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La diversitĂ© fondatrice de l’identitĂ© camerounaise. 2016 comme dĂ©terminant

Par Vincent Sosthène Fouda, président national du Mouvement Camerounais Pour la Social-Démocratie (MCPSD)

La diversitĂ© culturelle et linguistique est l’une des plus grande richesse de notre pays. Elles façonnent nos identitĂ©s, elles nous structurent. Les cultures qui se sont dĂ©veloppĂ©s sur les terres camerounaises façonnent les individus que nous sommes. Toutes les cultures qui se sont dĂ©veloppĂ©es chez nous ne sont pas toutes nĂ©cessaires, mais elles sont indispensables Ă  notre « existĂ© ». Le Cameroun tarde Ă  ĂŞtre mĂ©tis, il est divers, cette diversitĂ© est une richesse, elle est dans le vent, dans l’air, dans les eaux, dans nos arbres dans nos danses, dans nos rites. Non, nous ne sommes pas interchangeables et en tirer les consĂ©quences. Cela ne veut pas dire que les diffĂ©rences culturelles sont impossibles Ă  surmonter. Mais cela signifie que tout est une question de dosage.

Le mode de vie majoritaire
Si nous voulons vivre dans une sociĂ©tĂ© relativement harmonieuse, il faut que cette sociĂ©tĂ© ait une personnalitĂ© visible. Autrement dit, il faut que le mode de vie majoritaire puisse s’imposer, ce qu’il ne pourra faire qu’Ă  la condition, prĂ©cisĂ©ment, de demeurer majoritaire. Or nous nous enfermons politiquement dans l’autochtonie, le Renouveau n’a pas Ă©tĂ© capable en 34 ans de dire aux uns et aux autres que nous sommes un peuple, que nous avons plus en commun, que nos diffĂ©rences sont une richesse et une particularitĂ© de notre peuple.

Hubert Mono Ndjana après avoir Ă©tĂ© un constructeur de l’idĂ©ologie destructrice du « nous-commun » s’en est dĂ©marquĂ© en constatant que le rĂ©gime actuel a aujourd’hui, il y a de plus en plus de lieux, de quartiers, voire de villes oĂą les nouveaux arrivants sont majoritaires. « Au Cameroun, dit-il alors, les camerounais sont pauvres, improductifs, par le fait d’avoir Ă©cartĂ© la norme et normalisĂ© l’Ă©cart ». Il parle de la domestication du mal, du vice, de la luxure de tout ce qui Ă©loigne l’Homme de l’autre et du monde avec lequel il devrait faire corps. Nos rues sont tous les jours le lieu de mise Ă  mort collectif par un peuple en furie, qui se sent abandonner et qui croit se rendre justice en assassinant. Les tĂ©lĂ©phones portable immortalise cette montĂ©e d’adrĂ©naline permanente et cultive l’indiffĂ©rence.

La loi rĂ©publicaine a abdiquĂ©, cette abdication est un fait institutionnel et politique, les magistrats sont accusĂ©s de corruption, les policiers arnaquent ceux et celles dont ils ont la charge d’assurer la garde et sĂ©curitĂ©, les mĂ©decins ont dĂ©sertĂ© les hĂ´pitaux, les parents ont dĂ©missionnĂ© d’un champ oĂą les Ă©coles ont rendu les armes depuis. Le politique aux affaires quant Ă  lui, a toujours un porte-parole qui aligne des mots devant une presse au « garde Ă  vous », qui pose des questions prĂ©parĂ©es par le cabinet du ministre. La RĂ©publique n’est pas dans les ghettos et encore moins concentrĂ©e entre les mains d’une minoritĂ©. La RĂ©publique n’abdique pas mĂŞme devant la loi du nombre et celle des armes.

