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L’apatridie: une face cachée de la guerre contre Boko Haram

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La menace de sureté du territoire camerounais est réelle dans l’Extrême-Nord, le gouvernement réagit en identifiant les populations. Une tâche ardue à cause de l’insuffisance des déclarations des naissances

La guerre contre la secte islamiste Boko Haram continue à faire parler d’elle, notamment avec le besoin d’assistance humanitaire qui ne cesse de s’accroitre au Cameroun. Seulement, même après tant d’articles sur les problèmes que suscite la présence ce groupe terroriste dans la région de l’Extrême-Nord, les risques d’apatridie auxquels sont confrontées les populations restent méconnus de l’opinion publique.

L’apatridie est la situation des individus qu’aucun Etat ne reconnait comme Ă©tant ses ressortissants. Autrement dit, un apatride est une personne dĂ©pourvue de nationalitĂ© et qui, de ce fait, ne bĂ©nĂ©ficie de la protection d’aucun État.

Dans la rĂ©gion de l’ExtrĂŞme-Nord, principalement dans les localitĂ©s situĂ©es le long de la frontière, de nombreuses familles n’ont aucun document lĂ©gal attestant de leur appartenance soit au Cameroun, soit au Tchad, soit au NigĂ©ria.  Le Haut-commissariat des nations unies pour les rĂ©fugiĂ©s (HCR) s’inquiète de la situation que l’atteinte Ă  la suretĂ© de l’Etat vient mettre en exergue.

«Aujourd’hui avec les problèmes de Boko Haram, le gouvernement fait face à des problèmes de sureté de l’Etat. Par conséquent, il est en train de faire un ratissage, est-ce que vous avez vos papiers est-ce que vous pouvez prouver que vous êtes Camerounais? Mais maintenant le problème c’est que nous avons des populations qui ne savent pas d’où elles sont originaires.

 Actuellement nous avons 219 personnes qui attendent, personne ne sait d’où elles viennent. Au départ nous avions plus de 450 personnes qui avaient été sorties du Cameroun vers le Nigeria pour l’identification,le Nigéria les a retournées car ne pouvant les identifier. Finalement les chefs de village sont intervenus pour aider à les identifier. A la fin des opérations ces 219 personnes issues de 52 familles sont restées», indique l’administratrice principale en charge de la protection au HCR, Mylène Ahounou.

Le Cameroun enregistre un important mouvement de populations sur son territoire depuis que le président de la République a déclaré la guerre à Boko Haram le 02 août 2015.  259 145 réfugiés centrafricains et 84 325 Nigérians ont trouvé asile en territoire Camerounais. A côté d’eux, 191 908 Camerounais ont dû quitter leurs foyers pour échapper aux fureurs de Boko Haram. Toutes choses qui requièrent la vigilance des autorités locales.

Si le HCR ne peut encore avancer de chiffres permettant de mesurer l’ampleur globale du phénomène, il alerte quand-même sur la situation qui s’étend également aux autres zones frontalières du pays ainsi qu’à la péninsule de Bakassi.

«Le problème le plus important en matière d’apatridie c’est l’enregistrement des enfants. Tous les enfants qui ne sont pas enregistrĂ©s sont Ă  risque d’apatridie. Ces personnes qui sont Ă  l’ExtrĂŞme-Nord aujourd’hui et qui ne peuvent pas dire d’oĂą elles sortent, si elles avaient Ă©tĂ© enregistrĂ©es un document aurait pu montrer d’oĂą ils sortent. Nous  avons 17 personnes se trouvant au Nigeria, ces gens-lĂ  se disent Camerounais mais ils n’ont aucun papier qui le prouve. Le gouvernement nigĂ©rian est en train de demander Ă  celui du Cameroun de venir les chercher», souligne Mylène Ahounou.


Le HCR est, selon cette responsable, entré en lutte contre les facteurs favorisant les risques d’apatridie. Ce, par les biais de la sensibilisation des populations, des sessions de formation des autorités locales et des plaidoyers à l’Assemblée nationale…

-Un chantier d’envergure-

Pour Mylène Ahounou, le HCR devra encore se battre pour la révision des lois relatives à la nationalité camerounaise, Ce qui constitue un autre facteur exposant les personnes au risque d’apatridie. «La nationalité camerounaise est une et unique. Elle s’acquiert naturellement par les liens de sang, sinon l’enfant doit atteindre la majorité pour pouvoir demander la nationalité camerounaise. Le grand problème au Cameroun reste cette affaire de refus de la double nationalité. Imaginez une Camerounaise qui va épouser un américain, elle doit renoncer à la nationalité camerounaise avant d’aller réclamer celle de son mari. Or entre le moment où elle renonce à la nationalité camerounaise et celui où elle va acquérir la nationalité américaine, elle est apatride.»

 

 

 

 

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