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La Cemac s’impose des mesures d’austĂ©ritĂ© pour contrer la crise Ă©conomique

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La situation de crise économique qui sévit dans les pays de la Cemac est la résultante de la baisse des cours de pétrole persistant depuis 2014

Une vague d’inquiĂ©tudes agite la CommunautĂ© Ă©conomique et monĂ©taire de l’Afrique centrale (Cemac), obligĂ©e de s’imposer une ligne de mesures d’austĂ©ritĂ© pour pouvoir attĂ©nuer les effets d’une crise Ă©conomique durement ressentie dans la rĂ©gion, Ă  cause du choc pĂ©trolier persistant depuis 2014 avec la chute des cours d’autres matières premières.

Fin 2016 Ă  YaoundĂ©, les chefs d’Etat du Cameroun, du Congo, du Gabon, de la GuinĂ©e Ă©quatoriale, de la RĂ©publique centrafricaine (RCA) et du Tchad, les six pays membres de la CEMAC, s’Ă©taient mis d’accord lors d’un sommet extraordinaire pour mettre en uvre des politiques d’ajustement structurel en vue de sortir de la crise.

Un mois après, aucune information ne filtre encore sur la nature et les modalitĂ©s d’application de cette dĂ©cision contenue dans une liste de vingt et une rĂ©solutions, et pour laquelle ces dirigeants ont sollicitĂ© l’aide du Fonds monĂ©taire international (FMI) reprĂ©sentĂ© Ă  ce rendez-vous par sa directrice gĂ©nĂ©rale, Christine Lagarde, en personne.
« Tout programme d’ajustement structurel a un coĂ»t social et ça touche les populations moyennes et les populations faibles, ça touche les jeunes au niveau de l’emploi. Ce qui fait le terreau au niveau de l’extrĂ©misme », a pourtant exposĂ© dans un entretien Ă  Xinhua le gouverneur de Bank Al-Maghrib, la banque centrale marocaine, Abdellatif Jouahri, en visite Ă  YaoundĂ© la semaine dernière.

ConfrontĂ©s Ă  une grave crise Ă©conomique, les pays de la Cemac avaient dĂ©jĂ  connu avec d’autres d’Afrique entre la fin des annĂ©es 1980 et la dĂ©cennie 1990 l’expĂ©rience des ajustements structurels, sous la contrainte du FMI et de la Banque mondiale.

Avec sa cohorte de privatisations d’entreprises publiques touchant jusqu’Ă  des fleurons des Ă©conomies nationales, de licenciements massifs et de gel des recrutements dans les administrations publiques, cette cure d’austĂ©ritĂ© qui continue aujourd’hui de hanter les esprits dans l’opinion publique avait entraĂ®nĂ© des effets plus dĂ©vastateurs que rĂ©parateurs sur l’Ă©volution de ces pays.

A l’exception de la RCA, qui tente de sortir de plus de trois ans de conflit, cette rĂ©gion est composĂ©e de pays producteurs et exportateurs nets de pĂ©trole. « Nous avons des rĂ©serves (de change), encore des rĂ©serves. Mais, dans tous les pays exportateurs d’hydrocarbures, les rĂ©serves baissent », souligne Lucas Abaga Nchama, le gouverneur sortant de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac).

Dans son rĂ´le de garant de la stabilitĂ© financière et monĂ©taire puis de surveillance macroĂ©conomique, cette banque centrale rĂ©gionale a organisĂ© le 25 janvier Ă  YaoundĂ©, dans la perspective de la mise en uvre des rĂ©solutions du sommet des chefs d’Etat du 23 dĂ©cembre, une confĂ©rence de haut niveau sur le thème « les banques centrales face aux chocs exogènes : stratĂ©gies de sortie de crise ».

C’Ă©tait avec la participation des dirigeants de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et d’autres banques centrales du Maroc, d’AlgĂ©rie, du Nigeria, des Comores, d’Ouganda, de la Zambie, du Zimbabwe, de la GuinĂ©e, du Burundi, du Cambodge, de la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo (RDC), de la Mauritanie, de Sao TomĂ© et Principe, du Malawi et du Swaziland.

Pendant longtemps, la BEAC a alertĂ© Ă  l’intention de ses leaders politiques sur la nĂ©cessitĂ© de mettre en uvre des rĂ©formes structurelles et Ă©conomiques pertinentes, et la diversification de leurs Ă©conomies fragiles afin de remĂ©dier Ă  leur dĂ©pendance quasi-gĂ©nĂ©rale, hormis le Cameroun, des exportations de pĂ©trole comme principale source de recettes budgĂ©taires.

Dans son constat lors de la confĂ©rence, M. Abaga Nchama a dĂ©plorĂ© que la prĂ©vention des crises Ă©conomiques et financières continue d’ĂŞtre « l’un des maillons les plus faibles de nos systèmes dĂ©cisionnels alors que, comme nous le savons tous, elle est indispensable Ă  la dĂ©finition de toute stratĂ©gie crĂ©dible visant Ă  limiter le risque systĂ©mique ».