La RĂ©publique du Cameroun est Ă©noncĂ©e dans sa devise « Paix Travail Patrie ». Mais qu’est-ce que la Paix ? Ce n’est pas un intermède entre deux Ă©tats de guerre, la paix c’est la quĂŞte permanente de la justice, du bien-ĂŞtre social, de la santĂ©, c’est une absence durable de la misère. Voici ce que dit le prĂ©ambule de la Constitution du Cameroun : « Fier de sa diversitĂ© linguistique et culturelle, Ă©lĂ©ment de sa personnalitĂ© nationale qu’elle contribue Ă  enrichir, mais profondĂ©ment conscient de la nĂ©cessitĂ© de faire son unitĂ©, proclame solennellement qu’il constitue une seule et mĂŞme nation, engagĂ©e dans le mĂŞme destin et affirme sa volontĂ© inĂ©branlable de construire la Patrie camerounaise sur la base de l’idĂ©al de la fraternitĂ©, de justice et de progrès ; »

Qu’est-ce que le Travail ? Trait spĂ©cifique de l’espèce humaine, le travail est ce qui socialise l’homme et ce par quoi l’homme se socialise, la prĂ©sence du pronom rĂ©flĂ©chi « se », marque Ă  la fois la responsabilitĂ© de l’Homme mais aussi celle de la sociĂ©tĂ© dans laquelle il vit, les deux se fĂ©condant en permanence, il n’y a pas d’homme sans sociĂ©tĂ© et il n’y a pas de sociĂ©tĂ© sans Homme. Les philosophes Francis Bacon, Henri Begson le dĂ©montrent Ă  suffisance. Pour Begson, « le travail humain consiste Ă  crĂ©er de l’utilitĂ©. » Cette utilitĂ© n’est utile que dans la nature transformĂ©e en sociĂ©tĂ©. C’est ce que dĂ©montrent Bacon quand il parle de « Ars homo additus naturae » formule que nous retrouvons chez Descartes notamment dans le Discours de la mĂ©thode dont beaucoup d’entre nous ont effleurĂ© les rudiments dès la classe de terminale. Mais dès la classe de première voire de seconde si mes souvenirs sont exacts AimĂ© CĂ©saire dans son projet de Retour au pays natal nous dit :

« Et venant je me dirais à moi-même ;


Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stĂ©rile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle, car une mer de douleurs n’est pas un proscenium, car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse. »
C’est une invite au travail corps et âme, se mettre Ă  son propre service pour son propre Ă©panouissement, se mettre en service pour sortir de l’Ă©tat de nature pour s’installer dĂ©finitivement en sociĂ©tĂ© ; la sociĂ©tĂ© des hommes. VoilĂ  ce que disent les principes fondamentaux de la RĂ©publique du Cameroun. Une chose est de le dire, une autre en est de les mettre en pratique, de les porter vers le peuple comme une hostie purificatrice et vivifiante. La RĂ©publique a failli et le Renouveau a trahi l’idĂ©al rĂ©publicain de ceux et celles qui ont versĂ© de leur sang pour que le Cameroun soit admis comme pays dans le concert des Nations.

Crise de construction de l’identitĂ© camerounaise ou falsification de notre histoire commune ?
Depuis le dĂ©part d’Ahmadou Ahidjo en novembre 1982, la Nation a disparu du vocabulaire rĂ©publicain, des manuels scolaire et du discours politique. Nous assistons Ă  un repli tribal sans vĂ©ritable identitĂ© et sans idĂ©ologie autre que la haine de l’autre. Ce discours haineux s’accompagne d’une falsification de l’histoire commune. Le nous-commun est mis en ensemble pendant que s’accĂ©lère dans l’espace public l’individualisme. La solidaritĂ© nationale qui voudrait que l’Etat dans ses missions rĂ©galienne soutienne les plus dĂ©munis est quasi inexistante.

Le Cameroun fonctionne comme un pays sans hĂ©ritage et donc sans avenir, l’espace public Ă©tant pris en otage par ceux et celles qui veulent tout ici et maintenant. Ceux-lĂ  invitent Ă  tout rejeter, car ils ne veulent pas s’encombrer de ces vieilles lunes, futiles et dĂ©passĂ©es. Or pour une sociĂ©tĂ©, quelle qu’elle soit, le refus de la transmission constitue un vĂ©ritable risque d’appauvrissement. Alors demain est-il encore possible ? 2016 nous permettra certainement d’y apporter une rĂ©ponse.


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