Opinions › Tribune

La Comicodi pour l’abolition de l’apartheid dans les concours officiels

Par Shanda Tonme, président de la commission indépendante contre la corruption et la discrimination (Comicodi)

Monsieur le ministre de la Fonction publique. Depuis 1990, les concours officiels sont rĂ©gis dans notre pays, par un dĂ©cret de 1990 qui a instituĂ© de fait, un système d’apartheid pire que ce que l’on a connu dans l’Afrique du sud raciste des temps oĂą des Ă©coliers noirs aux mains nues, Ă©taient massacrĂ©s dans la rue parce qu’ils revendiquaient simplement le droit d’ĂŞtre traitĂ©s comme des ĂŞtres humains sur un mĂŞme pied d’Ă©galitĂ© que les blancs.

Selon le dĂ©cret de 1990 en effet, le ministre de la Fonction publique dĂ©termine souverainement quel quota revient Ă  chaque ethnie Ă  la suite des concours. Est considĂ©rĂ© comme l’ethnie du candidat, l’ethnie d’origine de ses parents. VoilĂ  en substance, une des plus humiliantes, des plus honteuses, des plus compromettantes et des plus insensĂ©es dispositions que nous ayons inventĂ©es pour avilir notre pays.

Nous ne faisons aucune rĂ©vĂ©lation, en soutenant que ce dĂ©cret est directement responsable de la dĂ©crĂ©pitude de notre système de fonction publique, de la pauvretĂ© des performances dans plusieurs corps d’Etat, de la ruine de notre système acadĂ©mique, de l’exil de nombreux jeunes frustrĂ©s, de la fracture artificielle de notre sociĂ©tĂ©. Source de tribalisme outrancier, ce dĂ©cret porte tous les germes de l’Ă©clatement et de la guerre civile. Rien, mais surtout rien, ne justifie que cette retentissante et obscurantiste disposition, soit encore en vigueur.

Il nous a semblĂ©, Ă  la suite de quelques scandales rĂ©cents oĂą l’on a vu des listes trafiquĂ©es et des candidats ĂŞtre dĂ©clarĂ©s admis d’office en dehors des Ă©valuations de mĂ©rite et de compĂ©tence, que vous vous Ă©tiez engagĂ© Ă  abolir ce dĂ©cret honteux et suicidaire. Qu’en est-il donc. Le peuple attend, l’opinion scrute l’horizon de vos gestes et nos partenaires regardent.

La Commission indĂ©pendante contre la corruption et la discrimination vous exhorte Ă  aller très vite, Ă  changer, Ă  envoyer ce dĂ©cret dans la poubelle sans autre concession, afin que l’honneur du pays soit sauf, que des frustrations cessent et que des cancres et des tricheurs champions de la corruption, ne s’Ă©rigent plus en maĂ®tres de nos institutions et de notre système de gouvernance. Il nous semble que c’est aussi le souhait du Chef de l’Etat, lequel attend vos propositions.

Trop de Camerounais et de Camerounaises convaincus d’avoir rĂ©gulièrement passĂ© des concours, mais Ă©galement convaincus d’en avoir Ă©tĂ© Ă©cartĂ©s malicieusement pour des raisons d’application des quotas de l’apartheid, errent dans les rues d’ici et d’ailleurs, et ruminent la vengeance. Certains ont tournĂ© dĂ©finitivement le dos Ă  ce pays, pendant que d’autres ne sont pas loin de se constituer en milice secrète et silencieuse pressĂ©s de rĂ©gler des comptes, de demander des comptes, de faire payer aux auteurs de ces travers leurs fautes.


Monsieur le ministre, ce qui est en cause, c’est le destin de tout un pays, de vos propres enfants et de votre patrimoine. Prenez votre courage et proposer l’abolition, exactement comme on a aboli les lois rĂ©gissant l’apartheid en Afrique du sud raciste. Aidez-nous Ă  faire l’Ă©conomie d’une guerre civile, Ă  passer dans la modernitĂ© sans effusion de sang, Ă  faire triompher effectivement des idĂ©aux pour une fois claire, honnĂŞtes et rĂ©alistes de renouveau politique. Que valent de grandes ambitions sans courage, et que vaut un ministre qui n’aura pas eu le courage d’Ă©clairer le chef de l’Etat, de lui dire la vĂ©ritĂ©, de lui faire une proposition aussi cruciale que celle Ă  laquelle nous vous invitons ?

Montez donc en première ligne, Monsieur le ministre et agissez. Vous avez Ă©tĂ© nommĂ© pour proposer, pour corriger, pour agir, pour gagner. C’est aussi de votre destin personnel qu’il est question.
Dans cette attente, croyez, Excellence Monsieur le ministre, Ă  l’assurance de notre haute considĂ©ration citoyenne./.


Droits réservés)/n

0 COMMENTAIRES

Pour poster votre commentaire, merci de remplir le formulaire

A SAVOIR

- Les opinions et analyses présentées dans cette rubrique n'engagent que leurs auteurs et nullement la rédaction de Journalducameroun.com.

- JournalduCameroun.com n'est pas responsable des affirmations qui y sont présentées et se réserve le droit de modifier ou de retirer un article qui diffamerait, insulterait ou contreviendrait au respect des libertés publiques.

Ă€ LA UNE
Retour en haut