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La révolution silencieuse ou le réveil des consciences en Afrique

Par Michel Lobé Etamé, journaliste

Je reçois tous les jours une vidĂ©o, un texte ou une image figĂ©e sur les rĂ©seaux sociaux. Ce phĂ©nomène n’est pas nouveau. C’est un mode de communication de la sociĂ©tĂ© numĂ©rique qui traduit une angoisse, un besoin de partage et parfois très souvent, un cri d’amour ou de dĂ©sespoir. Le contact physique se rarĂ©fie alors que les rĂ©seaux sociaux nous rapprochent pour se donner bonne conscience.

Je me dĂ©lecte Ă  lire ces textes et Ă  visionner ces vidĂ©os, tous plus ou moins loufoques. Il en ressort un sentiment unanime: le rĂ©veil des esprits. C’est une Ă©tape importante qui conduira au rĂ©veil des consciences, Ă  l’Ă©volution dĂ©mocratique de l’Afrique qui est indispensable pour sortir de la grande nuit.

Les thèmes sont multiples et variĂ©s: la brutalitĂ© des forces de l’ordre, la corruption, le nĂ©potisme, le tribalisme, le clientĂ©lisme, les Ă©lections truquĂ©es, la françafrique, le franc CFA, les prĂ©sidents qui s’Ă©ternisent au pouvoir, les constitutions bafouĂ©es, le rĂ´le trouble des ONG, etc. Mais on y trouve aussi les faits divers au quotidien et cette frĂ©nĂ©sie religieuse de tous ceux qui ne croient plus en leurs dirigeants.

Tous ces thèmes, jusque-lĂ  tabous, sont traitĂ©s Ă  travers les rĂ©seaux sociaux. On y dĂ©couvre des aberrations sur l’origine du franc CFA, du rĂ´le très actif de la françafrique, de l’influence de la maçonnerie, du pacte colonial ou des accords de coopĂ©ration signĂ©s lors des indĂ©pendances des Ă©tats de l’Afrique francophone, des sĂ©jours permanents et prolongĂ©s du prĂ©sident Paul Biya en Suisse aux frais du contribuable, de la religion Vaudou, etc. Tous ces sujets mĂ©ritent un dĂ©bat national et continental. Mais les pouvoirs en place ne le supporteraient pas. Pourquoi?

Les intellectuels africains sont les grands absents du dialogue informel sur le net. Ils ont tort de ne pas participer Ă  ce mouvement inclusif en s’arcboutant derrière un dĂ©clinisme pathĂ©tique qui les caractĂ©rise. Les nouveaux mĂ©dias, Ă  la portĂ©e de tout le monde, vĂ©hiculent la dĂ©mocratie, l’Ă©tat de droit et la bonne gouvernance.

Les réseaux sociaux nous comblent et font le bonheur des sans voix. Ils irritent les autorités habituées à inonder les médias par leur pensée unique. Ce privilège est révolu.

Une catĂ©gorie de citoyens mĂ©prisĂ©s monte au crĂ©neau. Leurs revendications s’ajoutent Ă  leur colère. On y trouve des vĂ©ritĂ©s gĂŞnantes pour les pouvoirs en place. On y apprend que certains prĂ©sidents africains sont des marionnettes. Cette vĂ©ritĂ© n’est pas nouvelle. Mais elle s’amplifie et circule dans toutes les strates de la sociĂ©tĂ©.

Les blogueurs du web inondent la population d’informations très souvent concordantes. Les mĂ©dias traditionnels Ă  la solde du pouvoir sont dĂ©laissĂ©s. Les pouvoirs paniquent. La gestion calamiteuse des richesses est dĂ©criĂ©e. Le mensonge permanent s’Ă©tale sur le Web. Le roi est mis Ă  nu. Ils n’ont pas le contrĂ´le de la toile et s’en inquiète.


Au Cameroun, les autoritĂ©s continuent Ă  user des vieilles mĂ©thodes hĂ©ritĂ©es de la colonisation. Pour Ă©touffer les revendications, les «forces de l’ordre» brutalisent, tuent et paralysent les populations anglophones. Des images circulent sur les rĂ©seaux sociaux et Ă©talent les violences sur une population qui ne demande qu’Ă  ĂŞtre Ă©coutĂ©e. Certains ministres zĂ©lĂ©s ont choisi la manière forte en menaçant de poursuites judiciaires, de graves sanctions et de prisons tous ceux qui vĂ©hiculent sur la toile des informations «fausses et erronĂ©es». Internet est coupĂ© au Cameroun Occidental car cette pieuvre tentaculaire est Ă  la source des mouvements contestataires en cours. La brutalitĂ© du pouvoir est choquante Ă  travers les images qui circulent. Ce n’est pas la rĂ©ponse appropriĂ©e Ă  une lĂ©gitime revendication. La volontĂ© de taire tout un peuple traduit la brutalitĂ© des autoritĂ©s. Elles ne tolèrent pas les mĂ©dias qui Ă©chappent Ă  leur contrĂ´le.

Les pouvoirs en Afrique s’activent Ă  couper le net. Ils s’affolent car leurs mensonges depuis les indĂ©pendances ne font plus recette. La justice est saisie pour un dĂ©lit nouveau. Mais, lequel ? L’anonymat du net est parfois critiquable. Mais il est devenu le seul moyen pour dĂ©noncer les dĂ©rives des pouvoirs absolus.

Tel membre du gouvernement, pour plaire à son président, promet des représailles, des sanctions, des «procès exemplaires» pour dissuader les internautes. A ce rythme, il va falloir construire de nouvelles prisons.

Internet n’est la propriĂ©tĂ© de personne et ses mutations sont imprĂ©visibles. Les pouvoirs publics gagneraient Ă  libĂ©rer les objecteurs de conscience et Ă  dynamiser la jeunesse par une dose de dĂ©mocratie et de transparence pour lutter contre les maux hĂ©ritĂ©s de la colonisation : corruption, nĂ©potisme, tribalisme, vol des deniers publics. Internet est devenu un contre-pouvoir d’une Ă©lite enfermĂ©e dans ses mensonges et aveuglĂ©e par ses prĂ©jugĂ©s. Il serait malvenu de bloquer Internet qui est un support de lutte contre les dictatures. Internet survivra, avec ses vĂ©ritĂ©s, ses mensonges et ses dĂ©lations.

La rĂ©volution Internet n’est pas seulement un outil de dĂ©veloppement Ă©conomique et social. Elle nous aide aussi Ă  nous transformer pour transformer nos peuples. Qu’on se le dise!

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