Renforcer la capacité de résistance
C’est aussi une stratĂ©gie efficace pour aider « Ă  renforcer la capacitĂ© de rĂ©sistance du système financier, Ă  contenir les effets de contagion, notamment au sein des unions monĂ©taires, et Ă  accroĂ®tre plus globalement la rĂ©silience des Ă©conomies », a en outre prĂ©cisĂ© le dirigeant bancaire.


« Qu’on soit exportateur ou importateur de pĂ©trole, nous en tant que banques centrales, ce que nous demandons Ă  nos gouvernements, c’est une bonne gouvernance, c’est une dĂ©finition de stratĂ©gies de long terme, c’est une dĂ©finition de priorisations, c’est une optimisation de l’utilisation ressources et Ă©videmment la meilleure rationalisation des dĂ©penses », a pour sa part Abdellatif Jouahri.

« J’ai Ă©tĂ© ministre des Finances et j’ai conduit un programme d’ajustement structurel au Maroc. Maintenant ce que je dis au gouvernement, c’est d’Ă©viter de retomber dans une situation d’ajustement structurel. On n’est jamais Ă  l’abri. Nous avons maintenant une marge de man uvre assez large », a insistĂ© le haut responsable marocain dans l’entretien accordĂ© Ă  Xinhua.

Au sein de la zone Cemac, les crises mettent souvent long Ă  ĂŞtre rĂ©solues, Ă  cause de la lenteur de la rĂ©activitĂ© des dirigeants. Pour conduire avec efficacitĂ© les nouvelles politiques d’ajustement structurel annoncĂ©es, la Beac les invite Ă  poursuivre « avec courage et dĂ©termination » la rĂ©forme des institutions nationales et la modernisation des processus dĂ©cisionnels engagĂ©es dans plusieurs pays.
Y compris la GuinĂ©e Ă©quatoriale, ex-colonie espagnole membre de cette organisation, les six pays de la rĂ©gion sont liĂ©s Ă  la France, l’ancienne puissance coloniale, par un vieil accord de partenariat datant des annĂ©es 1970 et qui les oblige Ă  dĂ©poser la moitiĂ© de leurs rĂ©serves internationales dans les comptes du TrĂ©sor français Ă  Paris.

Ils forment une union monĂ©taire utilisant comme monnaie le franc CFA, liĂ© par un taux de paritĂ© fixe Ă  l’euro, plus de dix ans après la disparition du franc français par lequel cette paritĂ© avait Ă©tĂ© instituĂ©e, et non convertible avec l’autre franc CFA utilisĂ© au sein de la CommunautĂ© Ă©conomique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Contrairement Ă  la Cemac, certains pays de cette rĂ©gion possèdent leurs propres banques centrales nationales. C’est le cas de la GuinĂ©e-Conakry, oĂą il est fait Ă©tat d’un regain d’activitĂ© grâce Ă  une sĂ©rie de mesures favorables au retour de l’investissement, après la crise d’Ebola ayant sĂ©rieusement mis Ă  mal l’Ă©conomie nationale.

L’une de ces mesures a consistĂ© Ă  une baisse de 22 Ă  16% puis une lĂ©gère hausse Ă  18% du taux de des rĂ©serves obligataires, pour permettre aux banques de mieux soutenir le financement de l’Ă©conomie nationale, selon Nianga Komata Goumou, second vice-gouverneur de la Banque centrale de la RĂ©publique de GuinĂ©e (BCRG).

« Nous avons doublĂ© le capital, qui Ă©tait de 50 milliards (de francs guinĂ©ens, 5,3 millions de dollars). Nous avons demandĂ© aux banques d’aller Ă  100 milliards. Bien sĂ»r, les banques les plus solides sont Ă  300 milliards », a dĂ©taillĂ© M. Goumou.

« Nous sommes en train de prĂ©parer en ce moment, annonce-t-il, des levĂ©es de fonds pour 500 milliards en emprunt obligataire, pour permettre au ministre des Travaux publics de travailler sur des routes ». Un premier montant de 400 milliards avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© levĂ© en 2015, pour financer un projet d’Ă©nergie.

Pour maintenir la stabilitĂ© financière face Ă  la chute des prix du pĂ©trole et la croissance continuellement en baisse, de l’ordre d’environ 1% au quatrième trimestre de 2016, la Beac a adoptĂ© des mesures similaires.

Suite Ă  une baisse de 50% des coefficients des rĂ©serves obligataires applicables des pays membres, l’institut d’Ă©mission a allouĂ© au cours de cette annĂ©e près de 600 milliards de francs CFA (environ 1 milliard de dollars) pour soutenir le renforcement de la trĂ©sorerie des banques.

Il a aussi signĂ© une convention avec la Banque de dĂ©veloppement des Etats de l’Afrique centrale (BDEAC) pour une dotation de 400 milliards de francs (666,6 millions de dollars) pour le financement des projets de dĂ©veloppement.

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