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L’affaire Serge Aurier ou le buzz du weekend

Par Michel Lobé Etamé

Au moment oĂą Bill Gates s’Ă©tonne de l’indiffĂ©rence quasi gĂ©nĂ©rale des nations civilisĂ©es face au dĂ©ploiement de l’intelligence artificielle qui va occuper dans un proche horizon jusqu’Ă  55 % des postes de travail dans les entreprises, les mĂ©dias se focalisent sur le buzz du weekend : l’affaire Serge Aurier dans un pĂ©riscope, somme toute, banale.
En d’autres circonstances, les cercles de rĂ©flexions y verraient une sociĂ©tĂ© perdue, anĂ©miĂ©e et d’une pauvretĂ© intellectuelle inquiĂ©tante. Mais non, nous sommes bien en 2016 oĂą les guerres et le terrorisme essaimĂ©s dans le monde tuent dans l’indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale.

Les mĂ©dias, comme Ă  leur habitude, s’accrochent au moindre fait divers pour mettre sur le pilori les catĂ©gories sociales les plus dĂ©favorisĂ©es et jetĂ©es en pâture au public. Ils occultent, avec complaisance, les problèmes existentiels que sont le chĂ´mage, la prĂ©caritĂ©, la maladie, la solitude. Le monde du football devient la cible la plus vulnĂ©rable. Certes, les jeunes effrontĂ©s dĂ©rapent et il ne faut pas s’en accommoder. Mais quand le marchĂ© offre Ă  ces parachutĂ©s des milliards d’euros pour taper sur une balle, faut-il s’Ă©tonner qu’ils perdent le nord?

L’affaire Serge Aurier est un Ă©pi phĂ©nomène qui prend des dimensions inquiĂ©tantes. Elle Ă©tale au grand jour les carences et les Ă©checs de notre sociĂ©tĂ© qui n’a pas su former sa jeunesse et oĂą le sport reste la seule bouĂ©e de sauvetage. Un Ă©chec collectif dont personne ne parle. Sinon, Ă  demi-mots. Serge Aurier est Ă  l’image d’une jeunesse inculte et sans repère. Il est le produit d’une sociĂ©tĂ© oĂą les valeurs civiques et les vertus morales ont disparu pour laisser place Ă  un vocabulaire ordurier et outrancier. Seul compte l’argent.

Les clubs de football offrent des millions aux jeunes banlieusards. Ils devraient aussi relayer l’Ă©tat dĂ©missionnaire dans la formation de cette couche sociale oĂą les Ă©checs scolaires et l’intĂ©gration portent un grand prĂ©judice Ă  ceux qui veulent s’en sortir.

Les réseaux sociaux
L’affaire Serge Aurier, bien relayĂ©e par les rĂ©seaux sociaux, nous montre Ă  quel point nos faits et gestes sont Ă©piĂ©s car le monde est devenu une toile avec ses pièges. Mais, il ne reste pas moins vrai que l’exploitation irrationnelle de la toile ouvre un boulevard aux anonymes dont les dĂ©rapages sont intolĂ©rables, imprĂ©visibles et incontrĂ´lĂ©s. La vulgaritĂ© s’est installĂ©e, au grand dam de la biensĂ©ance et des règles Ă©lĂ©mentaires du civisme. L’affaire Aurier est une tempĂŞte dans un verre d’eau qui nous Ă©loigne de l’essentiel.


A qui la faute ? Est-ce au nom de la dĂ©mocratie ou de la libertĂ© de parole ? Au nom de la parole dĂ©complexĂ©e, le racisme s’est installĂ© au plus haut niveau de l’Ă©tat. Les dĂ©rives observĂ©es depuis une vingtaine d’annĂ©es sur la toile sont rĂ©vĂ©latrices des pertes des valeurs sociales et morales. L’argent roi permet de nos jours d’imposer un mode de vie obscène oĂą la parole libĂ©rĂ©e, souvent outrancière, ne vise que les plus faibles, les marginalisĂ©s, les bannis et les damnĂ©s. Dans ces catĂ©gories ciblĂ©es d’avance, aucune tolĂ©rance n’est acceptĂ©e.

C’est bien notre système social qu’il faut revoir. Il permet, au nom de la parole libĂ©rĂ©e, d’insulter ou de ridiculiser tous ceux qui sont stigmatisĂ©s. L’affaire Serge Aurier est le procès des banlieusards et de l’intĂ©gration des jeunes issus des milieux dĂ©favorisĂ©s Ă  qui le football a tendu une perche.

Il ne sert donc Ă  rien de tirer sur l’ambulance. Nous devons nous interroger sur notre système Ă©ducatif Ă  deux vitesses. Le comportement de Serge Aurier n’est pas pardonnable. Mais il vient nous rappeler que notre sociĂ©tĂ© est en crise. Une crise morale, sociale et Ă©conomique. Car, l’argent n’a pas apportĂ© au pauvre Serge Aurier une conduite respectable. La vulgaritĂ© est toujours lĂ . Elle fait un nid dans une population qui n’a plus de repère.


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