 1957, au profit du lustre de l’aventure coloniale ?

La mĂ©moire est rangĂ©e dans les placards officiels. Et ceux qui militent pour cette cause donnent l’impression de courir dans un vieux sac de jute. Un kouta dans lequel on s’enferme au pays de Bernard Fonlon, chantre du bilinguisme Ă  travers la cĂ©lèbre revue Abbia, ministre emblĂ©matique, originaire de cette partie anglophone du Cameroun. Comme d’autres du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, acteurs de l’Histoire, si on avait pris le temps de travailler sĂ©rieusement, avec une gĂ©nĂ©rositĂ© d’âme et un sens Ă©levĂ© des symboles et des valeurs, il aurait mĂ©ritĂ© de voir son nom adossĂ© Ă  une bâtisse, une infrastructure ou…un stade.

C’est le dĂ©fi des gĂ©nĂ©rations actuelles. Et, ce combat n’est pas vain. Il faut le mener !


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