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Kah Walla, une présidente androïde pour 2018 au Cameroun!

Par Jean-Pierre Bekolo, RĂ©alisateur

Le 8 avril dernier Edith Kah Walla, leader du parti d’opposition du Cameroon People’s Party (CPP), a Ă©tĂ© incarcĂ©rĂ©e avec d’autres militants au siège de la PJ de YaoundĂ©, la capitale camerounaise. Il lui est reprochĂ© d’avoir distribuĂ© des tracts pour inciter les citoyens Ă  observer un «vendredi noir» en protestation contre une possible rĂ©vision constitutionnelle par Paul Biya, au pouvoir depuis. 34 ans. Le cinĂ©aste Jean-Pierre Bekolo, auteur en 2013 d’une satire politique censurĂ©e au Cameroun «Le prĂ©sident» s’insurge contre cette nouvelle atteinte aux libertĂ©s fondamentales.

Comme l’idĂ©e du dĂ©veloppement de l’Afrique dans son ensemble, la femme et son rĂ´le dans la sociĂ©tĂ© sont devenus un folklore insupportable. Et tous ceux qui, comme la jeune prĂ©sidente du Cameroon People’s Party (CPP) Edith Kahbang Walla, surnommĂ©e Kah Walla, refusent de jouer ce jeu et affirment par leurs actes l’Ă©galitĂ© et mĂŞme plus, sont rejetĂ©s par le système politique local. Celui-ci ne compte mĂŞme pas 10% de femmes dans les instances dirigeantes, dont les pratiques datent d’un autre âge, alors que celles-ci constituent la majoritĂ© de la population. Ils sont Ă©galement rejetĂ©s par les organisations internationales et ONG qui apprĂ©cient l’idĂ©e d’une femme africaine qu’ils doivent Ă©ternellement assister, et ont du mal avec celles qui sont fortes. Ils perpĂ©tuent ainsi les clichĂ©s !

Après de brillantes Ă©tudes aux USA, Kah Walla rentre au Cameroun dans les annĂ©es 90 pour prendre la tĂŞte comme directrice gĂ©nĂ©rale d’une importante compagnie d’assurance privĂ©e Ă  24 ans seulement. Loin du folklore de la promotion fĂ©minine des ONG et du gouvernement, elle s’impose comme manager, entrepreneur et leader dans un monde du business camerounais macho, oĂą tous les DG et PDG sont au comitĂ© central du RDPC (Rassemblement dĂ©mocratique du peuple camerounais, parti du prĂ©sident Paul Biya). Lorsqu’Ă  40 ans elle claque la porte du Social Democratic Front (SDF), principal parti d’opposition, dĂ©fiant ainsi son vieux et indĂ©boulonnable chairman John Fru Ndi devenu trop accommodant avec le rĂ©gime de YaoundĂ©, personne ne pense que c’est cette «petite femme», comme ils l’appellent avec machisme, va devenir le «game changer» du jeu politique national orchestrĂ© par des vieillards fatiguĂ©s – moyenne d’age 75 ans!

Un message politique adressé aux jeunes
Kah Walla comprend qu’il faut mobiliser les jeunes en parlant leur langage. Depuis plusieurs semaines, elle travaille pour dĂ©tourner la mobilisation moutonnière du RDPC de Paul Biya, qui lance des appels Ă  candidature «spontanĂ©e» et des Ă©lections anticipĂ©es pour rĂ©Ă©lire «très vite» dans la prĂ©cipitation un prĂ©sident n’ayant plus rien Ă  offrir, visiblement usĂ© Ă  84 ans par 34 ans de «règne». Kah Walla demande aux jeunes de se mobiliser non pas pour une autre candidature de Paul Biya, qui ne ferait que perpĂ©tuer leurs cauchemars actuels, mais plutĂ´t contre les insuffisances du rĂ©gime. «Qu’ils anticipent d’abord sur l’eau et Ă©lectricitĂ©!» Un minimum non pas pour vivre, mais «se battre» (survivre). Et ce message, les Camerounais, les jeunes et les femmes les plus nombreux, le comprennent. C’est ce qui fait peur a un rĂ©gime habituĂ© Ă  une opposition d’affamĂ©s eux-mĂŞmes coutumiers du retournement de veste, Ă  l’instar de l’actuel ministre de la communication, devenu l’idiot du village, dont les contorsions linguistiques pour dĂ©fendre l’indĂ©fendable sont moquĂ©s dans les quartiers.

