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La révolution 2.0 peut-elle réveiller la jeunesse africaine ?

Par Michel Lobé Etamé

La presse Ă©crite a connu ses moments de gloire. Elle a distillĂ© Ă  sa guise une information uniforme dans un monde dominĂ© par les puissants. Ce canal est aujourd’hui contestĂ© car la multiplication des mĂ©dias permet de choisir ses sources d’informations en fonction de ses sensibilitĂ©s. Cette chance, nous la devons Ă  une rĂ©volution technologique et culturelle qui est le Web (World Wide Web). Nous partageons ainsi l’information sur Facebook, Twitter et You Tube qui ont accompagnĂ© les soulèvements hors des frontières, avec l’appui des lanceurs d’alertes. Haro donc Ă  la tĂ©lĂ©vision d’Ă©tat, sa radio et ses journaux mensongers.

Les rĂ©volutions en cours n’ont Ă©tĂ© possibles que grâce Ă  l’Internet. Nous les nommons les « rĂ©volutions 2.0 », en rĂ©fĂ©rence au « web 2.0 », des rĂ©volutions grâce Ă  l’outil numĂ©rique et les rĂ©seaux sociaux.

Internautes et blogueurs
Il est loin ce temps oĂą les discours fleuves des hommes politiques faisaient d’eux des hĂ©ros, des irremplaçables oĂą des consciences de peuples. Ces discours servis sur un plateau plaçaient les hommes politiques sur un piĂ©destal inaccessible pour le commun des mortels. Ils dĂ©bitaient ainsi des mensonges que rien ne pouvait contredire. La vĂ©ritĂ© unique n’a plus sa place.

Les internautes, accrochĂ©s Ă  leurs claviers tout comme les blogueurs, naviguent Ă  longueur de journĂ©e sur le Web. Ils communiquent entre eux, parfois dans l’anonymat. Ils n’ont plus besoin de code pour dĂ©jouer les polices politiques. Comme une trainĂ©e de poudre, l’information circule d’un continent Ă  l’autre.

La jeunesse arabe a su saisir cette opportunitĂ© pour se rĂ©veiller et donner confiance Ă  tous ceux qui avaient peur de la violence policière et militaire. Cet Ă©veil a Ă©tĂ© salutaire. Les dictateurs comme Ben Ali en Tunisie n’ont pas rĂ©sistĂ© Ă  la colère de la jeunesse. Hosni Moubarak a Ă©tĂ© balayĂ© en Égypte. Au SĂ©nĂ©gal et au Burkina Faso, des mouvements de jeunesse ont vu le jour. Ils ont permis Ă  des gens qui ne se rencontreront jamais de communiquer, de partager des points de vue et des opinions. Internet s’est rĂ©vĂ©lĂ© comme une arme de destruction massive pour tous les prĂ©sidents Ă  vie, les corrompus et les despotes qui s’Ă©ternisent encore au pouvoir en Afrique en attendant leur chute.

La jeunesse subsaharienne qu’on croyait moribonde se rĂ©veille progressivement. Elle s’indigne. Le soulèvement du peuple au Burkina a permis de mettre fin au rĂ©gime dictatorial de Blaise CompaorĂ©. Ces succès, nous les devons aux blogueurs qui ont usĂ© de subterfuges pour venir Ă  bout d’un système tyrannique, corrompus et sanguinaire.

Les hommes politiques l’ont bien compris. Internet, trop souvent prĂ©sentĂ© comme un lieu de rencontres intimes offre de nombreux dĂ©bouchĂ©s. Pour les Ă©tudiants, il reste une source inĂ©puisable d’informations. Mais, la rĂ©volution numĂ©rique, c’est aussi entrer par la grande porte dans le 21ème siècle en s’adaptant aux nouvelles technologies de l’information et de la de communication.

Faire d’une pierre deux coups
Il est indéniable que la révolution 2.0 a été le moteur du printemps arabe. Internet a permis un soulèvement du peuple dans un contexte social militarisé, bâillonné et étouffé par le mensonge, la peur permanente et renouvelée. Les jeunes ont communiqué et sont descendus dans la rue crier leur colère. La victoire était inéluctable.

Mais la rĂ©volution 2.0 ne suffit pas. Internet est de plus en plus redoutĂ© et disponible. Les dictateurs en ont conscience et multiplient des actes d’intimidation qui ne font plus peur. La libertĂ© est plus forte que tout. Cette victoire ouvre des
la rue crier leur colère. La victoire était inéluctable.


perspectives rĂ©elles et dynamiques pour l’Afrique.
En effet, le retard que l’Afrique accuse sur tous les plans peut se rattraper au cours des vingt prochaines annĂ©es grâce Ă  la rĂ©volution numĂ©rique. L’Afrique dispose lĂ  d’atouts indĂ©niables en investissant sur l’industrie numĂ©rique dans les secteurs tels que l’Ă©nergie, les infrastructures et l’Ă©conomie.

La transition numérique est inévitable
Le dĂ©fi majeur de l’Afrique postcoloniale est de transformer progressivement ses matières premières minières et agricoles. Sans une plus-value, ces matières premières ne crĂ©ent pas de la richesse. Elles fragilisent et rendent dĂ©pendants les pays qui ne peuvent crĂ©er de l’emploi pour faire face Ă  une dĂ©mographie incontrĂ´lĂ©e et Ă  l’Ă©migration sauvage.

A l’heure de la mondialisation, il est impĂ©ratif de produire pour la consommation locale, rĂ©gionale et internationale. Or, l’Afrique est rĂ©putĂ©e importer tous les biens de consommation courante de Chine et d’Europe. Cette tendance doit s’inverser si nous ne voulons pas assister, impuissants, aux troubles sociaux qui se prĂ©parent.

La transition numĂ©rique est une chance qui permettra Ă  l’Afrique de sauter les Ă©tapes primaires de la recherche et dĂ©veloppement en dĂ©finissant les prioritĂ©s et les recommandations selon ses richesses endogènes. Ce calendrier doit ĂŞtre pensĂ© et formalisĂ© par les africains. Il ne peut dĂ©pendre des puissances financières extĂ©rieures dont le but avouĂ© est de freiner tout dĂ©veloppement du continent.

La formation aux nouvelles technologies de l’informatique devient donc une prioritĂ©. Elle est indispensable pour un continent riche et pauvre de ses richesses.

Michel Lobé Etamé, journaliste

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