Si la vision de la femme de Paul Biya se confine Ă  l’Ă©ternel ministère de la Condition FĂ©minine ou Ă  la journĂ©e du 8 mars et son pagne pour un dĂ©filĂ© – dans un style militaire qui montre leur embrigadement – en prĂ©sence de sa très jeune Ă©pouse l’emblĂ©matique Chantal, Kah Walla refuse d’ĂŞtre une «femme d’ambiance», celles habillĂ©es en pagne du parti au pouvoir qu’on appelle pour chanter, danser et faire des «oyengas» au passage des «hommes» dits politiques. Elle est plutĂ´t lĂ  pour justement casser cette ambiance de sĂ©rĂ©nitĂ© et d’assurance qui planait depuis 34 ans au sein des membres du rĂ©gime, ceux-lĂ  mĂŞme qui affirmaient jusqu’ici qu’après Biya, ce sera Biya. En d’autres termes, les Camerounais vivront toujours un pays en chute libre, sans espoir pour la jeunesse, oĂą quelques vieillards privilĂ©giĂ©s vampirisent le destin de leurs propres enfants en refusant de prendre leur retraite.

Mobilisation via Internet
Si Kah Walla doit se contenter des rĂ©seaux sociaux pour communiquer, car mĂŞme les chaĂ®nes de tĂ©lĂ©vision privĂ©es comme Canal 2 sont maquĂ©es avec le rĂ©gime de Paul Biya et l’auto-censurent – des chaĂ®nes a qui elle rĂ©ponds «on s’en souviendra», la mobilisation des Camerounais sur le net concernant l’affaire Monique Koumate – de la mère des jumeaux dĂ©cĂ©dĂ©e aux portes de l’hĂ´pital – fut grande lorsque Kah Walla a appelĂ© l’opposition Ă  une marche «non-autorisĂ©e» – ici pour faire une marche contre le gouvernement, il faut demander au mĂŞme gouvernement une autorisation.


Cette mobilisation en ligne a poussĂ© le gouvernement Ă  s’y mettre « sur hautes instructions du chef de l’État » ! Ce mĂŞme gouvernement qui, il y a encore quelques semaines, demandait aux Camerounais de se dĂ©tourner des rĂ©seaux sociaux. sachant qu’il les aide dĂ©jĂ . En effet, le Cameroun est l’un des pays d’Afrique oĂą Internet est si lent qu’il est quasiment impossible de regarder Youtube ! L’ancien ministre des TĂ©lĂ©communications a ouvertement dĂ©clarĂ© que c’Ă©tait pour Ă©viter Ă  son patron un printemps arabe. Peu importe donc le chĂ´mage des jeunes, peu importe l’impact sur une Ă©conomie Ă  genoux qui ne tourne que grâce Ă  la surfacturation des marchĂ©s publics !

Accusée de rébellion, elle risque la de peine de mort
Sauf que sur Internet, Kah Walla est la femme africaine, comme ne veulent pas la voir tous ceux qui pourtant travaillent et financent son Ă©mancipation, tant sur le plan national qu’international. Et parfois mĂŞme, ses dĂ©tracteurs sont souvent ces autres femmes qui se sont soumises au pouvoir de cet homme africain, qui jusqu’ici a conduit l’Afrique dans le trou que nous connaissons actuellement. La Kah Walla qui a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©e et relâchĂ©e lors de ce «vendredi en noir» – mouvement interdit qu’elle lance pour la mobilisation contre le manque d’eau et Ă©lectricitĂ© – malgrĂ© qu’elle soit une ex-candidate a l’Ă©lection prĂ©sidentielle avec un parti lĂ©galement constituĂ©, est accusĂ©e de rĂ©bellion et risquerait au vu des nouvelles loi qui se veulent dissuasives, la peine de mort!

Cette Kah Walla est en train de devenir le symbole d’une nouvelle gĂ©nĂ©ration de filles et de garçons dits «androĂŻdes», qui n’Ă©taient peut-ĂŞtre pas en âge de voter en 2011, mais pourra par son nombre faire la diffĂ©rence en 2018, qu’elle soit anticipĂ©e en 2016 ou non. Et mĂŞme dans une Ă©lection Ă  un seul tour comme le veut Paul Biya dans sa constitution !

Kah Walla (en noir, avec le stylo)

Droits réservés)/n

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